Comme la Fed aux États-Unis, la BCE adopte une politique d’« assouplissement quantitatif ».
Avec son « assouplissement quantitatif » annoncé fin janvier, une mesure de politique monétaire déjà pratiquée notamment par la Fed aux États-Unis, la BCE veut acheter 60 milliards d'euros de titres par mois au moins jusqu'à septembre 2016, soit a minima 1 140 milliards d'euros.
Les banques centrales nationales – Bundesbank, Banque de France et autres – seront les principales exécutantes : elles effectueront 92 % des achats. Comme n'importe quelle banque, elles sont équipées de salles de marché dans lesquelles travaillent des courtiers. Ce sont eux qui vont se mettre, à partir d'aujourd'hui, en quête de titres à acheter. « Business as usual » pour ces professionnels, même si les volumes concernés atteignent pour l'Europe une nouvelle dimension.
Depuis l'automne dernier les banques centrales rachètent déjà de la dette privée, à savoir des obligations sécurisées et les ABS, des titres adossés à des crédits. La nouveauté sera les achats massifs sur le marché des obligations souveraines, les titres de dette émis par les États de la zone euro. La BCE ne va pas en acheter directement aux États, mais intervenir uniquement sur le marché secondaire, c'est-à-dire qu'elle ira frapper à la porte des banques, fonds ou compagnies d'assurances qui détiennent ces obligations.
Qui va vendre ?
La distribution des achats par pays reflétera la clé de répartition du capital de la BCE, elle-même fonction du poids de chaque économie dans le bloc monétaire. Dans le panier final on devrait ainsi trouver un quart de titres allemands, 20 % d'actifs français, etc. Pour tenir compte des réticences notamment de l'Allemagne et limiter le « partage du risque », la Bundesbank achètera essentiellement des obligations allemandes, la Banque d'Italie des titres italiens et ainsi de suite.
Mais une question agite les marchés : la BCE va-t-elle trouver des candidats à la vente de leurs titres ? Certains, les obligations allemandes par exemple, valeur refuge, sont tellement prisés que leurs taux sont négatifs (les investisseurs paient pour les avoir en portefeuille). Les banques, soumises à des obligations réglementaires toujours plus contraignantes, pourraient être réticentes à vendre, pour maintenir leur assise financière. Et les banques centrales hors d'Europe, autre source potentielle, ne sont généralement pas vendeuses, car elles utilisent ces titres comme réserves de change.
Le président de la BCE, Mario Draghi, a balayé ces inquiétudes jeudi dernier, rappelant que les mêmes avaient surgi pour les programmes américain et britannique de « QE », et s'étaient révélées infondées.
Parmi les vendeurs potentiels, les analystes de Crédit agricole CIB recensent « des banques de la périphérie », c'est-à-dire des petits pays d'Europe, et « des investisseurs étrangers ». Outre les obligations souveraines à proprement parler, l'institution pourra acheter des titres émis par 13 agences ou institutions, la Commission européenne, la Banque européenne d'investissement ou encore, en France, la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades).
Cercle vertueux
La BCE a promis de tout faire pour que les achats soient « neutres sur le marché », c'est-à-dire ne conduisent pas à des variations erratiques des cours. Pour cela elle s'accorde une certaine flexibilité dans le panachage des achats, par nationalité, maturité ou type de produit. La simple annonce du « QE » a en tout cas déjà œuvré dans le bon sens, s'est félicité M. Draghi, pointant une amélioration des conditions de crédit en zone euro.
L'objectif du « QE » est d'enclencher un cercle vertueux : sous l'effet de la forte demande, les taux d'intérêt des obligations vont baisser, poussant les banques à placer leur argent ailleurs, notamment à prêter aux entreprises et consommateurs. Au bout de la chaîne, cela est censé relancer l'activité économique et faire remonter les prix.
L'assouplissement quantitatif pèse aussi sur la valeur de la monnaie. Les placements en zone euro sont moins intéressants pour des investisseurs d'autres régions, et l'argent sort de l'union monétaire, ce qui fait baisser l'euro. Cela profite aux entreprises européennes exportatrices et à l'inverse les importations se renchérissent, ce qui peut permettre de faire remonter les prix.
Mathilde
RICHTER/AFP


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