Derrière ses paupière lentes et ses quelque rides, on peine à deviner ce corps blessé et totalement avide. Depuis des années, Ali lui prouve son amour inconditionnel. Ali s'énerve, Ali boit et puis se défoule sur elle. Des hématomes plein le buste, Sarah découvre un Ali possessif. Certes, l'amour rend aveugle, mais parfois cause des violences. Elle l'aime et le fait passer avant sa famille, envers et contre tout. « Jusqu'à ce que la mort nous sépare », avait-t-il dit, ou plutôt jusqu'au dernier coup...
Mais le temps et les coups pèsent de plus en plus lourd. Sa souffrance résonne enfin dans son petit cœur auparavant sourd. Pleine de courage, d'héroïsme et s'agrippant à un soupçon d'espoir, elle décide de tout faire pour se sortir de cette vie dérisoire. Sarah reprend goût à la vie, et se voit vieillir près de ses enfants. À l'abri, elle s'est remise à vivre et à prendre de nouveau dans ses bras ses parents et ses enfants. Mais Ali ne tarda pas à tout faire pour la reconquérir.
Il se montra sous son plus beau jour, elle le crut enfin changé. Elle accepta son invitation afin de reconstituer sa famille. Comme un premier rendez-vous galant, chocolat et fleurs par dizaines : des rose rouges, des mots d'amour, pour oublier toutes les peines infligées. Loin de s'imaginer que tout ceci est un piège, Sarah se met désormais à rêver. Elle retrouve enfin son amour, son mari ; elle n'oubliera jamais cette soirée. La nuit fut longue, mais avant le lever du jour, Ali laissa ressortir son côté obscur. Tous les rêves de Sarah s'estompèrent, la douleur revint comme une brûlure. D'un air déterminé, il sorti sa kalachnikov et la pointa sur Sarah : 16 balles en sortirent ; il l'acheva de la 17e. Les enfants, tirés brutalement de leur sommeil par cette rafale, étaient abasourdis et désemparés. Ali, le sourire aux lèvres, les menaça, et tira de nouveau dans leur direction en les ratant heureusement ; puis il fuma sa cigarette en attendant son arrestation.
Justice sera faite, ici-bas comme dans l'au-delà. Il lui a ôté la vie certes, mais le bon Dieu le lui rendra.
Braïm Ali EL-AMINE
Dakar, Sénégal

