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Campus - Aub

Se souvenir, autrement, de la guerre

Pour la troisième année consécutive, le Club laïc a commémoré, à sa façon, le début de la guerre civile libanaise. Il a ainsi organisé, entre le 15 et le 21 avril, une série d'événements illustrant « 40 ans de récits contradictoires ».

Cette exposition qui sera mise en ligne bientôt a bénéficié d’une grande visibilité, vu qu’elle s’est tenue dans une bibliothèque du campus dans le but d’attirer les étudiants et de les inciter à s’y intéresser.

À la bibliothèque Jafet de l'Université américaine de Beyrouth, des étudiants s'attardent devant des panneaux, disposés au milieu de la salle. Dessus, en noir et blanc, des photos, accompagnées de petits textes, racontent, d'une façon brève et chronologique, les événements majeurs de la guerre, ainsi que des extraits de témoignages de familles de disparus.
Pour préparer cette exposition, les membres du Club laïc de l'AUB se sont basés sur plusieurs livres et documentaires de référence, de même que sur un travail réalisé par la photographe Dalia Khamissy sur le sujet des disparus. En parallèle, ils ont consacré un coin de la bibliothèque à une bibliographie qu'ils ont préparée sur le sujet. Cette présentation du déroulement historique des faits semble avoir sollicité l'attention de bien d'étudiants dont Raya Sawaya, étudiante en biologie.
« C'est dans cette exposition que j'ai découvert qu'il y avait autant de disparus ! Au fait, je ne sais pas grand-chose sur la guerre et, comme il y a beaucoup d'opinions là-dessus, j'ai voulu venir me renseigner moi-même », explique-t-elle. « Ce qui est bien dans cette expo, c'est que c'est global et concis en même temps, ce qui répond à mes attentes. Alors qu'auparavant, je ne m'intéressais pas vraiment aux histoires sur la guerre que mes parents me relataient, je suis curieux maintenant d'en savoir plus », renchérit Rachad Ghazal, son camarade de classe.
Ces deux étudiants font partie d'une génération qui est, en effet, mal informée sur la guerre. « Ce que l'on entend, c'est des versions préconçues et subjectives des faits, racontées par nos parents, ou encore des versions instrumentalisées pour légitimer les partis traditionnels au pouvoir, et qui sont véhiculées par les médias », estime Aya Alameddine, étudiante en histoire de l'art et membre du club.
C'est pour cette génération qu'est destinée l'exposition, tout comme le reste des événements programmés dans le même cadre. « Nous souhaitons propager une culture politique auprès des étudiants, surtout parmi ceux qui n'y sont pas intéressés, les sensibiliser, pour les inciter à se poser des questions et à réfléchir », ajoute-elle.
En outre, cette culture politique, le Club laïc la veut objective et critique, au-delà des différents discours contradictoires existant sur la guerre et en l'absence d'une mémoire collective. « En politique, on utilise encore la mémoire fragmentée de la guerre pour en tirer profit et alimenter la peur de l'autre. Cela se répercute sur nous aujourd'hui, sur notre manière de nous regarder, les uns les autres, en tant que confessions », affirme Jean Kassir, diplômé en sciences politiques et ancien président du club.

Large audience
C'est dans cette même perspective que s'inscrivent les autres événements, telle la table ronde intitulée Récits contradictoires : comment les histoires racontées décident de notre sort. Celle-ci aborde la construction des divers récits et leurs répercussions sur notre société aujourd'hui, ainsi que le problème des disparus qui est symptomatique de la non-résolution de la guerre. Quant à la conférence « L'art de l'après-guerre et l'interrogation des récits », elle présente le travail d'artistes, façonné par l'expérience de la guerre. « On y perçoit un décalage entre la mémoire personnelle racontée en famille et celle racontée par l'art qui brise l'obstacle entretenu par l'environnement de chaque individu et qui permet de voir l'autre. L'art se démarque ainsi en tant que possibilité de créer une mémoire collective sur la guerre », estime Jean Kassir.
Enfin, le film Beyrouth ya Beyrouth (1975) de Maroun Baghdadi a, pour sa part, attiré un large public. Montrant des scènes de la société libanaise de la fin des années 60 et du début des années 70, reflétant les éléments qui ont préparé la guerre, le film a ouvert le débat sur les causes de celle-ci, sur l'importance de la pensée critique qui questionne les discours prépondérants, mais aussi sur le parallélisme avec la situation actuelle, économique et sociale. « Nous retrouvons le même état d'incertitude et d'attente d'une solution qui n'arrive pas. La situation n'est pas normale alors que tout le monde mène son train de vie comme si de rien n'était », avance Aya Alameddine.
Dénonçant cet état de léthargie sociale, les membres du Club laïc considèrent que la guerre est la preuve la plus tangible de l'échec du système confessionnel. Ainsi, ils s'activent, à travers cet événement, afin de faire parvenir leur message, celui du refus de ce système, et par conséquent, « de la continuation de l'échec, de la fuite face à nos problèmes pour ne plus parler du passé qu'on est, en même temps, en train de répéter », remarque Jean Kassir. Pour ces jeunes, l'enjeu serait de tirer des leçons de la guerre et se reforger une opinion politique, en vue de constituer, sur le long terme, une mémoire collective.

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À la bibliothèque Jafet de l'Université américaine de Beyrouth, des étudiants s'attardent devant des panneaux, disposés au milieu de la salle. Dessus, en noir et blanc, des photos, accompagnées de petits textes, racontent, d'une façon brève et chronologique, les événements majeurs de la guerre, ainsi que des extraits de témoignages de familles de disparus.Pour préparer cette exposition, les membres du Club laïc de l'AUB se sont basés sur plusieurs livres et documentaires de référence, de même que sur un travail réalisé par la photographe Dalia Khamissy sur le sujet des disparus. En parallèle, ils ont consacré un coin de la bibliothèque à une bibliographie qu'ils ont préparée sur le sujet. Cette présentation du déroulement historique des faits semble avoir sollicité l'attention de bien d'étudiants dont Raya...
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