Lorsque je demande aux jeunes autour de moi ce qu'ils aimeraient voir changer dans ce pays, ils me répondent tous sans exception qu'ils n'ont plus espoir en aucun changement et qu'ils préfèrent partir...
Quitter un pays où il ne fait plus bon vivre, où le pauvre s'appauvrit, où le riche s'enrichit, où des familles vivent avec moins de 400 dollars par mois et où l'État est inexistant et s'en moque. Un pays où plus de 15 séances parlementaires n'ont pas permis aux députés d'élire un président, mais où quelques minutes leur ont suffi pour proroger leur mandat en violation des règles démocratiques les plus basiques.
Les jeunes Libanais en ont ras le bol, ras le bol de devoir survivre, ras le bol d'avoir peur du lendemain, ras le bol de ces politiciens et des guerres politiques internes qu'ils se livrent au détriment de l'intérêt des citoyens. Les jeunes n'ont plus confiance et n'ont plus aucun respect pour l'autorité. Ils n'ont plus envie de bâtir leur avenir dans un pays où c'est une majorité des moins diplômés et des plus corrompus qui tiennent les rênes du pouvoir. Les jeunes se désintéressent tout simplement de la chose publique.
Il fut un temps où les jeunes avaient espoir en un changement, où ils sont descendus par milliers dans la rue et ont uni leurs forces pour protéger ce Liban qu'ils aimaient tant ; mais cet espoir est rapidement mort et les jeunes ont vite été déçus par des dirigeants qui leur ont tourné le dos...
Mais alors à quoi bon continuer à lutter ? À quoi bon s'acharner ? À quoi bon se fatiguer à essayer de changer un pays qui lui-même n'a pas envie de changer ?...
Alors on préfère lui tourner le dos à notre tour et aller se réfugier ailleurs... peut être qu'ailleurs on nous entendra, peut-être qu'ailleurs on nous estimera.
Parce qu'ailleurs, le Libanais est encouragé, protégé, admiré... parce qu'ailleurs, le Libanais est tout simplement respecté.
Alors, en attendant de pouvoir partir, les jeunes Libanais s'enferment dans le déni, s'amusent, boivent, vivent dans l'excès comme si le lendemain ils n'allaient plus se réveiller. On explique à ces jeunes que le Liban n'a jamais été dans une situation aussi grave même dans les pires jours de la guerre ; au lieu de les encourager, on les pousse donc vers la porte de sortie comme pour laisser la place aux autres, ces autres qui sont rentrés par la force dans un pays au bord de l'éclatement...
Pour ma part, j'ai choisi le chemin inverse, j'ai choisi de rester malgré tout, parce que j'aime mon pays plus que tout et que pour moi, le seul espoir pour ma patrie c'est la jeunesse. Je suis convaincue de la nécessité pour ces jeunes de prendre part au devenir de cette nation et je leur demande donc de rester, malgré tout. Parce que « les jeunes d'aujourd'hui sont les adultes de demain ».
Dania RAMMAL
Avocate
Étudiante en Master 2 Info-Comm – USJ


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