Un Yéménite passant à côté d’un véhicule endommagé par les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite. Mohammad Huwais/AFP
La coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite a annoncé hier la fin de sa campagne aérienne lancée il y a près d'un moins contre les rebelles chiites au Yémen, affirmant que les opérations entraient dans une phase politique.
À Riyad, le porte-parole de la coalition, le général Ahmad al-Assiri, a annoncé la fin de l'opération « Tempête décisive », lancée le 26 mars, « à la demande du gouvernement et du président du Yémen », Abd Rabbo Mansour Hadi, aujourd'hui réfugié en Arabie saoudite. Il n'a cependant pas exclu que la coalition puisse intervenir pour empêcher les mouvements des rebelles, soulignant en outre que le blocus maritime serait maintenu.
La coalition a ainsi annoncé le début d'une nouvelle phase, baptisée « Restaurer l'espoir » et portant sur la reprise du processus politique au Yémen, la fourniture d'aides humanitaires et la « lutte contre le terrorisme » dans un pays où el-Qaëda est très actif. Selon le ministère saoudien de la Défense, les frappes aériennes sont parvenues « avec succès à éliminer les menaces pesant sur la sécurité de l'Arabie saoudite et des pays voisins ». Le ministère fait état de la « destruction d'armes lourdes et de missiles balistiques qui avaient été saisis par la milice houthie et les forces de (l'ancien président) Ali Abdallah Saleh dans des bases et des camps de l'armée ».
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Partis de leur bastion dans le nord du Yémen, ces rebelles n'auraient jamais pu avancer autant dans le pays, au centre, à l'ouest et au sud, sans le soutien d'unités militaires restées fidèles à M. Saleh (au pouvoir de 1978 à 2012), rappellent des experts. Or, dimanche, son parti a donné l'impression de commencer à prendre ses distances avec les houthis, déclarant accueillir « positivement » la résolution adoptée le 14 avril par le Conseil de sécurité de l'Onu qui impose un embargo sur les armes pour les rebelles et les somme de se retirer des zones conquises ces derniers mois.
L'Iran, accusé depuis le début par Riyad de soutenir militairement les rebelles, ce qu'il dément, a salué cette annonce, estimant que c'était un « pas en avant » vers une résolution politique du conflit. Dans le même temps, Washington a rapproché un porte-avions du Yémen et surveillait un convoi de navires iraniens soupçonnés de se diriger vers ce pays frontalier de l'Arabie saoudite, un déploiement qui permettrait aux États-Unis de « préserver les options », selon un porte-parole du Pentagone.
Contacté par téléphone, un membre du bureau politique du mouvement chiite s'est dit surpris par l'annonce saoudienne et a ajouté qu'un accord politique était sur le point d'être finalisé. « Nous nous attendions à un accord sur un cessez-le-feu après la signature d'un accord politique, sur lequel un compromis est presque prêt », a dit Abdel Malek al-Ijri.
Auparavant, dans la matinée, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, avait prédit la conclusion dans les prochaines heures d'un cessez-le-feu au Yémen. « Après beaucoup d'efforts, nous sommes confiants dans le fait de parvenir dans les prochaines heures à un arrêt des attaques militaires au Yémen », avait-il dit à l'agence de presse iranienne Tasnim.
Une source diplomatique occidentale réclamant l'anonymat a pour sa part estimé que les objectifs de la campagne aérienne avaient été atteints mais « pas l'objectif politique ». « Les houthis sont toujours là où ils étaient avant », a-t-elle dit à l'AFP. Anwar Eshki, président du Centre for Strategic and Legal Studies, à Djeddah, s'attend pour sa part à un retour bientôt au Yémen du président Hadi. « Je crois que l'Iran a changé d'avis », il ne va plus s'ingérer dans les affaires du Yémen, a affirmé ce général à la retraite fin connaisseur du dossier yéménite. « Les houthis iront dialoguer avec le gouvernement », assure-t-il.
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Effondrement des systèmes de santé
L'annonce de la fin de la campagne aérienne intervient alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde contre un effondrement imminent des systèmes de santé et de soins au Yémen. Ces systèmes « font face à des pénuries de plus en plus grandes de médicaments qui sauvent des vies, à des interruptions fréquentes des générateurs » et au manque d'électricité, selon elle. L'OMS a fait état hier d'un bilan de 944 morts et 3 487 blessés, civils et militaires, au Yémen entre le 19 mars et le 17 avril.
Sur le terrain, les frappes de la coalition se sont poursuivies hier en journée, jusqu'à l'annonce, les plus violentes visant les alentours de la ville de Dhaleh. Selon le secrétaire général de la province éponyme, Ahmad Mouthanna, les raids ainsi que les combats entre rebelles et forces favorables au président Hadi ont fait 23 morts. Dans la province de Chabwa, les raids aériens et les affrontements ont tué 29 combattants des deux camps, selon des sources tribales. À Aden, des combats entre pro-Hadi et rebelles ont fait 21 morts dont 13 civils, selon des sources médicales et militaires. Dans la capitale Sanaa, les explosions spectaculaires provoquées lundi par deux raids de la coalition contre un dépôt de missiles contrôlé par les rebelles ont fait 38 morts parmi les civils, selon un nouveau bilan établi hier auprès de quatre hôpitaux qui font en outre état de 532 blessés.
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11 h 08, le 22 avril 2015