Raymond Gebara nous a quittés et, depuis, je le pleure. Mes amis se sont moqués de moi en me posant une question énigmatique : qui est Raymond Gebara ? J'ai pleuré davantage. Je pleure et les lettres coulent...
« Il y a un complot contre la culture au Liban. Un complot ourdi par la télé et les médias contre toute flamme de culture dans ce pays », dit Raymond Gebara. En effet, ce complot a bien réussi... tellement réussi qu'il a ciblé les jeunes de l'après-guerre. Les générations des années 90, les jeunes d'aujourd'hui, manquent de culture. En quoi ça nous intéresse les concerts, le théâtre, les livres, les galeries, les musées ? ! Les générations qui ont connu la guerre civile se rappellent toujours ce grand homme de théâtre qui a défié l'absurdité de la guerre par son théâtre de l'absurde. Mais après la guerre, ces mêmes générations se sont acharnées sur des œuvres qui ne font plus réfléchir. Des travaux, jusqu'à aujourd'hui, qui sont dépourvus de profondeur et ont pour seul but de divertir. Et depuis, toute la génération d'après-guerre a puisé son éducation dans des feuilletons et des programmes insignifiants. La culture des jeunes provient désormais de la télé et des réseaux sociaux. La culture ? On n'en a plus besoin ! Sauf que le Grand Raymond nous a prévenus : la plupart des médias au Liban sont corrompus et font de la propagande d'un feuilleton ou d'un programme qui attire et accroche les gens en les abêtissant.
Pourquoi faut-il faire du théâtre ou de l'art ? Pourquoi faut-il connaître le Grand Raymond ? La guerre civile a détruit le Liban. Tout s'est écroulé. Mais la culture a persisté grâce à un nombre immense d'artistes tels que Raymond Gebara. Avec sa troupe, non seulement il était l'un des premiers à introduire le théâtre de l'absurde au Liban, mais il a aussi et surtout créé, là où tout le monde était en train de détruire : il a écrit et monté sur scène des travaux qui condamnent les fusils, la guerre, les politiciens, les religieux... et même Dieu, de nous avoir laissés crever dans ce pays.
Le Grand Raymond a sombré dans l'abîme des idées noires pour donner de l'espoir aux spectateurs. Un espoir qui ne peut naitre qu'à travers l'art. Autrement dit, il est tombé dans le gouffre du travail continu pour faire rêver les gens. Il a créé des rêves. Il a longtemps enduré les souffrances de son pays, et pourtant il y est resté et a consacré sa vie aux planches de la scène. Pourrait-on demander à un artiste de vivre sans son pain quotidien : son rêve et ses visions ?
En quoi ça nous intéresse, le théâtre ? Le Grand Raymond dit dans l'une de ses pièces qu'il désire « planer, monter là-haut, voler avec les oiseaux, voler dans le ciel, voler encore jusqu'aux étoiles, devenir une étoile ! ». L'art doit alors intéresser, car il aide, d'abord, à transcender, à voyager dans le monde des rêves. Ensuite, le théâtre en particulier et l'art en général transforment les hommes et les femmes, et leur permettent de devenir « surhumains » comme le dit Nietzsche. Enfin, ils cherchent à inquiéter et à angoisser le spectateur, car là où il y a de l'angoisse, il y a une action, une amélioration et une quête vers le bien. En effet, le « diable du théâtre » a fait voler le spectateur vers le ciel, il lui a donné la flamme, en l'inquiétant.
Les jeunes d'antan se sont éloignés du rêve. Les jeunes d'aujourd'hui ne le connaissent même pas et manquent d'angoisse mais aussi d'enchantement. En manque d'intellect et d'action, ils ne font bouger que leurs doigts sur des portables intelligents qui les rendent de plus en plus bêtes.
Avec sa compagne éternelle, la cigarette, son regard vif et malicieux, son sourire innocent, son amour fou pour les oiseaux, le Prévert libanais, prisonnier de la corruption et de la violence de son pays, est devenu aussi, à la fin de sa vie, prisonnier d'un corps qui l'a trahi. Et pourtant il continuait à blesser les corrompus et à panser les plaies d'un peuple blessé.
Malgré « ses ailes de géant [qui l'ont empêché] de marcher », il volait à travers mots et rêves, car son seul salut était le théâtre, l'oiseau et la belle Thanatos. Même quand il était « exilé sur le sol au milieu des huées, le prince des nuées [a hanté] la tempête et [a ri] de l'archer ».
Le Grand Raymond, ce géant, a volé très loin, mais on peut toujours l'entendre :
« Apprenons à nos enfants à dessiner un oiseau, car celui qui dessine l'oiseau, il l'aime. Et quand on l'aime, on ne peut plus le chasser, on ne peut plus tuer !
On n'apprend pas l'art à nos enfants pour qu'ils deviennent artistes, on leur apprend l'art pour qu'ils deviennent humains et altruistes ! »
Sissi BABA


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QUE LES CHOSES NE VONT PAS BIEN DANS CET ATOLL... ON LE SAIT... POINT DE MYSTÈRE ! QUAND À L'ATTIBUER À UN COMPLOT OURDI PAR LA TV ET LES MÉDIAS... AH LÀ ... QUI QUE L'ON SOIT... ON DIVAGUE... ON A VÉCU ET ON VIT LES CAUCHEMARS DES COMPLOTS... ON OUBLIE LES CHARGES DES FAUTES ET LES EXACTIONS DE TOUT CHACUN ET ON IMAGINE DES BAUDETS POUR LES EN CHARGER !!!
18 h 14, le 08 mai 2015