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Moyen Orient et Monde - Analyse

Après Ramadi et Palmyre, Bagdad et Damas ?

Le groupe jihadiste État islamique (EI) s'est emparé le 21 mai 2015 de la ville de Palmyre en Syrie (notre photo) après avoir conquis celle de Ramadi en Irak, deux victoires significatives qui lui ont permis d'élargir sa zone d'influence de part et d'autre de la frontière. Photo d'archives. AFP PHOTO/CHRISTOPHE CHARON

En s'emparant, dans la même semaine, des deux villes de Ramadi en Irak et de Palmyre en Syrie, l'État islamique (EI) a frappé un grand coup stratégique et médiatique. Annoncée sur le déclin après ses défaites à Kobané et à Tikrit, l'organisation jihadiste a complètement inversé la tendance et contrôle désormais un territoire de 300 000 km2 et de 8 à 10 millions de personnes. L'EI a pris l'ascendant des deux côtés de la frontière irako-syrienne et encercle dorénavant les soldats du régime syrien encore présents dans la province de Deir ez-Zor. Face à l'impossibilité d'ouvrir une voie de communication au nord, entre Raqqa et Mossoul, du fait de la présence des peshmergas kurdes, l'EI a revu sa stratégie pour faire le lien entre les deux territoires via la route désertique plus au sud, entre Ramadi et Palmyre. Les défaites conjugués, des deux côtés de la frontière, de l'armée irakienne et de l'armée syrienne renforce le sentiment de puissance alimenté par la propagande de l'EI et permet à l'organisation d'accroître ses ressources énergétiques et militaires : le groupe jihadiste a mis la main sur d'importants dépôts d'armes et s'est emparé de trois champs gaziers dans l'oasis de Palmyre. Comment une organisation jihadiste dont les positions sont quotidiennement bombardées par la coalition internationale a-t-elle pu obtenir de telles victoires dans un laps de temps aussi réduit ? Tant à Ramadi qu'à Palmyre, l'EI a simultanément profité des lacunes stratégiques de ses adversaires et d'un contexte particulier dont il a su tirer avantage.

(Lire aussi : L’EI va-t-il détruire Palmyre ? : « Avec leur petit côté sadique, ils peuvent très bien faire traîner les choses »)

 

Double défaite
La prise de Ramadi, capitale de la province d'al-Anbar, résulte d'une double défaite de Bagdad à la fois militaire et, surtout, politique. Militaire parce que l'armée irakienne a, une nouvelle fois, démontré son incapacité à combattre l'EI sans l'aide des milices chiites appuyés par l'Iran ; politique parce que Ramadi était l'un des derniers fiefs sunnites qui résistait encore à l'EI et dont les tribus pouvaient constituer un appui précieux, à l'image de ce qu'avaient pu être les forces de la Sahwa (les reliquats de l'armée de Saddam Hussein) dans la lutte contre el-Qaëda. Alors que le Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi avait lancé l'offensive de reconquête de la province d'al-Anbar le 8 avril dernier et que le Centcom (commandement central américain) avait annoncé la reprise de Mossoul pour le mois de mai, Bagdad se retrouve aujourd'hui dans une situation d'urgence où il n'a d'autre choix que de tenter de reprendre Ramadi avec l'aide des milices chiites et contre la volonté des populations locales sunnites.

La prise de l'oasis de Palmyre, joyau inestimable du patrimoine de l'antiquité, fait suite à une dizaine de jours de combats entre les forces du régime et les combattants jihadistes. Ces combats tendent à remettre en question les théories sur les rapports ambigus entre le régime et l'EI, d'autant qu'ils ont permis à l'organisation de s'emparer d'une province éminemment stratégique reliant la ville de Deir ez-Zor à celles de Homs et de Damas. Le régime a perdu des champs gaziers importants et ses troupes sont tombées dans une embuscade alors qu'elles se repliaient sur la capitale. Sans contestation possible, il s'agit d'une défaite importante pour Damas. Le régime était-il incapable de défendre Palmyre ? A-t-il délibérément choisi de ne pas offrir une opposition plus musclée considérant que les risques de destruction du patrimoine archéologique profiteraient à son image aux yeux des Occidentaux ?

