Les discussions entre le courant du Futur et le Hezbollah au cours de la neuvième séance de dialogue ont prouvé que les parties étaient attachées plus que tout au maintien de la sécurité, et qu'aucune des forces politiques en présence ne souhaitait pousser ses prises de position jusqu'au point de remettre en question les acquis obtenus jusqu'à présent, c'est-à-dire jusqu'à torpiller le climat de stabilité politique qui règne – en dépit des divergences de points de vue.
Selon un ministre du 14 Mars, aucune partie n'a intérêt à saborder le cabinet Salam et de plonger le pays dans l'abîme du vide total. Aucune des parties ne pourraient en effet supporter un tel vide : de la vacance à la présidence, qui dure depuis près d'un an, à un cabinet d'expédition des affaires courantes délégitimé si jamais le 8 Mars venait à le faire imploser, en passant par une Chambre des députés paralysée du fait du recours en invalidation déposé par certaines parties contre sa légitimité au lendemain de la double prorogation de son mandat. Une Chambre au demeurant bloquée, puisque ses composantes refusent qui d'assurer le quorum lors des séances électorales, qui d'assister aux sessions et de légiférer avant l'élection d'un président de la République...
Pour étayer son analyse, ce ministre s'appuie sur le débat qui s'est déroulé lors du dernier Conseil des ministres autour des positions prises par le Premier ministre au sommet de Charm el-Cheikh. Chaque partie a en effet exprimé son point de vue, tout en gardant à l'esprit une volonté manifeste de préserver le calme ambiant. Tammam Salam a souligné dans ce cadre son droit à exercer ses prérogatives et à exprimer la position de l'État sans autorisation préalable, puisque c'est la déclaration ministérielle, agréée par toutes les parties présentes au sein du cabinet, qui détermine in fine la politique de l'État. Selon des sources au sein du gouvernement, toutes les parties s'astreignent actuellement au respect de deux lignes rouges infranchissables. La première, d'ordre politique, est l'attachement au cabinet, qu'il s'agit de préserver en tant que cadre rassembleur pour les différentes composantes politiques, et au dialogue comme moyen pour décrisper la tension. Le seconde de ces limites touche à l'ordre et vise à maintenir la stabilité, à travers le respect et l'application des plans de sécurité, la mobilisation commune face à la menace terroriste et le déploiement d'efforts accrus pour apaiser les tensions dans la rue musulmane, toujours par le biais du dialogue entre le courant du Futur et le Hezbollah.
La politique de distanciation et le respect de la déclaration de Baabda représentent le pilier inamovible de la politique adoptée par le gouvernement à cette étape. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il faille se dissocier de l'unanimité arabe dégagée à Charm el-Cheikh. Selon le ministre Sejaan Azzi, le Liban respecte la maxime du pacte national de 1943 selon laquelle « le Liban est au côté des Arabes lorsqu'ils sont d'accord, et neutre lorsqu'ils ne le sont pas ». Cette équation est toujours valide, sauf si certains souhaitent la modifier, souligne-t-il. Le respect par les parties du plafond que constituent la solidarité interministérielle et la stabilité à travers l'attachement au dialogue est fondé sur la peur de l'avenir, en raison de la confusion qui règne quant aux développements et de l'absence de clairvoyance, à l'ombre de l'escalade au niveau de la confrontation irano-saoudienne, notamment après l'opération « Tempête de la fermeté » initiée par Riyad contre les houthis au Yémen. La position officielle adoptée par le Premier ministre Tammam Salam au sommet de Charm el-Cheikh est donc consensuelle et repose sur des fondements qui remontent à la première indépendance. Lors de la séance du Conseil, l'un des ministres du 14 Mars a d'ailleurs demandé aux représentants du Hezbollah s'ils souhaitaient modifier cette équation, ce à quoi ces derniers ont répondu qu'ils y étaient attachés, mais que cela ne les empêchait pas d'exprimer leur opinion. « Nous évitons de susciter des questions polémiques lors des séances pour veiller à l'unité et à la solidarité du Conseil des ministres », explique un ministre de l'un des partis du 14 Mars.
Dans sa conférence de presse, le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, a indiqué que la position officielle était saine et que le Liban était avec l'unanimité arabe, soulignant que l'unité nationale était cependant plus importante que la solidarité arabe. Pour des sources ministérielles du 14 Mars, la position exprimée par Gebran Bassil constituait une réponse aux critiques à peine voilées de ses alliés à l'encontre de sa position de Charm el-Cheikh. Ces milieux expriment leur étonnement face aux critiques adressées par le 8 Mars, notamment par les ministres du Hezbollah, aux positions de soutien du Premier ministre à la solidarité et à l'unité arabes fondées sur l'esprit de la déclaration ministérielle. Comment les ministres du parti chiite ont-ils pu considérer les positions de Tammam Salam comme partiales, alors qu'eux-mêmes adhèrent sans vergogne au projet iranien et au front de la « moumanaa » dirigé par Téhéran, à mille lieues de la solidarité arabe ? Des sources politiques évoquent, dans ce cadre, les déclarations de responsables iraniens concernant l'édification de l'Empire perse dont la capitale serait Bagdad, rappelant que le conseiller du président iranien, Ali Younesi, n'avait pas démenti ces propos. Téhéran n'a de même fait paraître aucun démenti au sujet des propos de plus d'un responsable iranien concernant l'influence de l'Iran, qui s'étendrait du Yémen au Liban, ou encore de la déclaration plus récente du ministre iranien de la Culture, Ali Jannati, lors de son passage à Beyrouth, selon laquelle « la sécurité du Liban passe par la sécurité de l'Iran et inversement ». Une citation qui évoque d'une manière troublante le credo que Damas utilisait pour justifier autrefois sa mainmise sur le Liban et son ingérence dans toutes les affaires du pays – exactement les mêmes termes, mot pour mot, à condition de remplacer le vocable de « Syrie » par celui d'« Iran ».
Un parallélisme qui fait froid dans le dos.
Liban - L’Éclairage
Pour le Hezbollah et le courant du Futur, deux exigences : préserver le cabinet et la stabilité
OLJ / Par Philippe Abi-Akl, le 04 avril 2015 à 00h00


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TOUS LES DEUX COMMETTENT L'ERREUR SU SIÈCLE ! AU LIEU DE GARDER DES FANTÔMES... ALLEZ AU VRAI DIALOGUE ET À LA VRAIE ENTENTE... SEUL ESPOIR DU PAYS !
13 h 22, le 04 avril 2015