Désœuvrement, inaction, ennui. Il y a le burn out et il y a le bore out. A contrario du premier, le deuxième est moins connu, pourtant... Pourtant le bore out existe. Et le bore out, c'est une chronique de l'épuisement par l'ennui. Oui, ça arrive. Oui, il n'y a pas que l'activité excessive qui fatigue. Il n'y a pas que le travail, les enfants, la maison, la vie, la pression qui essoufflent. Il y a l'ennui. L'ennui au travail. Quand on ne fait pas ce qu'on aime. Quand on « fait ce qu'on peut, pas ce qu'on veut ». Quand on est surqualifié, quand on sous-utilise nos capacités intellectuelles, quand nos actions ne sont pas reconnues, quand on nous met au placard après la réorganisation d'une équipe. Quand on remet en question sa propre valeur, quand on pense qu'on ne sert effectivement à rien. La dépréciation.
Oui, l'ennui tue. Il use. On n'a plus goût à rien, on manque d'intérêt, d'énergie, on est plus sensible émotionnellement, on est apathique. Pas paresseux. Apathique. Les paresseux ne veulent pas travailler. Les bore outés aimeraient bien. Eh non, on ne doit pas forcément remercier le ciel d'avoir un boulot. Un boulot qui nous demande de rester debout à la porte d'un mall et regarder des gens passer, des gens qui ne nous regardent pas. Un boulot inintéressant qui ne donne pas envie de se lever le matin. Un boulot qui nous fait glander devant son ordi, fait scroller sa souris inlassablement sur les feeds de Facebook, fait jouer au solitaire, fait raturer les mots cachés des jeux du journal. Gaspillage de temps. Vacuité du quotidien. Et l'ennui se transforme en blues, en spleen, en neurasthénie. Et les autres ne comprennent pas. On pourrait bien évidemment en profiter pour apprendre une langue, créer quelque chose à côté. Oui, mais non. Parce que lorsqu'on s'ennuie, on ne peut rien faire d'autre. Ne dit-on pas que l'oisiveté est mère de tous les vices? Elle l'est. Définitivement. Ces vices qui peuvent plus ou moins recouper certains des sept pêchés capitaux. On envie et on déblatère. On envie ceux qui ne s'ennuient pas. On les jalouse. On les critique. On radine. Sur tout. Sur nos sentiments, sur l'argent, sur le temps. Ce temps que l'on ne contrôle plus et qui semble moins précieux. On devient hypocrite et menteur. On se dit occupé, on gaspille son énergie à faire semblant de faire. On plonge dans l'excès et dans l'orgueil. On cherche la petite mouche. On râle sur tout. On est tout le temps naze. On laisse sa pensée aller là où elle ne devrait pas. On rumine les mêmes rengaines. On perd son temps à se concentrer sur l'inutile, sur les gens inutiles, sur les histoires inutiles. Sur ce qui est futile. On se prend la tête parce qu'elle est vide. Vide d'action, vide de réflexion. On se laisse aller à la mélancolie vague, à une certaine lassitude morale.
Normal, l'ennui est probablement né de l'uniformité. C'est chiant l'uniformité. Et la particularité de l'ennui, c'est bel et bien la régularité. Le cercle des vices en somme. Et Dieu seul sait combien de gens s'ennuient au Liban. Parce qu'ils ne sont pas heureux dans leur boulot, parce qu'ils bossent dans l'administration, ce panthéon de l'ennui qui empiète sur les droits des citoyens, parce qu'ils sont malheureux chez eux. Dans leur mariage, dans leur vie de femme au foyer un peu étriquée, dans leurs rêves trop petits. Agacés par ces politiques on ne peut plus « boring », cette inertie sociale, ce rien qui ne bouge. Ils sont fatigués de ne rien faire. Épuisés. Las de leur(s) impuissance(s). Alors ils ne font plus rien. Assis sur leur(s) ennui(s), ils attendent. Ils attendent que ça change. Que le monde change. Que les frustrations deviennent désirs. Sauf qu'attendre (l'faraj) ne sert à rien. Le seul changement possible, le seul, ne peut venir que de nous.


walla tekho walla tekssor mekho !! quoi ..
23 h 55, le 06 juin 2015