Selon les premières estimations de l’archevêché chaldéen, les besoins annuels pour accueillir les réfugiés irakiens sont d’environ 2 millions de dollars.
Le nombre de familles chrétiennes irakiennes et syriennes qui arrivent au Liban est en augmentation constante. Elles sont là souvent comme candidates à l'émigration définitive vers les pays occidentaux d'accueil, et la plupart s'enregistrent à cette fin auprès du Haut-Commissariat de réfugiés.
Leur situation a été soulevée hier par Mgr Michel Kassarji, archevêque chaldéen du Liban, vers lequel affluent d'abord les familles nouvellement arrivées, qui doivent être totalement prises en charge au cours des premières semaines.
L'archevêque a lancé un appel à fonds, pour faire face aux besoins élémentaires des nouveaux arrivants. Aux premières estimations, il a évalué les besoins annuels de l'accueil à environ 2 millions de dollars, sachant que le nombre de familles irakiennes affluant au Liban est en constante augmentation, mais qu'en même temps, ce nombre reste imprécis, en raison des départs de certaines. L'archevêque le situe aux environs de 3 000 familles.
Une ombre au tableau
« Les nouveaux arrivants, en ce moment, sont surtout irakiens, a précisé hier l'ecclésiastique. Le Liban continue de les attirer. Les frontières sont parfois faciles à franchir. »
Cette facilité est le fruit d'une décision du ministère de l'Intérieur. Toutefois, il y a une ombre au tableau : le visa d'entrée accordé aux nouveaux arrivants n'excède pas une semaine. Les réfugiés doivent donc immédiatement s'atteler à régulariser leur séjour, qui peut varier de quelques mois à quelques années.
« Avec l'augmentation de leur nombre, des problèmes surgissent qu'il faut souvent régler rapidement, insiste l'archevêque chaldéen. La grande majorité des arrivants se heurte très vite à une réalité qui ternit la belle image qu'ils avaient du Liban. »
La dure réalité, ce sont les loyers élevés exigés, parfois pour une pièce insalubre où s'entasse toute une famille. Les plus aisés paient 700 dollars par mois pour un petit appartement. À cette situation s'ajoutent les besoins alimentaires des familles et les formalités inhérentes à leur état de réfugiés, sachant que l'État libanais ne leur reconnaît que le statut de... touristes.
Les déplacements
De peur d'être arrêtés sans papiers en règle, beaucoup d'Irakiens restreignent au maximum leurs déplacements, ce qui les handicape dans la recherche d'un emploi, quand ils en trouvent, fût-ce à un salaire de misère.
Mgr Kassarji reconnaît toutefois que leur situation s'est améliorée par rapport à ce qu'elle était il y a deux ou trois ans, avec la mise au point d'un document épiscopal reconnu par les forces de sécurité libanaises, qui leur vaut d'être traités avec plus de bienveillance qu'auparavant.
« Le nombre des réfugiés varie d'une semaine à l'autre, en fonction des arrivées et des départs, reprend l'évêque. Mais les besoins restent invariables : logements, hospitalisation, soins médicaux, éducation des enfants et écoles. La porte de l'archevêché est continuellement sollicitée », précise-t-il. L'Association de bienfaisance chaldéenne participe à l'effort d'accueil et d'aide. Selon cette association, le gros des Irakiens réfugiés au Liban se concentre dans la région de Sed el-Bauchrieh. De ce fait, l'Église chaldéenne cherche aujourd'hui à construire dans cette banlieue de Beyrouth une église et un presbytère, et mettre en place un restaurant gratuit.
Entre-temps, un bureau d'accueil et d'orientation a été créé, à Sed, avec un prêtre, une assistante sociale et une secrétaire, pour répondre aux questions des nouveaux arrivants, les enregistrer et les connecter aux réseaux d'aide existants. Budget de fonctionnement : 40 000 dollars.
Les prestations humanitaires et les soins médicaux pris en charge actuellement par des ONG sont insuffisants, précise Mgr Kassarji. L'évêque évalue à 600 000 dollars le prix des 12 000 rations alimentaires annuelles nécessaires pour nourrir les 3 000 familles recensées.
Et Mgr Kassarji d'ajouter que l'archevêché aide 2 500 élèves pour l'année scolaire 2014-2015. Ce qui, à raison de 350 dollars par an et par élève, situe le montant de l'aide nécessaire à 875 000 dollars.
Hospitalisation
Sur le plan médical et hospitalier, la participation de l'archevêché est de 300 000 dollars/an. Grâce à ce fonds propre, l'archevêché peut assurer les actes chirurgicaux, les accouchements, les opérations à cœur ouvert, les maladies cancéreuses, les examens radiologiques, les examens de laboratoire et les médicaments, précise le prélat. Et de souligner que le ministère de la Santé ne prend en charge qu'exceptionnellement les patients irakiens, tandis que les hôpitaux privés ne couvrent pas plus de 50 % du coût des soins, tout en en excluant les maladies chroniques et les grands actes chirurgicaux. Même ces aides sont en recul, faute de donateurs, fait-on savoir.
Mgr Kassarji précise, pour sa part, que l'archevêché a créé en 2011 un centre médico-social à Sed el-Bauchrieh, dont les prestations sont quasi gratuites, qui comprend une pharmacie et pratique des actes chirurgicaux mineurs, et qui est sous contrat avec des laboratoires d'examen de sang. Enfin, à l'archevêché (Baabda-Brasilia) même, un bureau d'emploi a été créé pour gérer les besoins des familles réfugiées.


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