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Nos lecteurs ont la parole - Georges Tyan

Esprit es-tu là ?

Il est temps de ressortir de son étui ma plume avant qu'elle ne se rouille. En fait pour dire quoi, s'adresser à qui, intervenir dans un marasme gluant où semblent se complaire mes compatriotes, dénoncer une fois de plus les complots qui se trament contre notre pays et dans lesquels, dirait-on, une bonne partie de notre intelligentsia politique est engouffrée jusqu'à la lie.
On dirait que l'abattement moral latent contre lequel je croyais pourtant être vacciné m'a finalement rattrapé, je n'arrive même plus à rire des situations cocasses, elles me font au contraire verser de chaudes larmes. Les désopilants spectacles qui se présentent à nos yeux sont devenus tellement poignants que je ne sais plus si un jour nous allons nous en relever.
Dix ans sont passés, dix ans de notre vie de perdus, dix ans qu'on nous tourne en bourrique, dix ans que le peuple crédule de mon pays avale bobards et couleuvres, dix ans que nous contemplons les mêmes têtes, écoutons les mêmes sons sortir des mêmes lèvres qui éructent les mêmes paroles, les mêmes promesses jamais tenues, les mêmes insultes, à l'encontre des mêmes gens.
Dix ans que l'on tangue entre la vie et la mort, dix ans que nous régressons, qu'aucune croissance économique ne vient nous mettre un peu de baume au cœur, dix ans au diapason des antagonismes qui se cherchent quotidiennement noise, la désunion étant devenue leur seconde nature, la désillusion la nôtre.
Loin de moi l'ingratitude, je reconnais que certaines personnes ont payé de leur vie, de leur sang, le prix des positions adoptées, certes je fus partie prenante de certaines et j'ai pleuré amèrement la disparition de ces êtres, certains exceptionnels, que j'ai connus de près, ils restent chers à mon cœur, présents à jamais dans ma conscience.
Mais moi, je n'ai jamais demandé à personne de mourir pour moi, ils se sont offerts sur l'autel de ce qu'ils pensaient être leur cause, en toute connaissance de cause, sachant pertinemment que la partie adverse ne comptait dans ses rangs ni anges ni chérubins.
De grâce donc, qu'on cesse de me servir le leitmotiv éculé : « Ils sont morts pour que tu vives. » Ce n'est pas vrai ! Moi qui ai horreur du sang, de la mort, des destructions quand le canon tonne, du bruit des bombes quand elles éclatent, du ravage considérable qu'elles occasionnent, je récuse avec la dernière énergie ces assertions.
Je n'ai jamais imaginé envoyer personne à la mort, ni demandé qu'on se suicide pour n'importe quelle cause. Ô combien elles sont devenues nombreuses et compliquées. Tout le monde a pris fait et cause pour une cause, occultant l'essentielle, la nôtre, celle du Liban qu'on a sacrifié, égorgé, tel un mouton en offrande expiatoire pour toutes les erreurs, errances, errements de ces dernières années.
Le comble est que ceux qui se sont érigés en responsables de l'indépendance, de la souveraineté et de la liberté, joué des coudes pour se mettre aux premiers rangs, piétiné les autres pour se maintenir à leur place, commis erreur sur erreur, laissant passer des occasions en or pour parvenir à relever notre pays, le sortir de la gangue des allégeances à l'étranger où il est retenu prisonnier, font superbement fi du ressentiment populaire, repartant de plus belle vers l'inconnu.
S'il ne s'agissait que de leurs petites personnes, nul n'aurait trouvé à redire, libre à eux de faire ce que bon leur semble, mais vu le climat conflictuel où baigne le pays, à commencer par une assemblée nationale autoprorogée, passant par l'absence d'un président de la République, pour en arriver à une situation très délicate à nos frontières, c'est une frange non négligeable de mes concitoyens qu'ils entraînent bien, malgré elle, dans leur sillage.
Non messieurs, il ne suffit pas que vous ayez à votre disposition un ou deux quotidiens et autant de stations de télévision qui vous encensent. Que vous soyez quatre cents ou quatre mille, nous sommes loin, très loin même du million et demi de Libanais qui, le 14 mars 2005, ont dit non à l'occupant, oui à la vie, oui au soleil, oui à la liberté, oui à un avenir radieux, libéré de toute contrainte ou hypothèque.
C'est l'esprit de cette mémorable journée nationale qui a été vilipendé, trahi, avili, dénaturé, flétri. C'est la solidarité d'une nation meurtrie qui a éclaté en mille morceaux, au profit de petites considérations partisanes d'ordre communautaires et religieux montées de toutes pièces.
Sans être devin, même en scrutant bien l'horizon, je ne vois pas pour l'heure venir l'homme providentiel qui recollera les pièces de ce puzzle géant qu'est devenu notre pays, dommage ! Car à reprendre les mêmes et recommencer, c'est comme remplir d'eau un panier percé.
Sauf si l'Esprit Saint nous prend en sa miséricorde, mais sera-t-il là ?

