Venant dans le sillage de la commémoration du centenaire du génocide arménien et de la famine de 1915, la fête des Martyrs (6 mai), supprimée du calendrier national mais préservée par la presse et l'armée, a revêtu cette année un éclat particulier.
De nombreuses personnalités se sont rendues mercredi au siège de l'ordre de la presse pour en marquer le souvenir, alors que diverses cérémonies étaient organisées à cet effet à Beyrouth. Au siège de l'ordre, c'est ensemble que le président, Aouni Kaaki, et son homologue du syndicat des rédacteurs, Élias Aoun, ont reçu leurs hôtes.
S'exprimant au nom du chef du gouvernement, le ministre de l'Information, Ramzi Jreige, a déclaré, à propos des martyrs : « Écrivant avec leur sang le livre de la liberté, ils ont ouvert le chemin vers l'indépendance. Sans eux, notre patrie n'aurait jamais eu ce grand espace de liberté dont elle jouit. » Le ministre a rappelé que « la liberté de l'information figure dans le préambule de la Constitution » et que donc « personne ne peut y porter atteinte ». Aouni Kaaki a, quant à lui, estimé que « lorsqu'un journaliste est tué pour ce qu'il a écrit, il ne meurt pas, il s'immortalise ». Pour sa part, Élias Aoun a exhorté le ministre de l'Information à « venir en aide aux journalistes ».
À l'ordre des avocats
Auparavant, M. Jreige avait présidé une cérémonie organisée à la Maison de l'avocat pour les martyrs de l'armée. Il avait salué à cette occasion les exploits de la troupe dans « sa guerre contre le terrorisme, et dans la protection des frontières et le maintien de la sécurité ». Lors de cet événement, le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, a souligné dans une allocution que « la fête des Martyrs est aussi sacrée que celle de l'Indépendance, puisqu'un drapeau et un cèdre se dressent toujours là où un soldat est tombé ».
Le général Kahwagi a souligné en outre la capacité de l'armée à « relever les défis et remplir son rôle de maintien de la stabilité, malgré les tempêtes régionales, les divergences politiques internes et le blocage des institutions de l'État ».
S'adressant aux « martyrs vivants, pris en otage par les organisations terroristes », le général Kahwagi a lancé : « Votre cause est un gage confié au commandement de l'armée. Celui-ci n'épargnera aucun moyen pour que vous retourniez dans la dignité à vos familles et à votre institution militaire. »
Place des Martyrs
Devant le monument de la place des Martyrs et à l'initiative de l'évêché arménien-orthodoxe au Liban, une cérémonie commémorative s'est tenue en présence du député Hagop Pakradounian et de descendants de martyrs, ainsi que d'élèves d'écoles arméniennes.
Prenant la parole en cours de la cérémonie, le petit-fils du martyr Abdel Karim Khalil, Moufid Khalil, a salué le souvenir de ceux qui ont été « tués par Jamal Pacha », le gouverneur militaire turc du Liban et de Syrie durant la Première Guerre mondiale.
Clovis el-Khazen, descendant des frères martyrs Farid et Philippe el-Khazen, s'est contenté de citer le contenu de l'épitaphe inscrite sur leur tombe : « Ils ont vécu ensemble, sont morts ensemble et ont été enterrés ensemble pour que vive l'indépendance du Liban. »
Signalons enfin qu'avec la collaboration de l'ordre de la presse et du syndicat des rédacteurs, l'Association pour l'hommage aux martyrs a organisé une cérémonie commémorative à la « Colline des druzes », à Damour.
À cette occasion, Ramzi Jreige, présent là aussi, a fait part de la volonté du gouvernement d' « ériger un monument digne du sacrifice des martyrs dont le sang s'est mêlé à la terre du Liban », et a évoqué la possibilité de revenir sur la décision de supprimer le congé du 6 mai.
Dans l'espoir que cette promesse sera bientôt tenue, il a conclu en affirmant qu' « un pays qui ne rend pas hommage à ses martyrs et qui n'a pas mémoire de son éclatant passé ne mérite pas d'avoir un avenir ».


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