L'affaire récente du déplacement de sept médecins libanais au chevet de Rustom Ghazalé, ex-gauleiter et bourreau du Liban, a fait beaucoup de bruit. Tant les protagonistes que leurs détracteurs ont argumenté en invoquant l'un ou l'autre principe de l'éthique médicale.
En réalité, l'éthique médicale n'a rien à voir dans ce dossier et ne peut être invoquée ni dans un sens ni dans l'autre.
En effet :
1 – en ce qui concerne la possibilité de prodiguer des soins à quelqu'un, tout médecin doit bénéficier d'un permis de pratiquer l'art de guérir sur le territoire souverain d'un État particulier. Le diplôme de docteur en médecine est insuffisant pour habiliter son porteur à prodiguer des soins. Seule la puissance publique peut délivrer un tel document. Les médecins appelés au chevet du patient Ghazalé ne peuvent pas, en principe, pratiquer la médecine en Syrie. On suppose qu'ils ont dû agir sous la responsabilité professionnelle d'un ou de plusieurs confrères syriens. Ce qui signifie que le patient n'était pas sans secours médical sur place. Nul ne peut donc invoquer ici la clause pénale de la « non-assistance à personne en danger » ;
2 – tout médecin, sur le territoire de la République libanaise, bénéficie du principe de la double liberté :
2.1 la liberté de prescription, principe absolu conditionné par la seule liberté de choix du patient. C'est pourquoi la médecine est dite être la « rencontre d'une confiance et d'une conscience » ;
2.2 la liberté d'accepter ou de refuser de prodiguer des soins professionnels à quiconque, sous la double condition de :
l'assistance à personne en danger, obligation pénale pour tout citoyen. Cette clause n'est pas un acte médical professionnel, mais un acte citoyen de solidarité sociale ;
assurer la « continuité des soins », clause déontologique obligatoire et contraignante pour tout médecin. Cela signifie que je peux refuser, pour des raisons personnelles, de soigner un patient, mais que je ne peux pas lui interdire l'accès aux soins médicaux. Je dois donc l'orienter vers un autre praticien ou m'assurer de son existence, sauf cas extrêmes comme le fait d'être l'unique médecin à des kilomètres à la ronde face à un patient dont les signes vitaux sont altérés.
On le voit, le geste des praticiens libanais ne rentre pas dans le cadre de l'application des principes de l'éthique médicale, ni dans un sens ni dans un autre. Leur acte demeure une décision personnelle, un choix dicté par leur seule liberté, leur conscience morale et leur sens de la citoyenneté libanaise.
Chacun peut apprécier ce geste en fonction de plusieurs considérations, mais nul ne peut invoquer l'éthique médicale.
Antoine COURBAN
Professeur de déontologie médicale
Membre de la Commission de préparation du projet de loi de déontologie médicale (1994)
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En réalité, l'éthique médicale n'a rien à voir dans ce dossier et ne peut être invoquée ni dans un sens ni dans l'autre.
En effet :1 – en ce qui concerne la possibilité de prodiguer des soins à quelqu'un, tout médecin doit bénéficier d'un permis de pratiquer l'art de guérir sur le territoire souverain d'un État particulier. Le diplôme de docteur en médecine est insuffisant pour habiliter son porteur à prodiguer des soins. Seule la puissance publique peut délivrer un tel document. Les médecins appelés au chevet du patient Ghazalé ne peuvent...


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Tres ,tres discutable...??????????????
16 h 40, le 13 mars 2015