La légèreté avec laquelle le public du 14 Mars a dénigré sa révolution m'interpelle. Sa réaction est pourtant fort compréhensible car ses espoirs ont été déçus. Mais ces espoirs étaient-ils réellement fondés ?
À la veille de l'intervention américaine en Irak en 2003, le secrétaire d'État américain Colin Powell pressa le président syrien de se joindre à la coalition contre Saddam Hussein. Celui-ci refusa, préférant garder les coudées franches. Afin de se prémunir contre toute éventualité, il exigea en 2003 de Rafic Hariri la formation d'un nouveau gouvernement dont l'écrasante majorité lui était redevable.
Les présidents américain et français déclarèrent en juin 2004 qu'il fallait élire en août un nouveau président au Liban. Les Syriens refusèrent et imposèrent le renouvellement du mandat d'Émile Lahoud. Ni l'intervention du représentant du secrétaire général de l'Onu, Jose Angel Moratinos, ni la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'Onu exigeant l'élection d'un nouveau président ainsi que le retrait des troupes syriennes ne réussit à fléchir la volonté de fer du régime syrien visant à maintenir le Liban sous son emprise.
L'assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005 donna lieu le 8 mars à une manifestation monstre priant le régime syrien de ne point quitter le Liban alors que les doigts accusateurs étaient pointés vers Damas. Le 14 mars 2005, plus d'un million et demi de Libanais manifestèrent leur volonté de voir les troupes syriennes quitter le Liban, exigeant par ailleurs la vérité sur l'assassinat de Hariri.
Le 26 avril, les troupes syriennes se retirèrent après 30 ans d'occupation. La révolution du Cèdre permit d'accomplir ce que ni l'Onu ni les puissances occidentales ne purent réussir et ce, en dépit de l'opposition d'une partie significative de la population libanaise rassemblée sous l'égide du 8 Mars. N'est-ce pas là une victoire à commémorer ?
Suite à cette révolution, le public du 14 Mars oublia qu'il n'était pas seul sur l'échiquier politique libanais et continua à rêver d'un Liban uni, démocratique, libéral et prospère. C'était sans compter avec la faction opposée dont les desseins étaient tout autres.
Alors que le combat à sens unique continuait – assassinats des leaders du 14 Mars, refus de l'instauration d'un tribunal spécial pour juger ces assassinats qui fut finalement instauré par décision du Conseil de sécurité de l'Onu, occupation du centre-ville, conquête armée d'une partie de Beyrouth, refus de l'élection d'un successeur à Émile Lahoud –, les espoirs tombaient les uns après les autres sans résistance ! L'accord de Doha vint rappeler au public déçu du 14 Mars qu'il était contraint de composer avec les autres Libanais dont les projets étaient aux antipodes du sien.
Face à cette amère réalité, il lui était nécessaire de réajuster ses perspectives. Rien n'en fut ! La victoire électorale du 14 Mars en 2009 raviva ses espoirs. Considérant que son projet avait eu le dessus, il lui était donc possible de le réaliser. Quelle ne fut sa déception de constater que la démocratie au Liban était particulière et qu'il fallait gouverner avec le camp d'en face pour des raisons évidentes de paix et de sécurité liées aux intérêts des axes régionaux.
Les révolutions arabes lui donnèrent à nouveau une lueur d'espoir quand elles s'étendirent à la Syrie estimant alors que le camp opposé allait sous peu perdre son principal appui régional et se plier à ses exigences. Ce raisonnement fondé sur une méconnaissance de l'échiquier régional sous-estimait le rôle géopolitique de l'Iran supposant que ce dernier ne pourrait soutenir efficacement son principal allié régional, le régime syrien, et par extension ses alliés au Liban face à la volonté internationale d'en finir avec ce régime. Les développements militaires aléatoires lui donnèrent tort !
Les dirigeants politiques du 14 Mars qui alimentaient ces espoirs constamment déçus finirent par se décrédibiliser auprès de leur public. Plutôt que de créer un mouvement de réflexion et d'action ancré dans les convictions de leur mouvement et rassemblant ce public non partisan comme fer de lance de cette révolution aux cotés des partis traditionnels, ils ne cessèrent de tergiverser créant une succession de mouvements éphémères. Encore des promesses non tenues !
Même la fameuse assemblée générale du 14 Mars, annoncée lors du dixième anniversaire de la révolution du Cèdre, avait été pensée et discutée par ce même public depuis plus de quatre ans déjà. Faut-il ajouter que cette assemblée était supposée représenter l'opinion indépendante de celui-ci face aux partis ? Or voilà qu'on l'étouffe en le regroupant avec ces mêmes partis, lui coupant ainsi l'herbe sous les pieds.
Par ailleurs, faisant fi des réalités politiques régionales, les discours de ces dirigeants lors de cette commémoration s'inscrivirent dans une logique de confrontation avec le camp adverse allant à l'encontre tant de la tendance régionale à la négociation que de celle du dialogue local qui prévaut actuellement et auquel ils participent activement, brouillant ainsi leur message et démontrant tant leur inaptitude que leur déphasage politique. Évitant de choisir entre une confrontation hasardeuse et un apaisement défaitiste, ils embarquent leur public vers de nouvelles déceptions.
Faux espoirs, châteaux en Espagne ou immaturité politique ? Au moment où la carte politique régionale se modifie de jour en jour, comment peut-on redéfinir les objectifs du 14 Mars ? Comment les inscrire dans un cadre qui transcende les conflits régionaux face à leurs reflets locaux ? Le leadership du 14 Mars saura-t-il garder un minimum de vision et de souplesse qui permettront à son public de s'adapter aux nouvelles réalités tout en évitant de renoncer aux idéaux de la révolution du Cèdre ?
Nos lecteurs ont la parole - Jihad Mouracadeh
De déception en déception...
OLJ / le 19 mars 2015 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
ET D'HÉBÉTUDE EN HÉBÉTUDE... ET JE PARLE DES PANURGES ET NON DE LA POPULACE !
11 h 13, le 19 mars 2015