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Liban

Dix ans plus tard, Gisèle Khoury est certaine : « Samir Kassir a gagné »

Samir Kassir, dix ans déjà
02/06/2015

Des flashes du sourire, mi-narquois, mi-rêveur, de Samir Kassir, de ses promenades dans la capitale endormie, se mêlent à ce qu'on retient de ses idées érigées en repères, devenues étincelles dans une nuit qui explose... Les images palpitent, la vérité s'exprime avec la même constance, la même clairvoyance, lorsque la journaliste Gisèle Khoury tente de décrire, de mille façons, dans un entretien avec L'Orient-Le Jour, ce qu'aurait été Samir Kassir aujourd'hui, dix ans après son assassinat.
Il est des « signes » qu'elle retient, pour conforter ce qui est pourtant, pour elle, une certitude. Elle confie qu'elle vient de recevoir un message de la part d'un journaliste tunisien, qui avait participé à une conférence organisée par la Fondation Samir Kassir en 2009. « À l'époque, il était poursuivi par les services de Ben Ali et nous avait contactés pour demander de prendre la parole à la conférence. » « Nous sommes poursuivis et il se peut qu'ils passent à l'acte, m'avait-il dit. Je décidai de répondre à sa demande, même si le programme de la conférence ne portait pas sur la Tunisie. De fait, à la suite de son allocution, deux Tunisiens présents dans l'assistance, qui étaient vraisemblablement des agents de services de renseignements, ont pris la parole en l'attaquant dans le but de parasiter et de réduire la portée de ses propos... Je les avais alors remis à leur place. Dans son message, le même journaliste tunisien m'écrit aujourd'hui : " Je pense souvent à cet événement et je me dis que Samir Kassir a gagné, même s'il a été tué. Les peuples arabes sont dans la rue et réclament leur liberté. " »

« Entendre Beyrouth la nuit »
« Le génie de Samir Kassir d'avoir diagnostiqué le malheur arabe, tout en défendant l'idée que cette situation ne pourra pas durer », a produit l'effet « d'un galet qu'on jette dans l'eau... un peu comme l'effet de la Fondation Samir Kassir aujourd'hui ».
Et son diagnostic du malheur arabe aboutirait au constat actuel : le cercle vicieux de la victimisation et de la perception fataliste du malheur arabe a été rompu, « le mur de la peur a été brisé ». Cela ne signifie pas pour autant que « la fin du culte du malheur et de la mort » a été atteinte, relève-t-elle. « Nous sommes en plein dans le culte de la mort. Nous avons ouvert la boîte de Pandore. Tout a explosé. »
Mais des étincelles tournoient, comme une musique suspendue dans le tumulte assourdissant des explosifs : les Syriens qui résistent malgré « quatre ans passés sans espoir », par l'art, la réflexion, le rire, la détermination ; et ces « formidables jeunes » de la Fondation Samir Kassir, « qui ont décidé de ne pas accepter ce que leurs parents avaient accepté » ; les démocraties en devenir, comme la Tunisie ; la certitude que les choses ne redeviendront plus ce qu'elles étaient, comme en Égypte ; le pacte national, au Liban, « la seule idée politique inventée par nous » ; l'espoir tenace des Arabes, dix ans après, de « pouvoir être heureux » ; la vue d'un jeune couple posant devant la statue de Samir au centre-ville « ...Et Beyrouth, immortelle, cette ville que » je n'ai jamais haïe »... Et comment aurait-elle pu ? Son souvenir de la synergie entre Samir Kassir et Beyrouth est resté limpide, intouché : « Il arrivait souvent qu'à la fin d'une soirée, bien après minuit, Samir me dise qu'il ne comptait pas rentrer. Que nous allions dénicher un café ouvert à cette heure, parce que, me confiait-il, ''j'ai envie d'entendre Beyrouth la nuit". Pour lui, les villes ont des sons... et c'est cela que je retiens. »

L'arme fatale de l'éducation
La date du 2 juin 2005 portera un son fracassant, extérieur, violent, dont « Beyrouth a été la victime autant que moi, et victime des mêmes agresseurs ».
« J'ai alors choisi de résister et de rester. Ma vengeance, je la prends chaque jour à travers la Fondation Samir Kassir. » Le mégaspectacle du 2 juin cette année porte le thème de Beyrouth a existé et existera toujours. Et cette « résistance culturelle » est doublée d'un autre engagement, tout aussi passionné : sa profession. Fière d'avoir « réussi à rester à égale distance de tous ceux que j'interviewe », la journaliste est aussi consciente d'une autre dimension, intime, de cet acharnement professionnel. « Me voir à l'écran, c'est penser que cette femme a été aimée et a aimé Samir Kassir »...
Et sa sérénité déteint sur sa lecture du changement régional : « plusieurs voies » s'offrent en perspective, et la voie de Samir Kassir est celle de « la modernisation des États et des peuples arabes ». L'arme essentielle en est « l'éducation, et l'éducation aux valeurs laïques, c'est-à-dire les valeurs qui ne supportent pas la doctrine figée, comme le nationalisme, qui a en tout cas prouvé son échec, et encore moins la religion ».
Face à l'horrifiante violence qui se dévoile sous des slogans communautaires, le rapport de causalité entre l'islamisme arabe et le clash des civilisations, établi par Samir Kassir, se précise.
Mais au-delà du système de pensée, et en « s'imaginant le printemps arabe à partir de l'exemple de Beyrouth », l'historien invitait à accepter « que les choses n'atteignent pas leur but espéré, une évidence qui ne veut pas dire pour autant qu'elles se sont achevées », relève Gisèle Khoury.
Samir Kassir aura légué un apprentissage de survie et de constante adaptation des « esprits purs » au réalisme politique. Des esprits purs comme l'est resté celui de Gisèle Khoury. En dépit de tout.
« Peut-être », dit-elle, avec la force tranquille de la paix.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Ces Printanières arabes ont germé en vue de créer 1 ralliement entre les Arabes Printaniers de ces moult différents Kottor-contrées, aspirant à leur protection et à leur progrès. Chaque Printanière devra alors agir comme si elle était celle de chaque groupe local, de telle sorte que les Printaniers de chacun des kottors soient au courant des Révolutions dans les autres contrées. Qu’1 enquête sur l'état d’avancement local de ces Printanières soit faite. Que les questions d'intérêt général, proposées par une des Printanières soient examinées par toutes les autres, et que toutes puissent agir d'1 manière uniforme. Puisque le succès du souffle Printanier dans chaque contrée ne peut être assuré que par l'union, que l'action des Printanières en général sera plus efficace au lieu d’avoir affaire à une multitude de Printanières isolées les unes des autres, elles jointeront alors tous leurs efforts pour réunir toutes ces révolutions ! L'application de cette stratégie est subordonnée aux particularités de chaque Kottor. Dans sa lutte contre ces despotismes, la Printanière ne peut agir qu'en parti politique opposé à tous les anciens créés par ces autocrates. Sa constitution en parti est vitale pour la Révolution. Cette Printanière coalition devra lui servir dans sa lutte contre le Pouvoir de ces tyranneaux. Puisque ces seigneurs de la guerre utilisent leurs privilèges politiques pour perpétuer leur despotisme, la conquête du Politique est le devoir absolu de ces Printanières arabes.

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