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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Ni jetable ni remplaçable

Les festivités de Pâques sont terminées, avec une météo de semaine sainte tout à fait exécrable, à faire pâlir d'envie certains et jubiler de plaisir d'autres. Le couteau du quarantenaire du 13 avril tourné et retourné jusqu'à plus soif dans les plaies de notre corps exsangue, fermons ce chapitre et passons à autre chose de plus intéressant.
Mais en fait quoi ? Je me triture les méninges pour trouver un nouveau dada, de quoi écouler quelques lignes, noircir une ou deux pages, une pique par-ci, une autre par-là, peine perdue. Pourtant notre jungle politique regorge de sujets bien juteux, de personnages truculents à souhait, d'infatués à l'ego gonflé à bloc, qui à la moindre pichenette éclateront en mille morceaux.
Non ce n'est pas ce genre d'affaires qui va réconcilier ma plume avec le papier, d'ailleurs les nouvelles technologies aidant, il n'y a pas plus de plume, de papier que d'encrier, juste un écran, un clavier que les doigts tentent de parcourir, ajuster les lettres l'une à la suite de l'autre, faire des mots puis former des phrases cohérentes, lisibles, ayant un sens.
Ce n'est pas sorcier me dira-t-on, peut-être. Toutefois quand le cerveau est en panne, tout s'arrête. C'est dire que l'on peut inventer des machines de plus en plus performantes, extrêmement sophistiquées, mais qui, au moindre tracas qui subrepticement se glisse dans le poste de commandement qu'est la tête, s'enrayent et se grippent.
C'est là que le bât blesse. Quoique sans doute avec l'explosion de l'intelligence artificielle, nous aurions bientôt droit à un ordinateur de poche directement en phase avec le cerveau, il lira ce qui n'est pas écrit, montrera à l'écran ce que vous avez pensé dire. Le cas échéant il fera office de détecteur de mensonges, on ne peut plus imaginer une chose et faire son contraire.
À ce compte-là, j'en connais quelques-uns qui seront bien attrapés, les politiciens et autres personnages du cru. Ils ne pourront plus jouer aux petits malins, faire des promesses qu'ils ne tiendront jamais, prendre des positions diamétralement opposées au mandat qui leur est confié, puis soutenir la main sur le cœur que leurs agissements sont uniquement dictés par la volonté populaire.
Certes, ils auront toujours le choix d'acquérir ou pas ce modèle, mais les connaissant ce sera plus fort qu'eux de ne pas faire la roue comme les paons, l'étaler bien en vue de leur vis-à-vis, montrer qu'ils sont à la pointe du progrès. De plus, il se trouvera toujours quelque âme charitable, ou qui leur est redevable, ou envisage de le devenir, pour le leur offrir.
Je me souviens lors de l'introduction des premiers téléphones mobiles, il fallait un portefaix pour les porter, tellement ils étaient volumineux. C'est à peine si le son était audible, une friture permanente perturbait les lignes, vous étiez très heureux quand votre interlocuteur répondait.
Souvenez-vous ! C'était le ballet incessant de quelques nantis tirés à quatre épingles, de jolies dames impeccablement maquillées, parfumées aux senteurs fragiles, qui faisaient les cent pas devant vous, suivant les caprices d'un réseau à ses premiers balbutiements, s'égosillant à faire jouer la Bourse, influer sur les décisions étatiques ou donner des directives de dernière minute à la cuisinière pour peaufiner le déjeuner de midi auquel feraient honneur le ministre untel, son épouse ou sa maîtresse.
Aujourd'hui, c'est juste de petits appareils qui tiennent dans la paume d'une main, de génération en génération, ils se sont miniaturisés, sont devenus plus efficaces et performants, ils vous donnent la date, l'heure, la météo, les nouvelles, servent de moyen de paiement, vous rappellent vos rendez-vous, conservent vos notes, envoient vos messages, vous prennent en photo, vous font naviguer sur les réseaux sociaux.
Ces appareils pensés, conçus, créés, dans les laboratoires américains de Silicon Valley, Mecque de l'intelligence artificielle, sont fabriqués en Chine, en Russie, en Indonésie, pays où le coût de la main-d'œuvre est pratiquement dérisoire.
Ces appareils nous ressemblent comme deux gouttes d'eau, c'est dirait-on nos frères siamois, conçus à l'image de notre créateur, comme eux nous maîtrisons plusieurs langues, mais notre intelligence est fabriquée ailleurs, soit en Iran, soit en Arabie saoudite. Comme eux, en bonnes machines que nous sommes, nous suivons à la lettre les instructions de nos maîtres, auxquels nous obéissons au doigt et à l'œil.
Comme ces appareils, nous sommes nés grands, immenses même, la Bible et les évangiles évoquent notre pays, par contre au fil du temps et des générations au lieu de nous bonifier, devenir meilleurs, nous avons régressé pour ne plus être que de petites miniatures.
S'ils se détraquent ces instruments sont jetés et remplacés. Dans mon entendement le Libanais, lui, n'est ni jetable ni remplaçable.

Georges TYAN

Les festivités de Pâques sont terminées, avec une météo de semaine sainte tout à fait exécrable, à faire pâlir d'envie certains et jubiler de plaisir d'autres. Le couteau du quarantenaire du 13 avril tourné et retourné jusqu'à plus soif dans les plaies de notre corps exsangue, fermons ce chapitre et passons à autre chose de plus intéressant.Mais en fait quoi ? Je me triture les méninges pour trouver un nouveau dada, de quoi écouler quelques lignes, noircir une ou deux pages, une pique par-ci, une autre par-là, peine perdue. Pourtant notre jungle politique regorge de sujets bien juteux, de personnages truculents à souhait, d'infatués à l'ego gonflé à bloc, qui à la moindre pichenette éclateront en mille morceaux.Non ce n'est pas ce genre d'affaires qui va réconcilier ma plume avec le papier, d'ailleurs les...
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