Il est temps de ressortir de son étui ma plume avant qu'elle ne se rouille. En fait pour dire quoi, s'adresser à qui, intervenir dans un marasme gluant où semblent se complaire mes compatriotes, dénoncer une fois de plus les complots qui se trament contre notre pays et dans lesquels, dirait-on, une bonne partie de notre intelligentsia politique est engouffrée jusqu'à la lie.On dirait que l'abattement moral latent contre lequel je croyais pourtant être vacciné m'a finalement rattrapé, je n'arrive même plus à rire des situations cocasses, elles me font au contraire verser de chaudes larmes. Les désopilants spectacles qui se présentent à nos yeux sont devenus tellement poignants que je ne sais plus si un jour nous allons nous en relever.Dix ans sont passés, dix ans de notre vie de perdus, dix ans qu'on nous tourne en...
commentaires (2)

L'IDÉE EST LÀ... LE CORPS OU LA MASSE Y EST AUSSI LÀ... L'ESPRIT N'Y EST PLUS !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

13 h 36, le 19 mars 2015

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Commentaires (2)

  • L'IDÉE EST LÀ... LE CORPS OU LA MASSE Y EST AUSSI LÀ... L'ESPRIT N'Y EST PLUS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 36, le 19 mars 2015

  • En novembre 43, dans les pans des petits manteaux-äbéééïyéhs de Bchârah et de Rïyâd, ils étaient donc quelques "New Libanais" qui, soixante années après, croyaient toujours qu'il suffisait de courir, frères…. Sääd et Rafîk Hariri et, avec idéalisme, de demander l'impossible pour distancer ce vieux passé douloureux ante Mandat Français si sous-développé. Et qu'un Pays fait par quelques uns, avec l'aide même d’un million de ces Libanais(h), était concevable et viable ! Mais, comme rétrospectivement on le constate, la machine inexorable qu'est la fabrication d'une Nation broie peu à peu les utopies passionnelles du commencement, et les équipes créationnistes de départ éprouvent dans la douleur les exigences et les devoirs du métier d’appartenir réellement à une véritable Patrie…. en devenir. C'est ce qui advint. Car ils ne conservèrent point, leurs "ättîîîïs-troupes(eaux)" de Libanais(h), suffisamment d'énergie et d'inventivité sinon pour développer ce pays et le mener à l’excellence, du moins pour le revigorer 1 tant soit peu en s'efforçant par exemple, de parler vrai, de moins radoter, de mieux analyser au lieu de banalyser, de plutôt se bouger…. quitte à user de plus d’émollients ; sûrement sans tergiverser ni barguigner; et sans trop d'ambages ni de circonlocutions surtout, yâ wâïyléééh ! Et de s'exposer pour de vrai dans tous les combats de ce kottor-contrée qui n'en manqua et n’en manquera point, en effet. Yâ allâh ëééémîîîne, et ainsi soit moins-tïîîîl ; please !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 45, le 19 mars 2015

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