Les chaînes locales avaient demandé aux câblodistributeurs la somme de 4 dollars par abonné. Photo L’OLJ
Dans un système capitaliste, l'État n'intervient pas directement dans l'économie et se contente de percevoir ses impôts directs et indirects, tout en empêchant la classe moyenne, si elle existe toujours, de s'enrichir, et en condamnant définitivement les classes au revenu modeste à une éternelle vie de misère.
Cela, les Libanais l'ont bien compris. Mais dans un système anarchique où l'État laisse s'épanouir des chefs de gang qui imposent depuis la guerre le monopole des générateurs électriques et la distribution de chaînes télévisées câblées, ce citoyen se transforme petit à petit en une vache à lait sûre et régulière de tout un système corrompu jusqu'à la moelle.
Toute crise financière, toute nouvelle création, quelle qu'elle soit, est monnayée, pour le plus grand malheur des foyers au revenu limité, par la tirelire du Libanais. Depuis le déficit financier postreconstruction derrière lequel se cachaient les premiers gouvernements d'après-guerre, en passant par la TVA qui a fini par anéantir le pouvoir d'achat des citoyens, jusqu'à ce nouveau code de la route avec ses amendes exorbitantes et absurdes à l'aune d'un chaos tel qu'il frôle l'indécence, la situation est devenue invivable. Arrivent alors les chaînes libanaises. En pleine période de chute de l'audimat, les voilà elles aussi qui se tournent vers le prolétaire, qui n'avait pour seul divertissement que ce petit écran et cette télécommande, qui zappait entre chaînes internationales et locales, piètre défoulement après une longue journée de labeur à fonds perdu.
Les géants de l'audiovisuel jouissaient jadis d'un mégapouvoir. Aujourd'hui, les voilà engouffrés dans un conflit stérile avec les câblodistributeurs des quartiers. Ces derniers, il faut le dire, n'ont aucun état d'âme à exhiber une richesse indécente : leur double commerce (chaînes câblées et générateurs électriques) est on ne peut plus lucratif.
La crise qui a opposé les câblodistributeurs aux huit grandes télévisions locales (LBCI, MTV, OTV, NTV, al-Manar, NBN, Télé-Liban et Future TV) a été réglée temporairement après que les câblodistributeurs eurent sanctionné la LBC et la NTV d'un arrêt de transmission via les bouquets de chaînes câblées qu'ils proposaient à leurs clients. Rappelons que ces chaînes locales avaient demandé aux câblodistributeurs la somme de 4 dollars par abonné. Grands princes, même grands seigneurs politiques (ils sont, pour la plupart, devenus de vrais minizaïms dans leurs quartiers respectifs), ces distributeurs ont refusé, dans un immense accès de générosité et de sens civique, de faire payer le Libanais davantage que les 10 dollars (ou 15 ou 20, dépendamment des régions) qu'ils déboursent en contrepartie du bouquet de chaînes câblées. Selon ces distributeurs, le texte de loi est clair : la diffusion des chaînes locales doit être gratuite.
Le litige sera débattu en justice, mais espérons que les deux protagonistes se souviendront d'oublier la poche de monsieur Tout-le-monde, embourbé dans la crise économique jusqu'aux yeux. Et qui n'attend qu'une chose : s'affaler dans son canapé vers 20h00 et essayer d'oublier, télécommande à la main, un peu de ses soucis.
Pour mémoire
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