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Lifestyle - La Mode

Paris révèle un hiver 2016 libéré

La semaine du prêt-à-porter dans la capitale française, commencée le 3 mars, s'achève officiellement aujourd'hui 11 mars, clôturant ainsi les présentations internationales de la mode féminine automne-hiver 2015-2016.

Maison Rabih Kayrouz, prêt-à-porter, femme, hiver 2015-2016.

Plusieurs tendances se dégagent de ce festival inspiré, notamment une nostalgie de la nature avec une présence marquée des motifs végétaux et animaliers ; une confusion des genres le jour qui laisse place à une féminité marquée en soirée ; une envie de soleil qui invite les thèmes orientalistes et une frénésie de liberté qui se traduit par une ode aux années hippie et à la mouvance punk. Voici quelques défilés parmi les plus courus de cette fashion week incontournable.

Rabih Kayrouz dans l'ivresse
La note d'inspiration du couturier libanais parle d'intensité, d'ivresse et de brûlure. Rabih Kayrouz est un passionné. Sa collection prêt-à-porter de l'hiver 2015-2016 montre bien, avec ses jeux de structure infiniment savants, son attention particulière au mouvement, au geste, à l'attitude, ses curieux ornements qui ressemblent à de petites boules de Noël et contrastent par leur côté ludique avec la rigueur et la sobriété des robes, ses élans retenus et ses trouvailles joyeuses. Encore un hommage à l'Orient méditerranéen et un retour aux sources entre manteaux burnous et franges, plissés fluides petits hauts à basques, superpositions et pliages origami. La palette, toujours sobre, décline des noirs, des blancs, des marine, des vert olive et des madras soyeux. La maille reste présente, tressée,
texturée, sensuelle.

Chloé et la nostalgie hippie
Clare Waight Keller, dont le défilé pour Chloé tombait le 8 mars, a dédié sa collection à la Journée internationale de la femme. Une collection aux influences hippie, entre pantalons larges, patchworks en velours, ponchos à franges et robes fleuries contrastant avec un début de présentation plutôt militaire où l'on a vu par exemple un long manteau marine et un caban kaki à boutons dorés. Les robes, longues et vaporeuses, sont assorties de gilets d'hommes et les foulards se nouent comme des cravates. Encore un exemple de tentation masculine dans une garde-robe qui n'en finit pas de chahuter les conventions.

Dior s'éloigne des jardins et des fleurs
Cet hiver, Raf Simons a choisi de se détourner un peu des codes Dior, s'éloignant des jardins et des fleurs pour oser les combinaisons en maille et les cuissardes en vinyle. Science-fiction, oui, mais comme on l'imaginait dans les années 50 à 70. Une wonderwoman libérée mais très sexuée, très féminine. Les fleurs laisseront la place aux animaux avec des imprimés animaliers stylisés et de la fourrure de renard. Les pantalons de tailleur seront courts, à porter avec des boots de couleur vive à talons transparents. Mais les codes de la prestigieuse maison ne sont jamais bien loin, omniprésents dans les coupes, l'allure, les couleurs, incontournable héritage.

Céline toujours minimaliste mais XL
D'épais mocassins slip-on blancs sur le podium érigé au Tennis Club de Paris, c'est ce qu'on a vu en premier, avec des sacs volumineux, façon cabas, mais aussi des harnais à pochettes à porter sur une épaule, nouvelle variante du sac mains libres. Phoebe Philo, la directrice artistique de la très parisienne maison Céline, a décliné pour la prochaine saison froide une collection interactive puisqu'elle rend utile la présence d'un compagnon, rien que pour attacher ces hauts qui ne se ferment que par des liens dans le dos. On y verra aussi des imprimés zébrés, des chemisiers imprimés de renards et des guirlandes de boules de fourrure à jeter sur l'épaule. Imposant mais discret.

Vivienne Westwood déjantée
Toujours punk à 73 ans (elle fut un pilier de ce mouvement contestataire, anarchisant mais prônant le retour à la nature et à ses valeurs), Vivienne Westwood a annoncé dans sa note d'inspiration, sous le titre « Unisexe ! : Des pantalons pour les femmes, oui ! Des robes pour les hommes ? Chiche ! »
Et c'est ainsi qu'on a assisté à un total et rafraîchissant brouillage des repères, entre des hommes défilant en minijupes et des femmes en costumes trois pièces. Les imprimés eux aussi se mélangent, entre fleuri, géométrique et fauve, tout comme les proportions souvent démesurées. Plus qu'une collection, un manifeste en faveur d'une abolition des frontières dont le spectaculaire baiser que se sont donné, en fin de défilé, Vivienne et son mari et cadet de 25 ans Andreas Kronthaler résumait le propos avec éloquence.

