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En Ukraine, ces Russes qui prennent les armes contre Poutine

Reportage
OLJ/AFP
22/03/2015

Quand Andreï a dit au revoir à sa femme à Odessa, dans le sud de l'Ukraine, pour se rendre dans l'Est séparatiste, ses motivations étaient des plus typiques: défendre sa famille et son avenir contre "l'agression" de la Russie. Mais une chose le différenciait: son passeport russe.

Cet homme de 48 ans est l'un de ces quelques Russes, dont le nombre exact reste inconnu, qui combattent comme volontaires aux côtés des forces de Kiev contre la rébellion prorusse dans l'est de l'Ukraine, soutenue par la Russie, selon Kiev et l'Occident.
"Nous ne nous battons pas contre des Russes mais contre l'armée de Poutine", explique Andreï Krassilnikov, né à Moscou. "Tout le monde en Russie ne soutient pas (le président russe Vladimir) Poutine et son régime, qui est militarisé, qui est un régime policier qui peut faire tout ce qu'il veut avec son propre peuple", ajoute-t-il.

Bien qu'il vive à Odessa, port du sud de l'Ukraine, depuis près de dix ans et qu'il soit marié à une Ukrainienne, avec laquelle il a eu un fils, Andreï a conservé son passeport russe.
Ses compagnons d'armes au sein du bataillon de volontaires Aïdar, avec lesquels il s'est déjà rendu sur la ligne de front dans la région de Lougansk en février, avant l'entrée en vigueur d'un nouveau cessez-le-feu le 15 février, trouvent cela "complètement normal", dit-il.

(Lire aussi : La crise ukrainienne ? Nous l'avons créée nous-mêmes, plaisante Poutine)

En Russie, il a coupé les ponts avec ses amis, qui le traitent de "fasciste" depuis qu'il a participé aux manifestations proeuropéennes sur le Maïdan à Kiev, qui ont abouti à la chute du régime prorusse.
"Ils se sont mis en tête que l'Ukraine était un régime et une junte fasciste", lance-t-il, usant des termes employés par les médias russes pour qualifier le nouveau gouvernement prooccidental.

Méfiance du côté de Kiev

Pour beaucoup de Russes se rendant en Ukraine dans l'espoir de se battre aux côtés des forces loyalistes dans ce conflit qui a fait plus de 6.000 morts en onze mois ou d'obtenir la citoyenneté, la réalité est souvent bien en dessous de leurs attentes. Les autorités locales continuent en effet de se méfier d'eux, alors qu'à domicile ils risquent la prison.

Andreï a ainsi vu sa demande de renouvellement de permis de séjour rejetée récemment. Il explique qu'une des raisons pour lesquelles il souhaite se rendre sur la ligne de front est que les services d'immigration n'iront justement pas le chercher là-bas.

(Lire aussi : Un an après le rattachement à Moscou, la Crimée bien moins euphorique)

Piotr Lioubtchenkov, un militant d'opposition originaire de Krasnodar, dans le sud de la Russie, a de son côté vu sa demande d'asile politique refusée l'an dernier à Odessa, alors qu'il est recherché en Russie pour son soutien aux autorités de Kiev.
Ce psychologue de 40 ans, qui a lancé une procédure d'appel, s'est notamment opposé à l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée l'an passé et est recherché dans son pays après avoir essayé d'organiser un rassemblement d'opposition. Il fait l'objet d'une enquête, dans le cadre de laquelle deux personnes ont déjà été arrêtées. "J'espère que je ne vais pas être expulsé", lance-t-il.
A Odessa, il a rejoint des militants proeuropéens et les aide à s'opposer aux activités de groupes séparatistes dans cette ville russophone. Il a aussi participé à l'organisation de cours gratuits d'ukrainien dans une bibliothèque locale.

"Pour une Ukraine blanche"

Certains, à l'instar d'Ilia Bogdanov, un nationaliste russe d'extrême droite qui combat en Ukraine depuis l'été, parviennent bien sûr à leurs fins. Ilia, qui se bat aux côtés du groupe nationaliste paramilitaire Pravy Sektor, a lui obtenu la citoyenneté il y a un mois. "Cela a été très dur. A tous les niveaux, ils ont essayé de bloquer" le processus, explique-t-il. Mais "maintenant, je suis citoyen d'Ukraine et je me bats pour ma terre", poursuit-il, par téléphone avec l'AFP, depuis le village de Piski, situé non loin de l'aéroport de Donetsk, aux mains des rebelles prorusses depuis janvier.
Originaire de Vladivostok, dans l'Extrême-Orient russe, il dit lui aussi avoir coupé les ponts avec son ancienne vie, y compris avec sa mère, qu'il qualifie de pro-Poutine. "Je me bats contre le régime de Poutine, pour une Ukraine libre, blanche et proeuropéenne", assure-t-il.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE NE SAVAIS PAS QUE LES UKRAINBIENS SONT DES RUSSES... QUI LES EN A BAPTISÉS ?

AIGLEPERçANT

Et c'est quand qu'ils vont bombarder Moscou ?????? hahahahahahaha.............

M.V.

Typique des niouzeuses orientées de l'AFP ..., ca devient pénible de devoir lire en français, la Pravda des années 80'

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