Diplômé en cinéma et réalisation audiovisuelle de l'Académie libanaise des beaux-arts (Alba), il cumule récompenses et distinctions, et séduit par son talent un public local et international.
Dans son film de master Le Chant des sirènes, Mohammad Sabbah aborde deux thématiques profondes qui lui tiennent particulièrement à cœur : la rêverie aquatique et l'histoire d'un couple à la dérive. En mettant en scène un scénario qu'il a lui-même écrit, le jeune réalisateur avoue avoir voulu tourner « bien plus qu'un exercice de style, un film proche des gens grâce aux émotions et aux questionnements qu'il fait naître en eux ». Dans son court métrage, qui fait l'unanimité auprès des professionnels et du grand public, Mohammad relate, avec poésie et émotion, les épreuves que traverse une famille suite à l'annonce de la maladie de la mère. Dans une atmosphère lourde de menaces, l'imaginaire de l'eau s'impose aux personnages comme la seule échappatoire pour supporter la laideur du quotidien et la mort.
Grâce au soutien d'une équipe technique et artistique, notamment son tuteur, le réalisateur Ghassan Salhab, et ses deux acteurs professionnels, Majdi Machmouchi et Caroline Hatem, le jeune homme a pu aller au bout de son projet et réaliser le film dont il rêvait. Le Chant des sirènes est sélectionné dans bon nombre de festivals et poursuit sa tournée au Liban et à l'étranger.
Mohammad a remporté, en 2014, le prix du meilleur court métrage d'étudiants libanais au 21e Festival du cinéma européen, le premier prix du Festival du court-métrage arabe du Nadi Lekol el-Nas, le premier prix dans la catégorie fiction du Festival international du film de l'Université Notre-Dame de Louaizé (NDU) et le prix spécial du jury à l'International Film Awards de Berlin (Ifab).
« Ayant un père importateur et exportateur de films, j'ai grandi au milieu des bobines et des affiches de cinéma », raconte Mohammad qui a éprouvé naturellement, vers l'âge de 14 ans, le désir de faire plus tard des films. Ce qui l'attire dans ce métier, c'est le processus de création qui exclut toute routine. « Il s'agit d'un travail qui me permet de faire de belles rencontres, de travailler avec une équipe et surtout de partager mes histoires avec un public », note le jeune homme qui se dit ravi de transmettre sa passion à des lycéens qui ont choisi, pour le bac, l'option cinéma. S'il a, pendant longtemps, porté une attention particulière à l'esthétique et l'image d'un film, le jeune homme cherche aujourd'hui à se libérer des codes pour présenter des œuvres authentiques, touchantes et atypiques dans la lignée de celles de Lars von Trier, l'un de ses réalisateurs favoris. « J'aime aussi changer de cap et travailler pour les autres, écrire des scénarios que l'on me commande ou jouer dans un film », ajoute Mohammad qui a récemment occupé le poste d'assistant réalisateur auprès de Myriam el-Hajj dans son long métrage documentaire Trêve.
Le jeune réalisateur a été invité, en mai dernier, au Festival international du court métrage d'Oberhausen en Allemagne. « C'était, dit-il, une occasion formidable de découvrir les films sélectionnés et d'étendre mon réseau de contacts, puisque mon film a pu être visionné sur le marché par des producteurs de différentes nationalités. » Pour les mois à venir, il se concentre sur son projet de moyen-métrage pour lequel il a bénéficié d'une bourse. « Grâce à une collaboration entre l'association Metropolis au Liban, la fondation allemande Robert Bosch Stiftung et la Filmakademie Baden-Wuerttemberg, je passerai six mois en Allemagne pour suivre des cours et me consacrer à l'écriture de mon film », annonce Mohammad qui quittera Beyrouth en septembre. Un fonds lui sera attribué pour pouvoir tourner au Liban, mais il retournera en Allemagne pour le montage et la première de son film prévue lors de la prestigieuse Berlinale. Sans doute, Mohammad Sabbah fera parler de lui très bientôt.

