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Nos lecteurs ont la parole - Julien Ricour

Le Cèdre et l’étranger

– Ô Cèdre, pourquoi tes aiguilles tombent-elles tant ?
– Parce qu'elles sont mes larmes.
– D'où vient ta tristesse ?
– De mes écorchures... Celles du passé n'ont jamais cicatrisé. Celles du présent saignent toujours. Celles du futur s'ouvrent lentement...
– Comment puis-je te soigner ?
– Toi ? L'étranger ? Tu ne le peux pas.
– Qui, alors ?
– J'en ai eu une vision fugitive et printanière, il y a dix ans.
– Quelle était-elle ?
– Laisse-moi te la conter :
« Établi sur cette montagne orientale, cela fait des décennies que je surplombe ce bout de terre ensoleillé que la nature nous a donné à partager. Des sommets enneigés au littoral ensablé, nombre de peuples l'ont foulé, l'enrichissant de diversité.
Cependant, au lieu de s'y promener, ceux-là l'ont piétiné, comme partout ailleurs, le jasmin et le Lotus me l'ont confirmé.
En effet, différents, ils se sont toujours détestés, ne cessent de se disputer et continueront à s'entre-tuer. N'est-ce pas une curieuse vie à mener ?
Regarde-nous, mes frères et moi. Nous vivons patiemment enracinés les uns aux autres et, quand il nous arrive de nous griffer, jamais nous abattre ne nous viendrait à l'idée...
Ces êtres étranges s'aiment puis se haïssent, se frappent puis se caressent, chantent puis se taisent... Ils s'emmêlent dans leurs contradictions comme si leurs âmes étaient, d'essence, névrosées.
Lui seul, ils Le prient et Le vénèrent de diverses manières et ça, ils ne peuvent l'accepter et refusent de se mélanger. Ils se croisent, se côtoient et évitent de communiquer. Ceux qui dérogent à cette règle, ils les emmènent même au bûcher !
Certains d'entre eux se sont imposés en apposant leurs envies torturées, peu importe si d'autres se retrouvent ensanglantés. Pourquoi ? Parce que celui qui atteint la cime oublie souvent que ceux qui le portent ne sont en réalité que ses pieds.
Les chassés s'y sont retrouvés coincés et contraints à ne plus pouvoir se développer. Les nouveaux persécutés sont maintenant obligés d'arriver pour tout autant se faire rejeter. Quant aux enracinés, ils sont simplement désillusionnés...
Pourtant, il y a dix années, l'espoir avait pointé le bout de son nez. Je me souviens de la liesse colorée, je me rappelle des clameurs entêtées et j'en ressens encore ce vertige enfiévré.
Ce mois-là, mes aiguilles, jusqu'alors affaissées par le passage du temps bombardé, se sont à nouveau hérissées et elles se sont remises à verdoyer.

– Ô Cèdre, pourquoi tes aiguilles tombent-elles tant ?– Parce qu'elles sont mes larmes.– D'où vient ta tristesse ?– De mes écorchures... Celles du passé n'ont jamais cicatrisé. Celles du présent saignent toujours. Celles du futur s'ouvrent lentement...– Comment puis-je te soigner ?– Toi ? L'étranger ? Tu ne le peux pas.– Qui, alors ?– J'en ai eu une vision fugitive et printanière, il y a dix ans.– Quelle était-elle ?– Laisse-moi te la conter :« Établi sur cette montagne orientale, cela fait des décennies que je surplombe ce bout de terre ensoleillé que la nature nous a donné à partager. Des sommets enneigés au littoral ensablé, nombre de peuples l'ont foulé, l'enrichissant de diversité.Cependant, au lieu de s'y promener, ceux-là l'ont piétiné, comme partout ailleurs, le jasmin et le Lotus me...
commentaires (1)

Joliment dit !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

12 h 06, le 05 juin 2015

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Commentaires (1)

  • Joliment dit !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 06, le 05 juin 2015

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