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Liban - Conférence

Les toiles panoramiques quasiment disparues ; il en reste une quinzaine dans le monde

Le cinéma n'était pas né. Mais les toiles hyperboloïdes, appelées panoramas, mettaient en scène des villes et des paysages, racontaient les grands faits historiques et donnaient l'illusion d'un « spectacle vivant ». Elles ravissaient le public.

Différents détails du panorama de la bataille de Morat. Photo laliberté.ch et murtenpanorama.ch

Phénomène du XIXe siècle, les toiles monumentales donnent aux spectateurs la possibilité de se mouvoir sur 360°. Elles mesurent parfois plus de cent mètres de long et 15 m de hauteur. Lors de sa conférence donnée à l'Alba sur « L'importance de la conservation et restauration des biens culturels dans le monde actuel », le Pr Volker Schaible a présenté quelques stratégies de sauvegarde du patrimoine, avant d'aborder le sujet des « Panoramas ». Financées par des chefs d'entreprise, ces peintures géantes étaient très en vogue car elles invitaient au rêve et au voyage ou encore à suivre des scènes de bataille. Il n'en reste plus qu'une quinzaine dans le monde. Le premier « panoramiste » français fut Pierre Prévost. Jusqu'à sa mort en 1823, il a réalisé pas moins de 18 panoramas dont ceux de Paris, Rome, Londres, Jérusalem ou Athènes. Infatigable, il parcourait l'Europe et l'Orient pour dessiner les sketchs nécessaires à la composition de ses fresques en trompe-l'œil.
La plus ancienne parmi celles qui existent encore est la toile de Mesdag, illustrant la ville et le port de La Haye ainsi que la plage de Scheveningen. Peinte par Hendrik Willem Mesdag, en 1880, elle est conservée dans son lieu d'origine, c'est-à-dire à La Haye. Pour sa part, la Suisse en conserve quatre : à Lucerne, Thoune, Einsiedeln et Morat.

Une fresque d'une tonne et demie
En 1996, à l'initiative de la Fondation du panorama de la bataille de Morat, créée à Murten, Fribourg, Volker Schaible et un groupe de spécialistes sont chargés d'assurer la restauration de l'énorme toile circulaire (94,4m x 10,5m). Professeur à l'École des arts appliqués de la ville de Berne et cofondateur de la section « Restauration et conservation des tableaux et sculptures polychromées », expert en radiologie, président de l'Association allemande des restaurateurs et membre du jury, PhD de l'Académie des beaux-arts de Stuttgart, M. Schaible signale que la fresque est constituée de trois rouleaux et pèse une tonne et demie. Elle a été peinte en 1893 par « le plus célèbre artiste de panoramas d'Allemagne » Louis Braun et son équipe. Une vision à 360° plonge le spectateur dans le tumulte de la bataille de Morat et raconte la déroute des armées du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, battues par la coalition des Confédérés.

Soixante-dix ans dans l'oubli...
Livré à l'oubli, aux moisissures et aux souris, le panorama est resté enroulé pendant 70 ans dans un dépôt de Grolley en France. « Mais compte tenu de ces conditions, l'œuvre était relativement bien conservée », souligne M. Schaible. « La peinture à l'huile non vernie était presque inaltérée. Le bord supérieur de la toile était endommagé par la moisissure due à l'humidité et aux trous de clous. Elle était cependant déchirée sur une longueur de 20 mètres. Sur deux pans, la zone centrale avait été attaquée par des rongeurs et salie, de sorte que la cohésion mécanique n'était plus assurée. » Selon le conférencier, plus de 16 000 heures ont été nécessaires pour sa restauration.
Le panorama a été déroulé dans le hall de l'ancienne manufacture Von Roll à Berne, sur une plate-forme bombée spécialement conçue. « L'équipe des dix restaurateurs ont travaillé couchés sur le ventre, sur une sorte de pont roulant au-dessus de la plate-forme. On a procédé à la correction des déformations, au nettoyage de l'œuvre et à la réparation des déchirures et des lacunes. Des bandes d'un nouveau tissu support furent appliquées pour renforcer les bords inférieur et supérieur. »
Lors de la Foire nationale suisse de 2002 (Expo 02), le panorama a été exposé dans le monolithe de Jean Nouvel, immense cube rouillé flottant à 200 mètres des berges du lac Morat. Il a été ensuite (ré)enroulé et gardé dans un parc de l'armée. « La solution pour son exposition permanente reste à trouver. »
Passionné par les panoramas, Volker Schaible n'en est pas à son coup d'essai. Il a déjà réparé celui de Mesdag, en Hollande, et participé aux travaux préparatoires de la restauration du panorama Bourbaki, qui illustre l'entrée en Suisse, en 1870, de l'armée du général français Charles Denis Bourbaki. Le panorama est conservé à Lucerne.
Parmi les toiles géantes sauvegardées, il cite le panorama de la bataille qui s'est déroulée en 1794 à Raclawicka (il est gardé à Wroclaw, en Pologne) ; le panorama de Notre-Dame de Lourdes, qui décrit le miracle du cierge, le 7 avril 1858 (ce panorama peint à Paris par Pierre Carrier-Belleuse a été exposé à Lourdes de 1881 à 1956 ; il est le plus vieux panorama français existant) ; le panorama de Pleven, en Bulgarie ; le panorama de la bataille de Waterloo, en Belgique, et celui de la « crucifixion du Christ », à Einsiedeln, en Suisse.

Phénomène du XIXe siècle, les toiles monumentales donnent aux spectateurs la possibilité de se mouvoir sur 360°. Elles mesurent parfois plus de cent mètres de long et 15 m de hauteur. Lors de sa conférence donnée à l'Alba sur « L'importance de la conservation et restauration des biens culturels dans le monde actuel », le Pr Volker Schaible a présenté quelques stratégies de sauvegarde du patrimoine, avant d'aborder le sujet des « Panoramas ». Financées par des chefs d'entreprise, ces peintures géantes étaient très en vogue car elles invitaient au rêve et au voyage ou encore à suivre des scènes de bataille. Il n'en reste plus qu'une quinzaine dans le monde. Le premier « panoramiste » français fut Pierre Prévost. Jusqu'à sa mort en 1823, il a réalisé pas moins de 18 panoramas dont ceux de Paris, Rome,...
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