L'abolition par le Qatar d'ici à fin 2015 du système de parrainage appelé « kafala », qui met l'employé à la merci de son employeur, pourrait être retardée après de sérieuses réserves émises par le principal Conseil consultatif de l'émirat.
Hier, le quotidien en langue arabe ach-Charq a rapporté que ce conseil (Majlis al-choura) avait estimé qu'un projet de loi réformant la législation du travail ne pouvait être adopté en l'état et qu'il nécessitait d'autres travaux. Le président de ce Conseil consultatif, Mohammad ben Moubarak al-Khoulaifi, a affirmé qu'il n'était « pas nécessaire de se presser », selon ach-Charq. Des responsables gouvernementaux ont confirmé hier que des consultations supplémentaires seraient entreprises sur les propositions sociales qui concernent des centaines de milliers de travailleurs étrangers au Qatar.
Dans ce contexte, l'échéance d'adoption avant la fin de l'année, fixée par le ministre du Travail et des Affaires sociales, pourrait être remise en cause.
En mai, le ministre Abdallah Saleh Moubarak al-Khlifi s'était déclaré certain à « 90 % » que le système de la « kafala », qualifié par ses détracteurs d'esclavage des temps modernes, serait remplacé par une nouvelle législation d'ici à fin 2015. Le Qatar, qui doit organiser le Mondial 2022 de football, est régulièrement critiqué par des syndicats et des organisations de défense des droits de l'homme sur les conditions d'emploi et de travail des migrants sur de gigantesques projets d'infrastructure.
Le système de la « kafala » met les ouvriers étrangers à la merci d'employeurs en position d'empêcher leur départ du Qatar ou de changer d'emploi. Le Conseil consultatif a indiqué qu'il souhaitait conserver une interdiction de deux ans pour la délivrance de nouveaux documents aux employés expatriés qui quittent le Qatar après l'annulation de leur visa de travail. Toute nouvelle loi ne devrait pas permettre aux travailleurs étrangers de changer d'emploi plus de deux fois, a ajouté le conseil. Par ailleurs, a-t-il estimé, les travailleurs étrangers qui créeraient « délibérément » des problèmes à leurs employeurs ne devraient pas être autorisés à changer d'emploi. Au contraire, a poursuivi le conseil, ces employés devraient être obligés, en guise de compensation, à travailler avec le même employeur pour une durée deux fois supérieure à la durée du contrat, c'est-à-dire potentiellement 10 ans.
Il y a actuellement au Qatar 1,6 million de migrants, majoritairement d'Asie du Sud, et ce chiffre devrait atteindre deux millions d'ici au Mondial 2022 de football. Amnesty International a déclaré hier qu'il y avait « de nombreuses surprises dans l'annonce » du Conseil consultatif.
(Source : AFP)
Économie - Travail
Le Qatar temporise sur l’abolition de la kafala
OLJ / le 24 juin 2015 à 00h37

