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Économie - Splendeurs et misères économiques

La finance islamique pour assainir le système

Né à Beyrouth, Michel Santi est un macroéconomiste franco-suisse qui conseille des banques centrales et des fonds souverains. Il est notamment l'auteur de « L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique » et de « Misère et opulence ».

La première obligation « charia-compatible », ou sukuk, fut émise en 1775 par l'Empire ottoman qui devait emprunter contre des droits de douane sur le tabac à percevoir dans le futur. En Europe, c'est les Allemands qui, les premiers, émirent en 2004 une sukuk ayant séduit des investisseurs du Golfe, de Malaisie, mais également des États-Unis, du Japon et de Hong Kong. Ce contrat était en fait une « ijarah », soit un véhicule dont l'objectif était de collecter loyers et rentes sur des actifs immobiliers. Comme le paiement des intérêts est prohibé selon la charia, les détenteurs de sukuks percevaient donc une rémunération proportionnelle aux loyers, sachant que c'est l'ensemble du contrat qui était revendu à l'échéance afin de restituer aux investisseurs leur placement initial.
La grande spécificité d'une sukuk étant qu'elle doit être corrélée à un actif sous-jacent générateur de revenu, on comprend mieux dès lors pourquoi les obligations islamiques sont essentielles à la stabilité financière. En présence de telles règles, il est impossible de contracter des dettes qui ne sont pas liées ou équilibrées par des revenus à venir. Le respect de ce seul principe n'aurait-il pas évité l'hyperendettement de nombre de nos nations occidentales ? En outre, la morale aurait été sauve avec des produits comme les « moucharakah » ou les « moudarabah » autorisant certes l'encaissement de bénéfices, mais contraignant également tous les participants à partager les pertes éventuelles.
Nous pensons immédiatement aux banques occidentales renflouées par l'argent du contribuable sans devoir en subir la moindre conséquence adverse. Nous pensons aussi aux États d'Europe périphériques comme l'Espagne qui, pour avoir dépensé sans compter afin de sauver leurs établissements financiers, font subir aujourd'hui à leurs citoyens un taux de chômage faramineux. Nous pensons enfin à des pays comme la Grèce ayant dû brader ses actifs stratégiques (comme le port du Pirée) pour avoir cédé aux sirènes de prédateurs comme Goldman Sachs ayant manipulé ses comptes publics.
Comme l'argent n'a pas de valeur sacrée dans ce monde de la finance islamique, comme il est simplement considéré comme un moyen de paiement, le degré de risque que sont disposés à assumer les investisseurs s'en retrouve considérablement amoindri. Les actifs et les marchandises qui n'existent pas au moment de l'initiation du contrat ne peuvent tout simplement pas être vendus par anticipation ! Ainsi, l'argent est toujours lié à l'économie réelle. Ce principe élémentaire décourage donc à l'évidence la spéculation et exclut tout produit dérivé, dont l'essence même est de traiter des actifs fantômes.
La crise des subprimes, comme la crise de la dette souveraine, aurait pu être évitée et la volatilité exacerbée des marchés financiers, comme des matières premières, aurait été nettement amoindrie si l'Occident s'était inspiré de l'esprit de la finance islamique. Une finance accessible à tous et des produits dont la compréhension est à la portée de tous : voilà ce que la finance islamique peut aujourd'hui apporter à une finance occidentalisée décadente. Parce que l'argent et parce que la finance ne sont qu'un vecteur, non le but ultime.


La première obligation « charia-compatible », ou sukuk, fut émise en 1775 par l'Empire ottoman qui devait emprunter contre des droits de douane sur le tabac à percevoir dans le futur. En Europe, c'est les Allemands qui, les premiers, émirent en 2004 une sukuk ayant séduit des investisseurs du Golfe, de Malaisie, mais également des États-Unis, du Japon et de Hong Kong. Ce contrat...

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