Le Conseil d’État a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l’Industrie de permettre l’aménagement d’une usine de ciment à Zahlé.
Alors que le dossier de l'aménagement d'une usine de ciment à Zahlé semblait être clos, un nouveau rebondissement a eu lieu hier, prenant par surprise l'ensemble des parties concernées, notamment l'ancien député Élie Skaff, les Forces libanaises et les Zahliotes, opposés pour la plupart au projet. Des habitants de Zahlé ont en effet manifesté à plusieurs reprises pour exprimer leur rejet du projet, craignant des répercussions sur l'environnement, leur santé et leur mode de vie.
Au terme d'un bras de fer entre la municipalité de Zahlé et les frères Fattouche, à l'origine du projet, l'ancien député a annoncé, il y a deux semaines, que l'usine de ciment allait être déplacée vers une autre région « qui sera à l'écart des quartiers résidentiels et des champs agricoles ». Mais le Conseil d'État a rendu hier son jugement concernant les deux recours présentés par le moukhtar Joseph el-Mazraani et la municipalité de Zahlé et qui demandaient la suspension de la décision du ministre de l'Industrie de permettre l'aménagement de l'usine. Le Conseil d'État a rejeté la demande, en se fondant sur l'article 77 de son règlement et sur le fait que, sur la base d'une étude, il a été établi que « le projet ne cause pas de dégâts environnementaux ou autres ».
Dans un communiqué rendu public hier, Élie Skaff s'est adressé aux habitants de Zahlé pour critiquer la décision du Conseil d'État. « Nous avons compté sur le Conseil d'État pour garantir vos droits en recourant aux procédures légales et constitutionnelles, contrairement aux procédés mafieux utilisés par ceux qui sont à l'origine de ce projet et qui recourent aux armes », écrit l'ancien député, dénonçant « des ingérences politiques et financières dans le corps judiciaire et parmi les magistrats ». « Il s'agit d'un jour noir pour le Conseil d'État qui a choisi de prendre parti avec une partie politique contre la volonté populaire », ajoute-t-il.
Interrogé par L'Orient-Le Jour, M. Skaff a promis une escalade dans les jours à venir. « Les responsables de cette décision devront faire face à des protestations populaires, a-t-il lancé. Cette usine ne verra pas le jour à Zahlé. » Et d'ajouter : « Fin février, une figure religieuse de la région proche du député et ancien ministre Nicolas Fattouche m'a assuré que ce dernier a décidé de déplacer son projet vers une autre région. C'est pourquoi j'avais annoncé aux Zahliotes la bonne nouvelle. Mais il semble que M. Fattouche était en train de manœuvrer. »
« La décision du Conseil d'État aujourd'hui est tout simplement inhumaine », a poursuivi M. Skaff, selon qui il y a eu des « interventions politiques » dans le dossier et dénonçant « une fraude claire ». « Comment peut-on accorder tellement peu d'importance à la santé des citoyens ? On aura beau nous dire que ce projet n'aura pas de répercussions négatives, nous voyons très bien la situation à Chekka aujourd'hui, à cause des cimenteries. Le projet Fattouche équivaut tout simplement à plus de 400 camions faisant le trajet jusqu'à Zahlé chaque jour parmi les habitations. » M. Skaff a également critiqué le fait que le dossier ait été retiré de la Chambre au sein du Conseil d'État où il était examiné par le président du Conseil Chucri Sader, qui a finalement statué.
Sader « ne se mêle pas de politique »
Interrogé à son tour par L'Orient-Le Jour, le président Sader a répondu aux accusations, affirmant avoir retiré le dossier « car il commençait à être très politisé et dans une tentative de protéger le Conseil d'État ». « Quand il s'agit de dossiers politisés, comme l'affaire du quatrième bassin (au port de Beyrouth, NDLR), du barrage de Janné ou de la cimenterie de Zahlé, j'ai recours avec regret à une telle procédure pour assumer pleinement et seul la responsabilité de cette décision », a expliqué le magistrat. Pour justifier la décision du Conseil d'État concernant la cimenterie, M. Sader a affirmé « ne pas se mêler de politique ». « Moi j'applique la loi, indépendamment de l'avis des gens ou de responsables politiques. En ce qui concerne le permis d'édification de l'usine, tout était en règle, il n'a donc pas été suspendu. En ce qui concerne le permis complémentaire de construction, certains éléments ont été suspendus. Quant au permis d'investissement, enfin, nous avons demandé des informations supplémentaires pour pouvoir émettre un jugement ».
M. Sader a enfin indiqué que les recours présentés devant le Conseil d'État ne concernent pas le député Nicolas Fattouche, mais plutôt le ministère de l'Industrie. Il a également souligné s'être fondé sur les propos du ministre de l'Environnement pour juger de l'impact environnemental de l'usine.
La décision du Conseil d'État a par ailleurs été critiquée hier par le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui participe aux côtés d'Élie Skaff, un rival politique, à cette campagne contre l'aménagement de l'usine.
« Cette décision ne correspond pas à la réalité ni à aucune logique légale, et encore moins aux études environnementales effectuées », a déploré M. Geagea. Il a estimé que « cette décision jette des doutes sur le mécanisme de fonctionnement du Conseil d'État », envisageant une escalade à tous les niveaux.


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