La guerre fait rage autour de nous. Les morts ne se comptent plus, et pourtant... on continue de se croire éternels. La mort ? On refuse d´y penser, on l'occulte de notre quotidien, et pourtant, elle est là, implacable, inévitable, certaine. C'est peut-être même la seule certitude de notre existence. Surtout vivre pleinement, ne jamais penser que nous ou nos proches pourrions mourir un jour. D'ailleurs, « on sait à peine ce qu'est la vie, comme le disait Confucius, alors comment pourrait-on savoir ce qu'est la mort ? »
Michel est mort. Hier encore, le monde était beau, familier, solide. Michel est mort. La sentence est tombée, soudaine, choquante, impitoyable, brutale.
Ceux qui n'ont jamais vécu cela ne peuvent pas me comprendre... Bien sûr, j'ai déjà perdu un papa très cher, une sœur adorée, et les épines sont toujours là, inextricables, douloureusement et profondément enfoncées dans mon cœur, mais Michel ! Je ne comprends pas ! La vie, l'entrain, l'audace, la témérité, l'affection, la tendresse, la jeunesse ! Michel n'est plus. Une lumière dans ma vie vient de s'éteindre. Une partie de moi a disparu. Je suis ébranlée, incrédule, révoltée !
À quoi ça sert de tisser des liens trop vite brisés ? De rêver, planifier et construire puis être brutalement réduit à néant, du jour au lendemain, sans le moindre préavis ?
Devenir une simple poignée de poussière dans la terre ? Je sens cependant paradoxalement que Michel est toujours là. Il est là par la puissance magique des souvenirs, par l'amour, la tendresse l'affection qui nous relient depuis sa naissance. Il est là par ce sourire qui me monte spontanément aux lèvres, malgré mes larmes, chaque fois que je pense à lui, à ses réflexions drôles, inattendues, à sa façon de prendre le parti des enfants contre les parents. Il est là à travers ses enfants, sa femme, ses parents, sa sœur, ses cousins, ses oncles et tantes, sa grand-mère ! Nous sommes sa famille et nous sommes là avec lui au-delà de toutes les frontières. Optimiste, gai et positif, je serai fidèle à son image.
« J'ignore où sont ceux que j'ai aimés et qui sont morts. Je sais seulement qu'ils ne sont pas dans les cimetières, même si le soleil s'incline chaque jour devant leurs tombes pour y faire briller leurs noms. » La citation est de Christian Bobin.
Nos lecteurs ont la parole - Rolla Aoun
Michel est parti...
OLJ / le 19 mai 2015 à 00h00


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