La Mitsubishi Canter qui a servi pour le transport des explosifs pour l'attentat du 14 février 2005 dans lequel l'ancien Premier ministre Rafic Hariri a trouvé la mort avait été achetée en moins d'une heure à Tripoli. C'est ce qui ressort de la teneur du témoignage livré hier devant les juges de la chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), par un homme masqué – le vendeur en question – qui a relaté l'épisode de la vente du véhicule de la mort et les détails de la transaction.
Témoignant par vidéoconférence depuis Beyrouth, le vendeur procède à une description des deux hommes qui se sont présentés à lui – la trentaine, l'un plus grand que l'autre, l'accent libanais – affirmant avoir perçu de l'argent en liquide, 11 250 dollars, pour cette transaction. Un simple reçu rédigé au nom de l'un des acheteurs qui s'est présenté comme étant Ahmad Masri lui a été délivré. Le marchand a gardé la souche du reçu qui a ensuite été remise aux enquêteurs.
Le récit du témoin a suscité un grand intérêt chez les juges qui l'ont bombardé de questions, notamment sur les modalités un peu archaïques de la vente des véhicules au Liban, du moins en certains endroits. On apprendra par exemple qu'aucun contrat de vente entre les deux parties n'a été établi, aucun autre document officiel délivré prouvant notamment le transfert de propriété. Simplement un reçu mentionnant le montant de l'argent payé au marchand de voitures.
« Une fois qu'ils l'ont achetée, c'était à eux qu'il revenait d'aller l'enregistrer auprès des autorités compétentes comme le prévoit la loi. Ce n'était pas notre problème », commente le témoin qui répondait aux questions des juges. Une fois la somme payée, et après une conversation qui n'a pas été longue, selon le vendeur, « les deux hommes sont montés à bord du véhicule acheté et sont partis ».
Surpris, le juge Walid Akoum lui demande si cette manière de faire en matière d'achat de véhicules est usitée dans le commerce où il travaillait. « Oui, répond le témoin. Avant l'attentat (contre Rafic Hariri), c'est comme ça que les choses se passaient », a-t-il dit. Il explique aussi que les acheteurs n'ont pas marchandé outre mesure, acceptant après une seule requête la remise de 250 dollars sur le prix initial, accordée par le propriétaire. « Ils n'avaient pas l'air très versés dans les questions d'achat et de vente », relève-t-il.
Importée à l'instar de la majorité des véhicules vendus dans ce commerce, la Mistubishi Canter avait cette particularité d'avoir un volant à droite, « ce qui est généralement peu commun au Liban », fait remarquer le juge Akoum. Ce à quoi le témoin répond en soulignant que certains clients préfèrent ce type de véhicule « qui sont fabriqués au Japon et possèdent par conséquent des caractéristiques prisées, telle que la force additionnelle du moteur ».
Dans la matinée, un autre témoin masqué – un élément des Forces de sécurité intérieure qui faisait partie du convoi de Rafic Hariri le 14 février – a poursuivi son témoignage devant les juges. Il a raconté les premiers moments qui ont suivi l'explosion – des détails macabres principalement –, affirmant que le fils de Rafic Hariri, Baha', est venu sur les lieux.
« Comment va mon père ? m'a-t-il demandé. Je lui ai répondu qu'il était à l'hôpital », raconte-t-il, affirmant avoir eu peur de lui dire qu'il était mort. « C'est (le chef du PSP) Walid Joumblatt qui le lui a annoncé une fois que nous étions arrivés à l'AUH. »
Corroborant le témoignage de son collègue des FSI qui avait été interrogé la veille, il a indiqué que le directeur des FSI de l'époque, le général Ali Hajj, avait ordonné en 2004 la réduction du convoi de protection de Rafic Hariri lorsqu'il a quitté ses fonctions de Premier ministre.
Aux questions de la défense qui lui demandait s'il avait constaté la présence de véhicules garés en seconde ligne, il a répondu par la négative, précisant n'avoir pas remarqué la Mitsubishi.
Le témoin a assuré que les équipements de parasitage installés dans le convoi étaient opérationnels ce jour-là. « Lorsque ces équipements sont en marche, il est impossible d'utiliser le téléphone. Lorsque le Premier ministre voulait effectuer un appel, il nous faisait un signe pour que l'on neutralise les équipements », a-t-il dit.
Liban - Tsl
La Mitsubishi qui a servi dans l’attentat visant Hariri a été achetée à Tripoli
Appelé à la barre, le vendeur du véhicule utilitaire relate l'épisode de la transaction.
OLJ / le 05 juin 2015 à 00h53


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