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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

Ne perdons jamais courage !

L'été dernier à Feytroun (Kesrouan), un homme d'une soixantaine d'années était resté debout au seuil d'une vallée. Il avait l'air triste et méditatif pendant plus d'un quart d'heure. Puis, soudain, il ramassa quelques pierres et les jeta une à une dans le vide de la vallée. Après s'être frotté les mains, il recula et repris le chemin du retour avec une mine plus rassérénée.
Cette action symbolique comporte une leçon valable pour chacun de nous. Combien d'entre nous, et non des plus déshérités, ont une aptitude excessive à s'attendrir sur eux-mêmes et à se décourager. Cet homme avait concentré son esprit sur les cailloux et s'en débarrassa au plus loin et au plus profond de la vallée. Avec un peu de psychologie, on pouvait comprendre qu'il se débarrassait non des cailloux mais de ses lamentations personnelles concentrées sur chacune des pierres.
Cette action symbolique comporte une leçon valable pour toute personne découragée des problèmes de la vie. Combien d'entre nous, et non des moindres, ont acquis une aptitude excessive à s'attendrir sur eux-mêmes.
Nous sommes toujours à l'affût de griefs personnels contre le fonctionnement de notre système social, politique et aussi économique. Les petits faits comme les grands – depuis les quelques minutes de l'explosion d'une voiture piégée jusqu'à la menace d'un conflit intérieur ou extérieur – provoquent également nos jérémiades. Nous nous appesantissons sur les difficultés et les dangers, les tensions et les complexités journalières de la vie moderne.
Il faut saisir combien cette façon d'envisager les choses est pernicieuse. À s'apitoyer sur lui-même, l'homme ne gagne rien, il tend plutôt à se dégrader, à s'amollir, et cette attitude engendre en lui une indifférence croissante à l'égard de ses semblables.
En fait, l'égoïsme est à la racine de cette tendance. Les gens qui se lamentent sur leur sort ne sont jamais réellement touchés par les malheurs des autres, à force de ressasser leurs ennuis, réels ou imaginaires, ils les amplifient hors de toute mesure et ne peuvent absolument plus s'en évader.
Personne n'est plus à plaindre qu'un homme qui se croit le centre du monde. Combien de fois, dans le secret de son cabinet, le psychanalyste entend cette morne plainte : « Docteur, je ne me sens pas bien... je ne sais plus que faire... je n'ai plus le goût de vivre... » Je... Je... Je... toujours cet inévitable « je », le cri du « moi » blessé qui s'apitoie sur lui-même. Les psychanalystes estiment que le tiers des personnes qui se présentent à la consultation dans leur clinique de neurologie souffrent uniquement des effets désastreux d'une tendance à s'apitoyer perpétuellement sur leur sort.
Le doute et la peur, ces grands ennemis du progrès humain, naissent des ténèbres de ce mal, et leur céder c'est créer à plaisir des obstacles sur notre route. Quiconque veut s'élever, conquérir ou accomplir une œuvre doit détacher sa pensée de lui-même et se persuader que, dans le domaine des réalisations quelles qu'elles soient, le résultat est à la mesure de l'oubli de soi. Si nous ambitionnons d'atteindre notre pleine stature morale, cessons de nous répandre en plaintes et en imprécations. Renonçons à nous insurger contre les circonstances, utilisons-les au contraire pour progresser, et nous découvrirons les possibilités et les forces cachées en nous-mêmes.
Alors, quand les épreuves, les épreuves véritables, nous atteindront, nous aurons appris à faire de l'adversité une valeur positive, à la regarder bravement en face et à en tirer avantageusement parti. Si nous pensons juste et courageusement, il n'est pas un seul des malheurs inhérents à l'existence humaine que nous ne puissions tourner à notre avantage. La psychologie avance là une vérité qui a été prouvée par maintes constatations professionnelles.
Songeons à tant d'inconnu(e)s, des gens comme vous et moi, qui ont surmonté la maladie, les épreuves, la souffrance continuelle, et malgré cela ont vécu bravement, glorieusement, une épopée secrète d'héroïsme silencieux. Songeons à tout cela et seulement, si nous l'osons, apitoyons-nous sur nous-mêmes !
L'homme est à l'image de sa pensée. La clef de tout le problème est là. Il est si facile de penser faux,
non seulement vis-à-vis des difficultés majeures qui se présentent, mais encore dans les menus détails des clefs de la vie quotidienne. Notre pensée a le pouvoir de nous créer ou de nous détruire. Sur cette enclume, nous pouvons forger les armes de notre ruine, mais nous pouvons aussi fabriquer les outils qui nous permettront d'édifier un Éden de joie et de paix.

L'été dernier à Feytroun (Kesrouan), un homme d'une soixantaine d'années était resté debout au seuil d'une vallée. Il avait l'air triste et méditatif pendant plus d'un quart d'heure. Puis, soudain, il ramassa quelques pierres et les jeta une à une dans le vide de la vallée. Après s'être frotté les mains, il recula et repris le chemin du retour avec une mine plus rassérénée.Cette action symbolique comporte une leçon valable pour chacun de nous. Combien d'entre nous, et non des plus déshérités, ont une aptitude excessive à s'attendrir sur eux-mêmes et à se décourager. Cet homme avait concentré son esprit sur les cailloux et s'en débarrassa au plus loin et au plus profond de la vallée. Avec un peu de psychologie, on pouvait comprendre qu'il se débarrassait non des cailloux mais de ses lamentations personnelles...
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