Liban

La langue française : quel avenir dans le monde des affaires ?

08/04/2015

Une langue reste vivante car elle évolue et se transforme face aux différentes situations de contacts (violentes ou pacifiques) qui lui sont imposées au cours des siècles.
La naissance de la langue française en est un exemple ;
langue romane, elle a subi des transformations liées aux influences celte, romaine et germanique.
À la chute de l'Empire romain et suite à la présence germanique, le français a évolué du latin vers la langue gallo-romaine. À la fin du IXe siècle, de nouveaux termes politiques, technologiques et légaux ont été rajoutés à la langue gallo-romaine pour se rapprocher de la structure et la forme de la langue française telle que nous la connaissons.
Selon l'Organisation mondiale de la francophonie (OMF), nous estimons aujourd'hui à 220 millions le nombre de francophones dans le monde (environ 5 % de la population mondiale). Ce chiffre devrait atteindre 700 millions en 2050. Le français fait partie des dix langues qui comptent plus de 100 millions de locuteurs. Les autres langues sont le mandarin, l'espagnol, l'anglais, l'hindi, l'arabe, le portugais, le russe et le bengali.
De plus, le français est la seule langue (hormis l'anglais) utilisée sur tous les continents – France, Amérique du Nord (Québec), dans les Caraïbes (Haïti et les Antilles françaises), au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne et dans une partie de l'Asie (Vietnam). Elle reste par ailleurs une langue officielle dans les organisations internationales telles que l'Onu.

La langue française dans le monde
En 2010, près de 66 % des personnes apprenant le français ou parlant le français venaient d'Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient. Alors pourquoi cette question sur l'avenir de la langue française dans le monde des affaires ?
Malgré les chiffres croissants du nombre de francophones dans le monde, force est de constater que le nombre réel d'individus apprenant le français comme langue étrangère (soit 58 millions aujourd'hui) progresse peu. Effectivement, le nombre de francophones dans le monde a augmenté d'environ 10,8 % entre 2007 et 2010, provenant principalement d'Afrique subsaharienne. Cette augmentation est sans doute liée à une croissance démographique et une politique de scolarisation plus intense dans une région où la langue d'apprentissage reste le français. Le nombre de personnes apprenant le français en tant que langue étrangère n'augmente, quant à lui, que de 5,8 % sur la même période. Cette augmentation est plus faible en Europe où le chiffre baisse de 17 % sur 3 ans.
L'anglais continue de renforcer sa place en tant que langue étrangère la plus largement utilisée, et ce malgré des objectifs fixés par les conclusions du Conseil européen de Barcelone de 2002, qui recommandaient l'enseignement généralisé de deux langues étrangères dès le plus jeune âge.
Cette économie de moyens n'est-elle pas aussi influencée par la perte de la 3e place de la France sur le marché international. En effet, en 1995, les 3 premiers pays exportateurs du monde étaient les États-Unis, l'Allemagne et la France. Cette donne a changé en 2010 et place en tête la Chine, les États-Unis et l'Allemagne.

La langue française au Liban
Première langue étrangère en usage au Liban, le français est à la fois langue de culture et de communication. Près de 45 % de la population libanaise est entièrement ou partiellement francophone, tandis que 55 % des Libanais ignorent totalement cette langue. Le français est davantage pratiqué dans les classes aisées économiquement. Quand il touche toutes les classes de la population, il est généralement beaucoup plus présent chez les jeunes encore scolarisés et a tendance à décroître au fur et à mesure que l'on avance en âge. La connaissance et le niveau de français au Liban ne sont pas homogènes entre les différentes institutions scolaires. L'avenir de la langue française au Liban dépend du renforcement de beaucoup de facteurs, plus particulièrement dans les domaines de l'audiovisuel, d'où il tend à disparaître en accord avec la politique des dirigeants en place depuis la fin de la guerre 1975-1990.
Il est important de distinguer entre les personnes qui savent s'exprimer ou comprennent la langue française et ceux qui sont capables de rédiger un rapport ou de communiquer d'une manière professionnelle en langue française avec des correspondants étrangers. Malheureusement, les entreprises libanaises peinent à recruter des jeunes diplômés qui sont à la hauteur de cette tâche.

