Conflit

Les jihadistes renforcent leur « califat » entre Syrie et Irak

Le poste-frontière d'al-Tanaf aux mains de l'EI ; les rebelles prennent l'hôpital de Jisr al-Choughour.

Capture d’écran de la télé de Welayat Homs, montrant des habitants de Palmyre se promenant dans la ville au lendemain de sa capture par les jihadistes de l’EI. HO/Welayat Homs/AFP

Les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont pris au régime syrien le dernier poste-frontière avec l'Irak, consolidant leur emprise sur une vaste zone transfrontalière après la conquête de Palmyre.
Fort de dizaines de milliers d'hommes, ce groupe a profité de la guerre civile en Syrie pour y prendre des territoires, dès 2013, et de l'instabilité en Irak pour étendre sa base. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), l'EI contrôle désormais la moitié de la Syrie, ravagée depuis plus de quatre ans par une guerre civile. Cette organisation extrémiste sunnite a réussi à prendre dimanche Ramadi, chef-lieu de la province irakienne d'al-Anbar, puis jeudi Palmyre, dans le désert syrien frontalier de l'Irak, avant de progresser vers le sud syrien pour s'emparer du poste-frontière d'al-Tanaf. Désormais, les trois points de passage avec l'Irak échappent au régime de Bachar el-Assad : comme al-Tanaf, celui de Boukamal est aux mains de l'EI, tandis que le poste de Yaaroubié, plus au nord, est contrôlé par les forces kurdes.
L'EI renforce ainsi son emprise sur une large bande territoriale transfrontalière qui lui permet d'étendre son « califat » proclamé en juin 2014, malgré les frappes menées depuis plus de neuf mois par une coalition internationale dirigée par les États-Unis.
La bataille déclenchée le 13 mai a fait près de 500 morts. Des dizaines de victimes, dont des civils, ont été décapitées ou fusillées par l'EI, a indiqué l'OSDH.
Outre cette région, l'EI contrôle la majeure partie des provinces de Deir el-Zor et de Raqqa (Nord), et a une forte présence dans les provinces de Hassaké (Nord-Est), d'Alep (Nord) et de Hama (Centre).
La percée de l'EI en Irak et Syrie depuis une semaine a provoqué l'exode de plusieurs dizaines de milliers de civils. Pour la seule ville de Ramadi, l'Onu a fait état hier d'au moins 55 000 personnes ayant fui depuis la mi-mai.

« Menacer la Syrie profonde »
« Le fait que l'EI contrôle la moitié du territoire syrien (plus de 95 000 km2) signifie que le régime n'en détient plus que 22 % », le reste étant aux mains d'autres groupes rebelles, a déclaré le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. « Même si l'EI s'est emparé de régions peu peuplées, cela signifie qu'il contrôle désormais une étendue géographique très importante qui lui permettra de menacer la Syrie profonde comme Homs et Damas », deux bastions du régime, selon lui. Véritable carrefour routier, Palmyre est située dans la province de Homs, frontalière de celle d'al-Anbar en Irak.
Alors que l'EI a détruit plusieurs trésors archéologiques en Irak, la communauté internationale craint qu'il ne fasse de même à Palmyre, cité vieille de plus de 2 000 ans, réputée pour ses colonnades torsadées romaines, ses temples et tours funéraires. L'Unesco a lancé un appel à l'aide à l'Onu, avertissant que « toute destruction » à Palmyre, inscrite au patrimoine mondial de l'humanité, « serait une énorme perte ».

« Les héros hors de l'hôpital »
Ailleurs en Syrie, les jihadistes d'el-Qaëda et leurs alliés rebelles ont pris hier l'hôpital de la ville de Jisr al-Choughour (Nord-Ouest) où étaient assiégés 150 soldats et leurs familles depuis près d'un mois, selon l'OSDH. « Le Front al-Nosra et des rebelles islamistes ont pris le contrôle total de l'hôpital de Jisr al-Choughour. Des dizaines de soldats ont pris la fuite, d'autres ont été tués sur place et à l'extérieur de l'établissement, ou ont été capturés », a affirmé Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH.
Les autorités syriennes ont indiqué pour leur part que les soldats encerclés ont pu s'échapper de l'hôpital de Jisr al-Choughour. « Après avoir fait preuve de résistance épique, les héros (...) sont hors de l'hôpital », selon la télévision officielle syrienne. « Ils ont transporté avec eux les blessés et les corps des martyrs, rejoignant leurs compagnons d'armes, à l'extérieur de Jisr al-Choughour », a-t-elle ajouté.
Jisr al-Choughour était tombée le 25 avril aux mains d'al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda, et de ses alliés rebelles, à l'exception de l'hôpital, situé au sud. Depuis, les soldats, leurs familles et des bureaucrates du régime y vivaient assiégés.

En Irak
De l'autre côté de la frontière, l'EI a poursuivi son offensive en prenant des positions gouvernementales à l'est de Ramadi. La contre-offensive des forces de sécurité, aidées de milices chiites, pour reprendre Ramadi doit être lancée « dans les prochains jours », a indiqué hier un porte-parole d'une force paramilitaire. La perte de cette capitale de la plus grande province d'Irak est un coup sévère pour Bagdad et son allié américain.

(Source : AFP)


Les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont pris au régime syrien le dernier poste-frontière avec l'Irak, consolidant leur emprise sur une vaste zone transfrontalière après la conquête de Palmyre.
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