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Moyen Orient et Monde - Législatives

Sans Parlement, l’Égypte attend toujours la démocratie

À l'heure où la Cour constitutionnelle invalide le projet de la loi électorale, provoquant un énième report du scrutin, le pays continue d'évoluer dans un climat politique instable, nourri de frustrations.

Quand on se promène dans les rues du Caire, de Minya ou de Charm el-Cheikh, banderoles et posters XXL sont absents des places principales. Photo Antoine Ajoury

Quand on se promène dans les rues du Caire, de Minya ou de Charm el-Cheikh, il est difficile d'imaginer que le pays se prépare à des élections législatives capitales. L'enthousiasme des urnes suscité en mai dernier lors de la présidentielle a disparu. Contrairement à il y a un an, banderoles et grands posters sont absents des places principales, il est quasi impossible de connaître le nom des candidats qui se présentent et rares sont les discussions sur le sujet sur les terrasses de café. C'est comme si les Égyptiens, de nouveau sous le joug d'un régime autocratique, avaient oublié que le président Abdel Fattah al-Sissi ne devrait pas exercer le pouvoir en solitaire. « Les Égyptiens se fichent d'avoir un Parlement, ils ont déjà donné leur confiance à M. Sissi pour faire le boulot », explique Mohammad Naïm, analyste politique.

 

(Lire aussi : Première exécution d'un partisan de Mohamed Morsi)

 

L'Égypte n'a plus de Parlement pratiquement depuis la révolution de 2011. Quelques semaines après le renversement de Hosni Moubarak, le Haut Conseil des forces armées avait dissous les deux Chambres : l'Assemblée des peuples et le Conseil de la choura, élus sous le régime de l'ancien raïs. Début 2012, une nouvelle Assemblée du peuple avait été élue, mais elle a été dissoute moins de cinq mois après sa prise de fonctions par la Cour constitutionnelle.
Plus de trois ans après, l'Égypte est donc toujours au point zéro. Après son accession à la présidence, M. Sissi avait promis des législatives dans les meilleurs délais. Elles étaient d'abord prévues en juillet 2014, seulement quelques semaines après le début de son mandat, puis en octobre, puis finalement « avant la fin de l'année »... Voilà un an que l'ex-maréchal repousse son engagement. Le 1er mars, le tribunal administratif du Caire ordonne à son tour le report des élections, qui étaient programmées pour la mi-mars. La raison invoquée était l'invalidation par la Cour constitutionnelle d'une partie de la loi électorale, notamment le découpage des circonscriptions.


Soucieuses de prouver leur bonne foi, les autorités ont promis un nouveau texte dans moins d'un mois. Du côté des experts, on parle d'un délai minimum nécessaire de six mois à un an. « Cela va à l'encontre de la feuille de route du président, mais c'est une décision saine pour la tenue dans de bonnes conditions des élections », estime le MAAT, ONG mandatée par les autorités pour contrôler le bon déroulement du processus électoral.

 

(Lire aussi : Les législatives en Egypte reportées après une décision de justice)


Dans son rapport, si l'organisation fait mention de « points à améliorer », comme l'atmosphère sécuritaire, la baisse des frais engendrés pour l'obtention d'un certificat médical obligatoire pour l'inscription ou la nécessité de permettre à des candidats plus jeunes de se présenter, elle n'évoque pas le mauvais découpage des circonscriptions, ni les critiques formulées par plusieurs partis sur le scrutin uninominal, les accusations de corruption, la répression aveugle de l'opposition ou le retour de « foulouls », caciques de l'ère Moubarak sur les listes électorales. « Ces élections se font dans la confusion », affirme Moustapha el-Sayed, politologue et professeur à l'Université du Caire. « Quatre ans après la révolution, on trouve encore sur les listes d'anciens leaders du PND (parti de Hosni Moubarak). Les salafistes d'al-Nour, pro-Sissi, ont de bonnes chances de gagner une large partie de ces élections avec la disparition des Frères musulmans. Et il y a cette campagne médiatique contre la jeunesse qui a initié la révolution de 2011, qui ne peut pas trouver sa place dans ce climat », note-t-il.


Ce point de vue est partagé par Khaled Daoud, porte-parole du parti al-Dostour, qui avait décidé avant la décision de la cour de boycotter les législatives. Il dénonce une atmosphère répressive très forte et une course à la gloire personnelle qui nuit au bon déroulement de ces élections. « Elles ouvrent la porte aux éléments habituels, à des personnalités comme Ahmad Ezz, qui a reconnu être responsable de corruption lors des élections de 2010, et de nombreuses personnes qui étaient candidates de cette même manière dans le passé et qui vont encore réussir à avoir des sièges grâce à la nouvelle réglementation permettant à des indépendants de se présenter (...). Certains sont même fiers de déclarer qu'ils n'ont pas de programme, qu'ils soutiendront juste la ligne du gouvernement. Ce ne sont pas des élections basées sur des programmes politiques, des visions, des propositions de lois, c'est une bataille d'intérêts personnels et rien d'autre. On n'a pas envie de participer à cela », dit-il. De toute façon, « le gouvernement ne souhaite un Parlement que pour faire retomber la pression internationale », souligne Mohammad Naïm. « Aucune organisation politique ne pense sérieusement que le Parlement puisse avoir un quelconque pouvoir », conclut-il.

 

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