Élie Saab initiatique
Comme dans une pièce de Shakespeare, la femme Élie Saab s'offre une escapade en Arcadie pour se révéler à elle-même. Dans le décor d'une forêt mystérieuse, le couturier libanais s'est lancé, pour sa collection prêt-à-porter automne-hiver 2015-2016, dans une interprétation des codes militaires et une féminisation fascinante du masculin. Détermination, silhouettes conquérantes, épaules et taille marquées, manteaux en tweed, cols officier, boutons dorés, mains gantées, bottines ouvertes, c'est une conquérante, sûre d'elle, qui ouvre son chemin dans le chaos sylvestre. Progressivement, elle va s'apaiser, s'adoucir, retrouver la lumière entre dentelle texturée d'écorces et de bourgeons, macramés ajourés de motifs végétaux, transparences, volumes amples et fluides. De la grâce, de l'allure, du mystère.

Lanvin à l'ombre de Jeanne
Inspiré par l'exposition Jeanne Lanvin qui draine toute la faune de la fashion week au musée Galliéra, Alber Elbaz s'est aussi livré à des variations sur le Maroc, son pays d'origine. Son clin d'œil à ses racines se traduit par des silhouettes à la fois précieuses et brutes entre rayures berbères et broderies fleuries. Bling-bling mais tout en langueur orientale, capes, casquettes, tuniques et pantalons brillent en lamé safran, les pyjamas sont dorés et rehaussés de sequins. Les textures sont mises en valeur par des patchworks de velours, laine bouillie, python et agneau vernis. La palette décline des couleurs automnales, grenat, bleu d'encre, cannelle, bordeaux, chocolat, gris et noir. Les manteaux sont frangés à la mode nomade, enjolivés de brocards, cordelettes dorées et boutonnages à brides. L'Orient s'installe en ville, au moins pour une saison.

Le grand manège d'Hermès
Amoureuse des matières nobles, Nadège Vanhée-Cybulski, remplaçante à 36 ans de Christophe Lemaire à la création féminine de la maison Hermès, s'en est donné à cœur joie. Avec un choix de mannequins noirs, blancs et asiatiques, s'adressant « à une femme cosmopolite », elle a déployé une collection en cohérence avec l'ADN de la maison mais avec des matières « plus inattendues », telle cette pure laine mérinos à l'effet cachemire et cette soie, presque un emblème cher à Hermès, travaillée en tailleur, en robe ou en maille. Du reste, blousons et parkas matelassés tels des tapis de selle, salopettes, bottes, bottines et capes n'ont pas manqué leur effet au manège des Célestins, siège de la garde républicaine de Paris, où se tenait le défilé.

Stella McCartney ramène la fourrure, mais...
Écologiste, végétarienne et avocate de la cause animale, Stella McCartney s'était juré de ne jamais utiliser de fourrure dans ses collections. Mais la tentation de cette matière chaude et douce reste irrésistible, et c'est une fausse fourrure totalement bluffante qu'a rependue en abondance la fille du Beatle dans son dernier opus, entre manteaux à polis longs et étoles à porter sur des robes bustier à taille marquée, coupes masculines mais près du corps, pantalons et manches ultralongs, le tout d'une fluidité et d'un glamour affolant.

Saint Laurent de plus en plus rock
Hédi Slimane, directeur de la création de Saint Laurent, poursuit l'œuvre libératrice du grand Yves sans craindre les extrêmes. Leggings en cuir lacéré, collants savamment déchirés, la femme Saint Laurent est une écorchée qui s'assume et qu'aucun bobo n'arrête. Minijupe gonflée de tulle sous un trench en cuir, complets masculins détournés cravate comprise, cape et veste queue-de-pie, c'est noir cerné de noir comme un concert metal dont on ne trouve plus la sortie.

 

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Rabih Kayrouz dans l'ivresseLa note d'inspiration du couturier libanais parle d'intensité, d'ivresse et de brûlure. Rabih Kayrouz est un passionné. Sa collection prêt-à-porter de l'hiver 2015-2016 montre bien, avec ses jeux de structure infiniment savants, son attention particulière au mouvement, au geste, à l'attitude, ses curieux ornements qui...
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