Le dossier de l'élection présidentielle est au congélateur. Les pôles politiques du pays sont en effet incapables de se mettre d'accord sur la personne du président, et l'attention des pays étrangers s'est reportée sur les affaires régionales explosives. Le Liban n'est pas au cœur de leurs préoccupations. D'aucuns soulignent le côté désespérant de la situation politique locale en raison de l'impuissance des différents leaders à trouver des solutions aux dossiers fondamentaux, comme celui de la présidentielle.
C'est ainsi que cette échéance ne s'est retrouvée que très partiellement à l'ordre du jour du septième round du dialogue entre le courant du Futur et le Hezbollah à Aïn el-Tiné, en dépit de la nécessité de combler le vide à la magistrature suprême dans les plus brefs délais, ce qui permettrait de redynamiser les institutions et, partant, d'assurer une couverture suffisante à l'armée et aux forces de sécurité dans leur lutte contre le terrorisme.
Les deux parties n'ont en effet abordé la question que subsidiairement, à travers le prisme de la stratégie nationale pour la lutte contre le terrorisme, lorsque les représentants du Futur ont souligné que l'élection d'un président était essentielle pour bétonner cette dernière. Le Hezbollah a aussitôt répondu que son candidat était Michel Aoun, dans le cadre d'une démarche visant à montrer l'absence de toute volonté de discuter de ce dossier, comme si le mot d'ordre iranien ne lui était toujours pas parvenu. Tout examen de l'échéance est donc suspendu, dans la mesure où cette dernière se trouve liée à des dossiers régionaux, notamment le nucléaire iranien, à l'inverse de ce que prétend le Hezbollah, selon qui les négociations irano-américaines n'auraient aucun effet à ce niveau. C'est en effet au 14 Mars, et plus précisément à la candidature de Samir Geagea, que des députés du Hezbollah font assumer la responsabilité de l'obstruction. Selon des sources bien informées qui suivent de près le dialogue de Aïn el-Tiné, le souci principal du Hezbollah à l'heure actuelle est la stabilité et la pérennité de la scène libanaise. C'est pourquoi le parti a donné son accord au plan de sécurité à Beyrouth. Des mesures pratiques devraient suivre dans les prochains jours pour l'entrée en application de ce plan dans la banlieue sud.
Selon un ministre, la présidentielle n'est donc plus une priorité à l'heure actuelle, les capitales de décision, Washington en tête, étant focalisées sur les développements régionaux et la lutte contre le terrorisme, à commencer par Daech. Les efforts qui étaient menés pour sortir l'échéance de ses atermoiements sont donc gelés à l'heure actuelle, pour diverses raisons, à en croire une source ministérielle, formulées sous forme de questions :
- Quels seront les résultats des développements régionaux, notamment les développements au Yémen, en Irak et en Syrie, surtout que le mois de mars est, selon un diplomate, celui des confrontations politiques et sécuritaires, ainsi que des échéances ?
Sur quoi déboucheront ces confrontations, dans le cadre desquelles Téhéran joue un rôle fondamental, par le biais de la participation des gardiens de la révolution et d'autres milices chiites relevant de Téhéran sur tous les terrains de conflit dans la région, au Yémen, en Syrie et en Irak ? Sera-t-il possible de revenir à la situation ante et de témoigner d'un retrait des gardiens de la révolution, de sorte qu'ils ne s'ingèrent plus dans les affaires des États de la région ?
- Jusqu'où ira le différend entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président des États-Unis Barack Obama, après l'allocution du premier devant le Congrès américain ?
Se réconcilieront-ils ou bien le fossé se creusera-t-il, jusqu'à déboucher sur une confrontation et pousser M. Netanyahu à initier une guerre dans la région pour éventuellement bousculer les plans d'Obama et torpiller les négociations ?
- Que se passera-t-il lors de la réunion du G 5 + 1 avec l'Iran à Genève le 15 mars, après les propos du chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif, concernant la tournure positive que prennent les négociations en dépit des conditions posées par le guide spirituel Ali Khamenei, à savoir que la signature de l'accord soit accompagnée de la levée immédiate des sanctions contre Téhéran ? L'Iran signera-t-il un accord politique avec le G 5 + 1 ou bien assisterons-nous à un report de cet événement et à un trébuchement des négociations du fait de la pression israélienne ?
- Qui remportera les législatives israéliennes, Benjamin Netanyahu ou son rival, Yitzhak Herzog ? Quel impact cela aura-t-il sur les relations avec les États-Unis ?
Toutes ces questions auront leurs répercussions sur l'avenir de la région. Il n'en reste pas moins que, pour l'instant, le déblocage de l'échéance présidentielle est renvoyé aux calendes grecques. D'abord, les différentes parties étrangères ont déployé leurs efforts pour éviter la chute du cabinet, régler la querelle autour du mécanisme de décision en Conseil des ministres et consolider, ce faisant, aussi bien la scène politique, par le biais de la solidarité ministérielle, que la résistance de l'armée face aux terroristes à la frontière, ce qui constitue la priorité pour elles. La stabilité du Liban représente en effet une ligne rouge pour les capitales étrangères, de même que la pérennité économique garantie par le gouverneur de la BDL. Ensuite, l'Iran n'est toujours pas disposé à se délester de l'une de ses cartes maîtresses dans la région, le Liban, sa stabilité politique et son échéance présidentielle, en attendant le résultat des négociations avec Washington sur le nucléaire iranien.
Liban - L’Éclairage
Le dossier de la présidentielle mis en veilleuse, en attendant le résultat des négociations sur le nucléaire
OLJ / Par Philippe Abi-Akl, le 07 mars 2015 à 00h00


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Encore!?!?!?
11 h 07, le 08 mars 2015