« Le peuple grec a besoin de comprendre comment le pays a accepté des mesures qui ont fait augmenter la dette, passée de 124 % du PIB au début de la crise à 175 % aujourd’hui », a déclaré Alexis Tsipras. Archives/AFP
Alors que les négociations autour de ses propositions de réformes structurelles se poursuivent avec ses créanciers, le gouvernement grec a profité de la création d'une commission d'audit de sa dette pour contester à nouveau la légitimité des politiques d'austérité.
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a estimé lundi soir que « les questions qui se posent sur ces cinq dernières années de plans d'austérité sont immenses » et que « le peuple a le droit d'avoir des réponses ». M. Tsipras s'exprimait lors d'une séance parlementaire consacrée à la création d'une commission d'audit de la dette grecque, qui était l'une de ses promesses de campagne. Constituée de scientifiques et de juristes, la commission vise à déterminer l'origine de la dette grecque et des plans d'austérité mis en place à partir de 2010 en échange de l'aide financière de l'Union européenne, de la BCE et du FMI.
« L'objectif est de déterminer l'éventuel caractère odieux, illégal ou illégitime des dettes publiques contractées par le gouvernement grec », avait précisé la présidente de l'Assemblée Zoé Konstantopoulou en mars, lors de la présentation de la commission qui devrait rendre ses premières conclusions en juin.
« Le peuple grec a besoin de comprendre comment le pays a accepté des mesures qui ont fait augmenter la dette, passée de 124 % du PIB au début de la crise à 175 % aujourd'hui, qui ont conduit à l'augmentation du chômage, aux baisses des salaires et à l'exode des jeunes diplômés », a déclaré M. Tsipras. « La commission doit examiner les conséquences désastreuses du PSI (échange de dette mené par le secteur privé en mars 2012, NDLR) sur les caisses d'assurance et comment cela a permis d'alléger la charge des banques allemandes », a-t-il ajouté. Il a été chahuté par les députés socialistes du Pasok et conservateurs de la Nouvelle démocratie (l'ancienne coalition au pouvoir, NDLR) qui ont annoncé ne pas voter pour la constitution de cette commission. Celle-ci étudiera la période entre mai 2010, date du premier mémorandum entre la Grèce et ses créanciers, et janvier 2015, date de l'arrivée au pouvoir de la gauche radicale Syriza.
Ce choix de dates est contesté par le groupe parlementaire socialiste, soulignant que la dette a considérablement augmenté durant le mandat de la Nouvelle démocratie entre 2004 et 2009. La Nouvelle démocratie a fait une contre-proposition pour que la question de l'origine de la dette soit étudiée sur une période allant de 1981 à aujourd'hui.
« Bientôt nous allons démontrer que la Grèce est un pays indépendant et respectable », a assuré M. Tsipras alors que les négociations avec les créanciers se poursuivent et qu'un bilan de ses propositions devrait être fait en conférence téléphonique mercredi du groupe de travail de l'Eurogroupe.
Durant ce débat parlementaire qui avait débuté samedi, le secrétaire d'État au Budget, Dimitris Mardas, a indiqué, selon l'agence de presse grecque Ana, que ses services avaient évalué à 278,7 milliards d'euros le montant des réparations de guerre dues par l'Allemagne à la Grèce à la suite de l'occupation du pays entre 1941 et 1944. Le débat sur les réparations allemandes a ressurgi depuis le début de la crise économique en Grèce et le nouveau gouvernement Syriza revendique le paiement de ces réparations alors que l'Allemagne incarne pour de nombreux Grecs la politique d'austérité stricte qui leur est imposée pour tenter de redresser le pays. Selon M. Mardas, la somme de 278 milliards comprend un prêt forcé de 10,3 milliards d'euros exigé de la Banque de Grèce par les occupants ainsi que les dommages subis par les « particuliers et les infrastructures » du pays. Le ministre allemand de l'Économie Sigmar Gabriel a qualifié, lors d'une conférence à son ministère hier, de « stupides » les estimations de la Grèce concernant les réparations réclamées à Berlin au titre de la Seconde Guerre mondiale. Selon lui, l'intérêt de la Grèce est d'avoir une marge de manœuvre pour résoudre ses problèmes de dette, mais « cette marge de manœuvre n'a rien à voir avec la Seconde Guerre mondiale et le paiement de réparations », a-t-il insisté.
(Source : AFP)
Moscou pourrait proposer un rabais sur le gaz
La Russie pourrait proposer à la Grèce un rabais sur le prix du gaz qu'elle lui vend, ainsi que de nouveaux prêts, lors de la visite qu'effectuera cette semaine à Moscou le Premier ministre grec Alexis Tsipras, a écrit hier le quotidien russe Kommersant, qui cite une source proche du gouvernement russe. « Nous sommes disposés à envisager la question d'un rabais sur le gaz vendu à la Grèce », déclare-t-on de source gouvernementale russe, citée par Kommersant. Le géant gazier russe Gazprom et le ministère russe de l'Énergie n'ont pas souhaité réagir aux informations du journal financier.
(Source : Reuters)