 

 

Improbable, mais pas impossible
Si le régime a essayé de sauver les meubles en déployant sa propagande de rempart contre la barbarie, notamment par le biais du directeur des antiquités, Ma'amoune Abdelkarim, qui a exhorté le monde à se « mobiliser » pour sauver les trésors, il aurait sans doute gagné bien davantage à poursuivre les combats et à vraiment apparaître comme une force capable de résister à l'EI. Au contraire, il apparaît désormais comme une force profondément affaiblie, et ce d'autant plus que ce nouveau revers survient après ses défaites successives dans le Nord face à l'Armée de la conquête, où le régime vient de perdre son dernier bastion à l'intérieur de Jisr el-Choughour. Le régime semble actuellement souffrir d'une perte importante de ses effectifs, d'une dissension interne, et d'un changement de stratégie de la part de ses alliées russe et surtout iranien. Face à l'impossibilité de reprendre tout le territoire syrien, et l'incapacité des milices chiites à mener simultanément la guerre sur les fronts irakien et syrien, l'Iran semble privilégier la défense de la « Syrie utile » quitte à sacrifier le reste du territoire.


(Lire aussi : Palmyre, un site exceptionnel et une "oasis" entre deux mondes)


En s'emparant de Palmyre, l'EI a mis la main sur deux sites extrêmement symboliques dont il pourra se servir à outrance pour sa propagande : la prison et le site archéologique. La prison est célèbre pour être l'une des plus dures au monde : elle est notamment connue pour le massacre de centaines de détenus par le régime dans les années 80 et la torture y était pratiquée de façon quasi systématique. En s'emparant de la prison de Tadmor, associée dans l'inconscient populaire des populations syriennes, voire arabes, aux pires heures du régime syrien, l'EI a réalisé un coup machiavélique et ingénieux : il passe pour un sérieux ennemi du régime aux yeux d'une partie de la population et pourra recruter, si la prison n'a pas déjà été totalement évacuée, parmi les détenus islamistes.
Concernant le site archéologique, tous les observateurs se posent aujourd'hui les mêmes questions : l'EI va-t-il détruire le site, et si oui, quand ? Dans ce cas-là, la communauté internationale restera-t-elle les bras croisés ? La coalition internationale n'est pas intervenue jusqu'alors pour ne pas aparaître comme un soutien de Damas et, à moins d'une immense pression populaire, il y a peu de chances qu'elle le fasse par la suite, même si le site commence à être détruit. De leur côté, les jihadistes risquent de détruire en priorité le temple du dieu Baal, qui date de la période antéislamique, sans forcément réduire à néant la totalité du site, dont il pourrait tirer d'importantes ressources par le biais de la contrebande d'objets d'art.

L'avancée de l'EI démontre avant tout l'échec cuisant de la stratégie américaine. Mais il n'empêche qu'en Syrie comme en Irak, ce sont désormais les deux capitales qui sont directement menacées. Ramadi n'est qu'à 112 km de Bagdad et Palmyre ouvre la voie vers Damas. Le scénario des deux capitales encerclées par les jihadistes est encore improbable, mais plus du tout impossible. Dans les deux cas, il donnerait lieu à des combats terribles et marquerait un tournant décisif pour la survie des régimes en question.

 

Repères
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En s'emparant, dans la même semaine, des deux villes de Ramadi en Irak et de Palmyre en Syrie, l'État islamique (EI) a frappé un grand coup stratégique et médiatique. Annoncée sur le déclin après ses défaites à Kobané et à Tikrit, l'organisation jihadiste a complètement inversé la tendance et contrôle désormais un territoire de 300 000 km2 et de 8 à 10 millions de personnes....
commentaires (7)

