Liban

La Journée de la femme chez Sigrid Kaag : pousser les Libanaises vers la politique

Débat

La diplomate onusienne a réuni plusieurs figures féminines des médias.

09/03/2015

Cette année, les Nations unies ont voulu célébrer différemment la Journée de la femme au Liban. L'idée vient de la nouvelle coordinatrice des activités de l'Onu au Liban, Sigrid Kaag, qui a pris ses fonctions il y a exactement six semaines et qui a rapidement constaté qu'en dépit des apparences d'égalité, de modernité et d'ouverture, la femme libanaise n'est pas impliquée dans la politique et très peu dans la chose publique.
Diplomate onusienne de nationalité néerlandaise, mariée à un Palestinien (on voit dans sa salle à manger une photo d'elle et de son mari en compagnie de Yasser Arafat et d'un de leurs enfants), Sigrid Kaag connaît bien le monde arabe et même sa langue. Elle arrive au Liban avec beaucoup d'idées, dont la volonté de promouvoir la femme.

Pour la Journée internationale de la femme, elle a donc réuni chez elle quelques figures féminines des médias, venues d'horizons et ayant des parcours différents, dans une tentative de réfléchir sur les moyens de pousser la femme à occuper plus de place sur la scène publique, en particulier politique, pour pouvoir participer aux décisions. May Chidiac, Paula Yacoubian, Samar Abou Khalil, Rosanna Abou Mounsef, Doha Chams, Nada Abdelsamad, Rose Zamel (Wardé), Chada Omar et Scarlett Haddad se sont donc retrouvées chez Mme Kaag, elle-même secondée par Pascale Kassis et Soha Bsat Boustany, pour une discussion franche et informelle. Ce fut un véritable foisonnement d'idées qui allaient toutes dans le même sens, celui de trouver le moyen de sensibiliser les femmes pour qu'elles soient plus impliquées au sein de la société.

Mme Kaag a relevé le fait que le Liban a aujourd'hui l'un des taux les plus bas au niveau de la présence de la femme dans la politique et elle a estimé que chacune des présentes, dans son domaine, pourrait véhiculer l'idée de renforcer le rôle de la femme dans tous les domaines publics, dont la politique. May Chidiac a évoqué à ce sujet son expérience de candidate aux législatives qui n'a pas pu se concrétiser en 2009, sachant que, depuis, il n'y a pas eu d'élections.

 

(Lire aussi : Les « Femmes sur les lignes de front » à l'honneur à Beyrouth)


Toutes les présentes étaient d'accord pour estimer que l'expérience de la femme libanaise dans le domaine de la politique reste assez limitée et peu concluante, sachant qu'une femme qui n'a ni père, ni frère, ni mari dans le domaine ou dans un parti a encore du mal à tracer son chemin. En apparence, la situation est différente dans le journalisme politique que la femme libanaise envahit soit dans les talk-shows ou dans la presse écrite. Mais en réalité, les femmes ont du mal à occuper des postes de direction dans ce domaine. À l'exception de L'Orient-Le Jour, du Nahar et de la NTV, les femmes ne sont pas aux commandes dans ce domaine, même si elles ont réussi à se doter d'un espace de liberté et de performance qui n'est pas négligeable. Toutefois, comme l'a souligné Rosanna Abou Mounsef, la femme doit être doublement plus performante que l'homme pour pouvoir être reconnue, car son travail est scruté avec beaucoup plus de vigilance que celui d'un homme.

De plus, et cela toutes les participantes à cette discussion l'ont reconnu, les critiques adressées aux femmes qui sont dans le domaine médiatique ou politique sont toujours plus personnelles et donc plus blessantes que celles adressées aux hommes. Même les compliments qui leur sont adressés portent souvent sur la forme et non sur le fond, dans une tentative consciente ou non de réduire leur rôle. Paula Yacoubian a soulevé un point précis sur le fait que les femmes elles-mêmes ne sont pas réellement favorables à l'octroi d'un rôle plus important à la femme dans le domaine politique. Elles sont parfois plus hostiles à cela que certains hommes... Et c'est peut-être par l'éducation qu'il faut commencer pour leur faire prendre conscience du rôle qu'elles peuvent jouer.

Comme il s'agit là d'un projet qui s'inscrit sur le long terme, l'idée des quotas a été lancée. Il y a eu un débat sur la question, certaines des présentes estimant que s'il s'agit d'avoir un nombre de figurantes, sous la coupe de partis politiques ou confessionnels, cela ne sert à rien, alors que d'autres pensaient au contraire qu'il faut bien commencer quelque part et il faut donc faire figurer dans la nouvelle loi électorale (si un jour elle est adoptée) un article sur un quota dans les sièges et non plus seulement dans les candidatures... Les participantes à la rencontre ont aussi voulu savoir quel rôle pouvait avoir les Nations unies dans ce domaine, sachant qu'elles n'ont pas le pouvoir d'exiger, mais elles peuvent encourager. Samar Abou Khalil a voulu savoir quels projets pourraient être financés par l'Onu dans ce domaine et s'il y a un réel contrôle sur la destination finale de l'argent débloqué pour les projets de développement. Ce qui a fait tout naturellement glisser le débat sur les réfugiés syriens et sur les aides internationales, qui, dans certaines régions défavorisées, laissent les Libanais de côté et créent des frictions et des frustrations.

Mais cela, c'est un sujet immense, à part, qui mérite une longue discussion. Il fallait revenir aux femmes et à leur rôle au Liban. Mme Kaag a eu au moins le mérite de lancer le débat. Rendez-vous l'an prochain, à la même date, pour faire le point sur l'évolution des mentalités au sujet de la Libanaise dans la politique. Si les développements le permettent, bien sûr...

 

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M.V.

Ca sera difficile ! de pousser les libanaises vers la politique...car sans les pousser ...elles préfèrent la boutique ....!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON S'ATTEND CONTRE CETTE PROPOSITION AUX PROTESTATIONS ÉNERGIQUES DE TOUS LES BARBUS AUX BOÎTES CRÂNIENNES RELIGIEUSEMENT TRUFFÉES DE BARBITURIQUES...

Massabki Alice

Blablablabla!
et l onu en plus. La totale quoi.

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