Il est regrettable de constater la facilité avec laquelle le public a tendance à accepter aveuglément les informations qui correspondent à son point de vue et à rejeter celles des autres. Ceci permet aux dirigeants politiques de disséminer aisément leur message faute d'un public averti, quitte à déformer l'information à dessein. Ce qui tend à alimenter les stéréotypes encadrant un raisonnement schématisé ayant l'avantage de la simplicité. Ces certitudes non fondées mènent le public à adopter des positions tranchées et suffisantes occultant tout ce qui pourrait contredire son opinion et refusant tout raisonnement contradictoire.
Ainsi, dans le cas du Yémen, les uns parlent d'une intervention militaire saoudienne soutenue par un ensemble de pays alors que les autres parlent d'une agression saoudo-américaine. Et pourtant, il s'agit bel et bien d'une insurrection contre le président Abd Rabbo Mansour Hadi de la part des houthis et des unités de l'armée fidèles au président précédent Ali Abdallah Saleh, ce dernier cherchant à installer son fils au pouvoir. En 2011, le président Saleh fut évincé du pouvoir par des mouvements populaires après 33 ans de règne. Il fut remplacé avec son agrément par son vice-président Mansour Hadi qui fut par la suite élu président par 65 % des Yéménites. Grace aux forces du président déchu Saleh, les houthis prirent le contrôle de Sanaa en septembre 2014 et mirent le président Mansour Hadi et son Premier ministre en résidence surveillée, le forçant éventuellement à démissionner et rejoindre Aden.
Le 15 février 2015, le Conseil de sécurité de l'Onu adopta la résolution 2201 et considéra unanimement que les houthis avaient procédé à un renversement illégal d'un président légitimement élu. Il exigea le retrait des forces armées non gouvernementales de l'ensemble du pays et en particulier de la capitale Sanaa, ainsi que l'évacuation des bâtiments publics qu'ils contrôlaient afin de les rendre aux forces légitimes gouvernementales. Il considéra que les aspirations du peuple yéménite ne pouvaient être réalisées que dans le cadre de négociations entre Yéménites. Ces négociations avaient été proposées par les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) en novembre 2011 avec un mécanisme d'application et agréées par toutes les factions yéménites en février 2012. Cette résolution exigea par ailleurs l'arrêt des fournitures d'armes aux rebelles par des États étrangers, l'Iran en l'occurrence. Le 22 mars 2015, une déclaration du président du CS de l'Onu, soutenue par ses 15 membres, condamna l'attaque aérienne des rebelles contre le palais du président Mansour Hadi à Aden et réaffirma les termes de la résolution 2201. Le même jour, les rebelles prirent le contrôle de Taez et marchèrent sur Aden. Le 26 mars, suite à l'appel du président Mansour Hadi à la communauté internationale, les pays du Golfe, menés par l'Arabie saoudite, entamèrent une intervention militaire légitime du moins aux regards de la communauté internationale qui s'était fermement prononcée contre le renversement du pouvoir par les houthis.
Et pourtant, certains dirigeants politiques libanais estiment que c'est une agression saoudienne et que seule une solution négociée est envisageable, oubliant l'initiative de négociation du CCG de novembre 2011 pourtant soutenue par le CS de l'Onu ou celle, plus récente, de l'Arabie saoudite invitant les parties à se réunir à Riyad. Ils passent outre l'insurrection armée contre un président dûment élu pourtant condamnée par l'Onu et continuent de prétendre qu'aucun pays n'aide les insurgés à s'armer alors que la communauté internationale dit précisément le contraire. Ils manipulent les faits pour servir leurs desseins, omettant de mentionner honnêtement un historique qui dérange. Ceci leur permet de créer une confusion diabolique entre agresseur et agressé enflammant un public crédule qui gobe docilement leur discours et favorisant une logique de confrontation sunnites-chiites.
Dans le cadre de ce qui précède, l'on comprend mieux la tendance générale à se passionner pour certaines causes alimentées par des dirigeants peu regardants et qui mènent inexorablement à des conflits. Mal informé, le public suit aveuglément ces dirigeants et s'accroche aux stéréotypes qui conviennent à sa vision biaisée. La désinformation faisant le reste. Pourtant, l'information n'a jamais été aussi facilement accessible, mais le public non averti est incapable de séparer le bon grain de l'ivraie et, manquant de rigueur, se replie sur les solutions de facilité. Les dirigeants des mouvements extrémistes islamistes font de même, alimentant par un discours mensonger et obscurantiste un sectarisme violent, aveugle et irréaliste.
Y aurait-il un moyen de rectifier ces contre-vérités et espérer de véritables modifications du comportement politique du public ? Juste dénoncer, preuves à l'appui, les errements des dirigeants politiques serait un premier pas. Le discours politique libanais est un terrain fertile pour un tel exercice. En désespoir de cause, je conclurais sur ces vers de Molière dans le Misanthrope :
« C'est une folie à nulle autre seconde
De vouloir se mêler de corriger le monde. »
Nos lecteurs ont la parole - Jihad Mouracadeh
Information tronquée et public docile !
OLJ / le 03 avril 2015 à 00h00


FANATISME... QUAND TU NOUS TIENS ! LES NÔTRES ONT TOUJOURS RAISON MÊME QUAND ILS ONT TORT. FANATIQUE ÉQUIVALENCE DES DEUX CÔTÉS !!!
16 h 48, le 04 avril 2015