"L'avancée de l'EI démontre avant tout l'échec cuisant de la stratégie américaine". Bravo ! Bien dit. Mais quelle est cette stratégie américaine ? C'est la stratégie de la lâcheté d'Obama, de ses mascarades d'alliances et de bombardements aériens ineffices, de ses explications-"ta'a al-hanak", comme on dirait en libanais. Oui, cet homme est trop lâche et les Etats-Unis commencent à regretter de lui avoir octroyé deux mandats et à juger que c'est le pire président qu'ils ont jamais eu. Il a une seule obsession : accord nucléaire avec les mollhas d'Iran. Il prétend que "ce sont avant tout les Arabes qui doivent remédier à leurs problèmes, dont Daech". C'est de l'irresponsabilité en plus de la lâcheté. Il oublie que le fondement du mal, c'est son pays qui l'a bien creusé et établi par la destruction totale de l'armée irakienne, opérée par Paul Bremer en 2003-2004. Sans cette bêtise américaine colossale en Irak, il n'y aurait jamais eu un ISIS (Daech) dans ce pays, puis en Syrie, à la faveur de la complicité de la dictature cynique du gang Assad et là aussi de la lâcheté de M Obama. Et voilà maintenant Daech étendant sa domination sur ces deux pays, ridiculisant au plus haut point ce président américain et son administration.

Halim Abou Chacra

12 h 50, le 23 mai 2015

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Commentaires (7)

  • "L'avancée de l'EI démontre avant tout l'échec cuisant de la stratégie américaine". Bravo ! Bien dit. Mais quelle est cette stratégie américaine ? C'est la stratégie de la lâcheté d'Obama, de ses mascarades d'alliances et de bombardements aériens ineffices, de ses explications-"ta'a al-hanak", comme on dirait en libanais. Oui, cet homme est trop lâche et les Etats-Unis commencent à regretter de lui avoir octroyé deux mandats et à juger que c'est le pire président qu'ils ont jamais eu. Il a une seule obsession : accord nucléaire avec les mollhas d'Iran. Il prétend que "ce sont avant tout les Arabes qui doivent remédier à leurs problèmes, dont Daech". C'est de l'irresponsabilité en plus de la lâcheté. Il oublie que le fondement du mal, c'est son pays qui l'a bien creusé et établi par la destruction totale de l'armée irakienne, opérée par Paul Bremer en 2003-2004. Sans cette bêtise américaine colossale en Irak, il n'y aurait jamais eu un ISIS (Daech) dans ce pays, puis en Syrie, à la faveur de la complicité de la dictature cynique du gang Assad et là aussi de la lâcheté de M Obama. Et voilà maintenant Daech étendant sa domination sur ces deux pays, ridiculisant au plus haut point ce président américain et son administration.

    Halim Abou Chacra

    12 h 50, le 23 mai 2015

  • De vrais simiesques Per(s)cés qui tentent vainement d'imiter leur Maître !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 53, le 23 mai 2015

  • ET SURTOUT LA ... SEULE... FRONTIÈRE QUI RESTE AU RÉGIME... CELLE AVEC NOTRE PAYS QUI SE VOIT TRANSPORTÉ... PAR CERTAINS... MALGRÉ LA VOLONTÉ DE SON PEUPLE... DANS LES AVENTURES IRRESPONSABLES DE L'EXPANSIONNISME PERC(S)É !!!

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 43, le 23 mai 2015

  • Ni Beyrouth surtout !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 02, le 23 mai 2015

  • L'ANALYSE DIT : TOUT DEVIENT POSSIBLE ! MAIS... SANS CONNIVENCES RÉGIONALES ET INTERNATIONALES LES CHOSES TOURNERAIENT TOUT AUTREMENT !!!

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 43, le 23 mai 2015

  • "l'EI a revu sa stratégie pour faire le lien entre les deux territoires via la route désertique plus au sud, entre Ramadi et Palmyre" 1 an de frappes de la coalition en ils n'ont pas réussi a proteger Palmyre et Ramadi, en plein desert! Malgré l'enfumage qu'on ne nous fasse pas croire que tout n'est pas fait pour effacer l'Irak et la Syrie, pays, histoire, peuples et patrimoine....

    Christine KHALIL

    09 h 37, le 23 mai 2015

  • Si c'est le cas, il ne faudra pas alors oublier Bäälbick et Nabbattïyéhhh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 21, le 23 mai 2015

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