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Liban

Les familles des soldats tués à Abra disent « non » au compromis

protestation

« Nous avons peur qu'un accord soit conclu aux dépens de l'armée et que les responsables de la mort de nos martyrs soient protégés ou libérés. »

16/03/2015

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées hier dans la matinée au centre-ville, place des Martyrs, pour exprimer leur solidarité avec l'armée. La foule était principalement constituée de familles des soldats tués lors des affrontements de Abra, à Saïda, en juin 2013. Ce sont ces familles-là, en effet, qui avaient appelé à cette manifestation, suite aux rumeurs au sujet d'un possible arrangement juridique conclu aux dépens des victimes de la troupe, et la réapparition du chanteur Fadel Chaker dans une entrevue télévisée depuis le camp de Aïn el-Heloué. Dans cette entrevue, le crooner devenu salafiste et soupçonné d'avoir combattu l'armée à Abra aux côtés du cheikh Ahmad el-Assir avait en effet souhaité retrouver une vie normale, alors que des poursuites sont aujourd'hui engagées à son encontre.

« Nous avons peur qu'un accord soit conclu aux dépens de l'armée, que les responsables de la mort de nos martyrs soient protégés ou libérés », a déclaré un manifestant portant un drapeau libanais et la photo d'un des soldats tués. Près de lui, un jeune homme arborait une pancarte à laquelle était accrochée une botte de soldat. Sur la pancarte on pouvait lire : « Ce soulier a plus de valeur que tous ceux qui ont comploté contre l'armée. » La troupe avait pourtant démenti dans un communiqué, publié jeudi, les informations faisant état d'un compromis avec le commandement de l'armée pour régler le dossier de Fadel Chaker, appelant le fugitif à se livrer aux forces de l'ordre. L'ex-chanteur avait alors assuré qu'il ne se livrerait pas « avant que ses dossiers judiciaires ne soient réglés ».

Une manifestante, mère d'un militaire tué à Bhannine, a laissé éclater sa colère contre les Libanais qui ne se sont pas joints aux protestataires. « Où êtes-vous, Libanais ? Vous ne manifestez votre soutien que sur les réseaux sociaux ? Nous avons sacrifié nos fils pour vous. Honte à ceux qui ne nous soutiennent pas. Ils doivent rester fidèles aux martyrs de l'armée », a-t-elle martelé avec amertume, appelant avec une pointe d'agressivité le commandant en chef de l'armée « à ne pas oublier les martyrs ».

Le rassemblement n'a pas été en tout cas sans certains dérapages, quand le parent d'un des soldats a appelé un dignitaire sunnite présent au sit-in à quitter les lieux, affirmant que « les hommes de religion sont derrière tous les compromis ». L'ancien président Michel Sleiman et la députée Bahia Hariri ont également été pris à partie par la foule en colère. « C'est toi qui as protégé et caché les criminels », a lancé une manifestante à l'encontre de la députée de Saïda.

Zein el-Omr vs Fadel Chaker
Le chanteur Zein el-Omr a également pris part hier à la manifestation aux côtés du compositeur Samir Sfeir. « Nous n'avons plus que cette institution sans laquelle le Liban n'existerait plus, a confié Zein el-Omr à L'Orient-Le Jour. C'est l'armée qui préserve aujourd'hui le Liban et son entité, et qui regroupe tous nos fils et nos proches. » Dénonçant la faible participation des artistes libanais à la manifestation, le chanteur a estimé qu'« il est honteux que chaque Libanais ne soit pas aux côtés des mères, des épouses et des filles des martyrs ». « Nous ne vivons pas dans un hôtel, le Liban est un pays. Où sont tous ces artistes qui ont exprimé à la télévision et devant les caméras leur allégeance à la troupe ? Il est honteux que nous soyons arrivés à un stade où les artistes calculent, avant d'afficher leur soutien à l'armée, une éventuelle répercussion de leur position sur leurs concerts », a dénoncé Zein el-Omr. Le chanteur, qui avait verbalement attaqué Fadel Chaker lors des affrontements de Abra, a appelé le fugitif à se rendre à la justice sans conditions, « puisqu'il est tellement sûr de son innocence ».

La peine de mort avait été réclamée en février contre Fadel Chaker et Ahmad el-Assir par un tribunal militaire pour leur implication dans les affrontements à Abra, durant lesquels 18 soldats et 11 éléments armés avaient été tués. Actuellement, l'ex-chanteur se cache dans une maison qu'il a achetée récemment dans le camp de réfugiés de Aïn el-Héloué, d'où il est originaire. Samedi, l'armée a restreint l'accès au camp, ainsi que la sortie, au passage de l'hôpital gouvernemental, au nord de la localité. Des femmes gendarmes ont également établi un point de contrôle pour fouiller toutes les femmes voilées suspectes. Selon certaines informations, les forces de l'ordre tenteraient d'empêcher la fuite de l'ex-chanteur, soupçonné de vouloir se déguiser en femme pour échapper aux autorités.

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