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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

Oh, le sympathique plagiaire !

Qu'il fait bon être plagié et comme c'est réconfortant ! Avouons-le, il n'y pas plus flatteur que d'être copié ou recopié. La vanité d'auteur, tout le monde connaît. Bernard Lewis pensait de même en évoquant « the supreme compliment of imitation ». Ce n'est cependant pas l'avis de Gaby Daher, le collectionneur et furet de salles de vente européennes, dans sa quête inlassable de tableaux d'orientalistes. Or comme il aime annoncer ses découvertes, et à grand fracas, sur Facebook, il est l'objet d'un pillage systématique. Un multirécidiviste s'est abattu sur lui comme la misère sur le bas-clergé breton. Le sympathique prédateur s'acharne sur notre collectionneur, copie sans autre forme de procès ses trouvailles, s'en approprie la découverte et les exposent sur son site, et bien entendu oublie de mentionner le nom de notre ami chineur. Ce méchant garnement considère les œuvres d'art ainsi « spoliées » comme appartenant non pas à une collection privée, mais à la nation libanaise et qu'on ne saurait, sans abus, s'approprier des droits dont notre mémoire collective est le dépositaire exclusif. Alors il se sert au buffet des autres et au hasard de son humeur du moment.
Et c'est à l'honneur de L'Orient-Le Jour de s'être fait l'écho des ravages que constituent de telles pratiques de « clonage ». Dans un article intitulé « Steal like an artist »(1), un directeur d'ONG s'insurge contre le copiage en ces termes : « Il fallait crever cet abcès qui était en train de grandir. Être inspiré, c'est bien, mais c'est comme l'eau qui coule, il faut aller à la source et la citer », en justifiant le choix de poster la nouvelle du plagiat « pour lancer la discussion sur les pratiques artistiques contemporaines au Liban et ailleurs dans le monde arabe ».
Les plagiaires opèrent comme de tout temps de manière subreptice. Ils lancent leurs assauts contre la propriété des autres quand ces derniers s'y attendent le moins. Ils sont toujours à l'affût d'une bonne affaire, d'une prise de choix. Leurs victimes ne sont jamais inquiétées par la suite car, en dépit de toute leur turpitude, les prédateurs ont l'élégance de ne pas revenir sur les lieux du crime, sauf quand il s'agit de notre ami Gaby Daher. Eh oui, ces professionnels du « copy-paste » ne viennent pas des bas-fonds du crime, loin s'en faut. Ils appartiennent généralement à des cercles très huppés ; parmi eux des ministres allemands(2), des universitaires en mal d'inspiration, des médecins aliénistes ou des professeurs de grammaire hébraïque. Dans leur hâte de s'attribuer l'antériorité de l'œuvre sui generis, ils peuvent se tromper et confondre le portail du palais de Beiteddine avec celui du Grand Sérail de Beyrouth, ou des photos de la tragédie arménienne avec celles de la famine libanaise de 1915-1918. Une fois rattrapés par leur passé ou pris en flagrant délit, certains démissionnent de leurs postes pour éviter l'esclandre, d'autres sont plus combatifs et jurent leurs grands dieux qu'il n'y a point délit en l'espèce mais simple négligence ou alors pure coïncidence.
Entre-temps, la flibuste poursuit sa folle course et ratisse large. Bref, les choses sont pourries au royaume de la création artistique comme en République libanaise !
Eh oui, l'heure est grave, même si ces propos sont légers et portent à sourire ! On ne peut se servir gaiement dans les archives des autres ! Le plagiaire n'est pas convié à un festin où il peut profiter des largesses de ceux qui ont été à la peine.
Alerte donc ! Les Fantômas sont parmi nous(3). Ils pullulent comme les collaborateurs quand nous étions sous tutelle syrienne. Deux historiens, Butrus Labaki et Issam Khalifeh, ont été victimes de viles machinations, et dans leur désintéressement ils n'ont pas porté l'affaire devant la justice. C'est à croire qu'ils n'étaient pas au courant de la loi de 1999, qui protège la propriété littéraire et artistique...

Youssef MOUAWAD

1– Maya Ghandour Hert, 20 février 2015.
2 – Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre fédéral de la Défense, et Annette Schavan, ministre chargée de l'Éducation, du gouvernement d'Angela Merkel. Tous deux ont démissionné suite aux scandales qui les avaient éclaboussés l'un après l'autre. Ils avaient « systématiquement et délibérément » triché en rédigeant leurs thèses de doctorat respectives.
3 – Le parfait manuel du candidat plagiaire étant la contribution de Michael Loui, « Seven Ways to Plagiarize », Social and Engineering Ethics, 2002.

Qu'il fait bon être plagié et comme c'est réconfortant ! Avouons-le, il n'y pas plus flatteur que d'être copié ou recopié. La vanité d'auteur, tout le monde connaît. Bernard Lewis pensait de même en évoquant « the supreme compliment of imitation ». Ce n'est cependant pas l'avis de Gaby Daher, le collectionneur et furet de salles de vente européennes, dans sa quête inlassable de tableaux d'orientalistes. Or comme il aime annoncer ses découvertes, et à grand fracas, sur Facebook, il est l'objet d'un pillage systématique. Un multirécidiviste s'est abattu sur lui comme la misère sur le bas-clergé breton. Le sympathique prédateur s'acharne sur notre collectionneur, copie sans autre forme de procès ses trouvailles, s'en approprie la découverte et les exposent sur son site, et bien entendu oublie de mentionner le nom de...
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