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Nos lecteurs ont la parole - Emmanuel Ramia

Soulevez-vous

Non, le chaos n'est pas constructeur. Un pays où rien ne va, mais qui survit quand même, reste un pays où rien ne va. Un véhicule délaissé par son chauffeur en pleine conduite roulera un moment mais finira par s'écraser brutalement. Imaginons un espace fermé où l'énergie vitale fuit, où le venin s'infiltre et où une espèce d'équilibre malsain s'instaure. Cela est intenable. Physiquement et moralement. La situation va basculer. La situation doit basculer. Mais vers quoi ? Telle est la question.
Pourquoi le peuple ne se lève-t-il pas ? Qu'attend-il? Le chômage galopant, la corruption, le clientélisme, la fuite des jeunes cerveaux, l'infiltration de groupes terroristes, le gel politique et constitutionnel, le gonflement de la dette nationale, l'absence de plans de développement dans quasiment tous les secteurs public et industriel, l'incapacité d'élire un chef pour la nation ne suffisent-ils donc pas ? Apparemment non. Il s'ensuit que tous les intérêts sont satisfaits et que le peuple n'a besoin de rien. Il cohabite avec le chaos et l'épouse même, telle l'eau qui prend la forme de son récipient. Or, un peuple ignorant de ses droits ne mérite pas ces derniers. Il ne mérite ni la justice ni la liberté. Ni la paix ni la prospérité. Il mérite cette classe politique pourrie. Il mérite ces routes glissantes et mortelles. Il mérite ces leaders politico-religieux haineux qui divisent et enflamment selon leurs concepts de pureté, de justice, de bien et de mal. Il mérite tout le mal qui l'entoure. Il le méritera jusqu'au jour où il décidera de se soulever. Il le méritera tant qu'il ne se sera pas révolté. Il le méritera tant qu'il restera endormi et satisfait. Il le méritera en somme tant qu'il le voudra.
Un jour viendra peut-être où cette période sera étudiée dans nos livres d'histoire et où les étudiants poseront avec incompréhension des questions à leurs professeurs. Pourquoi notre peuple ne s'est-il pas révolté après l'échec de la révolution du Cèdre de 2005? Comment a-t-il supporté la privation de ses droits tout en satisfaisant ses devoirs ? Comment en sommes-nous arrivés jusque-là ? On se demandera pourquoi cette bombe à retardement n'a pas été arrêtée à temps. On se demandera pourquoi la seconde guerre civile libanaise n'a pas été évitée alors que ses symptômes étaient clairs comme le jour en cette période chaotique. Où est le peuple fier du 14 mars 2005 ? Où est cette ferveur nationale, démocratique et progressiste d'il y a dix ans ?
Heureusement, certains acteurs de la société civile tentent de sortir le pays de cette apathie grâce à un militantisme irréprochable. Les Lebanese Oil and Gas Initiative, SKeyes, March, La Troisième Voix, Association for the Protection of the Lebanese Heritage, Kafa et tant d'autres avec leurs propositions fortes et audacieuses sont aujourd'hui plus que nécessaires. Bien qu'évoluant dans des sphères différentes, ils ont en commun ce double objectif qui est d'influencer le gouvernement tout en éduquant la population. Leur lumière rayonne aujourd'hui comme celle du soleil qui se fait transparaître dans la cave de Platon. Tout le monde peut aider. Chacun dans sa petite sphère sectorielle, régionale et humaine peut apporter sa pierre afin de bâtir ce pays qui souffre tant. Tout est à refaire. Attaquons tous azimuts les défauts et failles de notre société, de nos institutions, de notre État ! Faisons cela afin de préserver (ou plutôt retrouver) la paix, la prospérité et l'espoir dans ce pays aux cèdres coupés où les enfants ne savent plus chanter !

Emmanuel RAMIA

Non, le chaos n'est pas constructeur. Un pays où rien ne va, mais qui survit quand même, reste un pays où rien ne va. Un véhicule délaissé par son chauffeur en pleine conduite roulera un moment mais finira par s'écraser brutalement. Imaginons un espace fermé où l'énergie vitale fuit, où le venin s'infiltre et où une espèce d'équilibre malsain s'instaure. Cela est intenable. Physiquement et moralement. La situation va basculer. La situation doit basculer. Mais vers quoi ? Telle est la question.Pourquoi le peuple ne se lève-t-il pas ? Qu'attend-il? Le chômage galopant, la corruption, le clientélisme, la fuite des jeunes cerveaux, l'infiltration de groupes terroristes, le gel politique et constitutionnel, le gonflement de la dette nationale, l'absence de plans de développement dans quasiment tous les secteurs public et...
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