La langue française au sein des entreprises libanaises
Pour argumenter et étudier l'utilisation du français en milieu professionnel, il est important d'identifier trois grandes thématiques :
– La maîtrise et l'utilisation du français en milieu professionnel.
– L'utilisation du français dans les outils de communication interne et externe des entreprises.
– La prise en compte de la maîtrise du français lors des recrutements.
De manière générale, rares sont les entreprises au Liban qui déclarent n'avoir aucun employé francophone. Au contraire, et pour plus d'un tiers d'entre elles, les employés capables de travailler en langue française représentent plus de 50 % des effectifs.
À noter également que les proportions varient avec les responsabilités et que les individus exerçant de plus importantes responsabilités sont amenés à utiliser la langue française de manière plus régulière.
En matière de communication, les résultats sont très hétérogènes. Même si l'anglais domine, la situation est loin d'être tranchée. Au sein des entreprises, des outils de communication internes bilingues ou trilingues sont utilisés dans plus de 55 % des cas. De manière générale, l'anglais, le bilinguisme « arabe/anglais » et le trilinguisme dominent, mais la part représentée par l'utilisation d'outils de communication interne ayant recours au français, bilinguisme et trilinguisme compris, n'est pas négligeable (47 %).
Le poids de l'anglais est plus important mais le français est tout de même utilisé dans 39 % des cas. Le recours au trilinguisme reste stable et représente toujours 20 %.
En comparaison, et lorsqu'il s'agit de communiquer vers l'extérieur, par le biais de campagne marketing et/ou publicitaire, la domination de l'anglais s'affirme plus fortement. Cela étant dit, le recours au trilinguisme et au bilinguisme « français/anglais » représente une part non négligeable des campagnes des entreprises (35 %).
En ce qui concerne les avantages et désavantages d'une campagne marketing et/ou publicitaire en français, la langue française semble véhiculer une image favorable permettant surtout de viser le marché des expatriés francophones. Cela peut sans doute être rapproché du fait que le principal défaut souligné par les entreprises interrogées est celui du marché, considéré comme trop restreint et peut représenter un surcoût financier.
En ce qui concerne la politique de recrutement des entreprises, les offres d'emploi demandent souvent, voire toujours, un niveau en langue française.
Par contre, la langue favorite lors de la rédaction du CV est l'anglais. Pour une grande partie des entreprises libanaises, l'envoi d'un CV en anglais et d'un CV en français semble être une très bonne combinaison.
En ce qui concerne l'entretien de recrutement, 45 % des entreprises libanaises testent toujours le niveau de français des candidats.
Pour conclure, il convient de noter que les sociétés libanaises ont tendance à favoriser la langue utilisée sur le marché international avec leurs correspondants globaux. Étant donné que les exportations et les échanges commerciaux avec les pays du Golfe sont en expansion et en croissance, il en ressort que la langue privilégiée avec ce marché potentiel demeure l'anglais. Par contre, un grand nombre de dirigeants libanais sont convaincus qu'il est intéressant et plus constructif aux entreprises libanaises d'utiliser de façon plus efficace les atouts de la langue française et de créer de nouveaux marchés avec des pays francophones en expansion.
Le continent africain, notamment l'Afrique subsaharienne, reste un vivier non négligeable de francophones dans le monde et peut constituer un grand potentiel et offrir d'importantes opportunités d'investissements aux chefs et dirigeants d'entreprises du Golfe.
Le secret de la réussite de tout chef d'entreprise est de toujours persévérer et d'utiliser à fond toutes ses capacités et ses atouts, dont la francophonie, dans un monde de plus en plus compétitif...

Par Dr Fouad ZMOKHOL
Président du Rassemblement des dirigeants et chefs
d'entreprise libanais – RDCL

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