« Usage unique », peut-on lire sur cette seringue. L’Organisation mondiale de la santé appelle les pays à passer, d’ici à 2020, à l’usage exclusif de nouvelles seringues « intelligentes » pour prévenir la propagation de maladies infectieuses. Photo OMS
Hépatite B, hépatite C, VIH... des virus, à l'origine de maladies souvent fatales, dont la transmission peut dans de nombreux cas être prévenue par une simple prévention. C'est ce qu'affirme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui souligne que « des millions de personnes pourraient être protégées contre les infections transmises par des injections à risque si tous les programmes de soins de santé utilisaient des seringues à usage unique ».
L'agence onusienne, qui a publié récemment ses nouvelles directives sur les injections, explique que selon une étude réalisée en 2014, quelque « 1,7 million de personnes ont été contaminées par le virus de l'hépatite B, 315 000 par le virus de l'hépatite C et 33 800 par le VIH à la suite d'une injection à risque ». Ainsi, dans ses nouvelles directives, l'OMS insiste sur « l'utilité des dispositifs de sécurité des seringues, y compris ceux qui protègent les agents de santé contre les piqûres d'aiguille accidentelles et, partant, contre le risque d'infection ».
« Il faut non seulement utiliser de préférence les seringues à usage unique, mais aussi réduire le nombre de piqûres superflues, pour réduire le risque d'infection », ajoute l'OMS. Elle explique dans ce cadre que chaque année, 16 milliards d'injections sont effectuées. « Environ 5 % de ces injections sont des vaccins, et 5 % servent à d'autres actes comme des transfusions de sang, note l'agence onusienne. Les 90 % restants des injections sont pratiquées en intramusculaires ou en sous-cutané pour administrer des médicaments. Or, dans bien des cas, ces injections ne sont pas nécessaires et pourraient être remplacées par une administration par voie orale. »
Dans de nombreux cas, l'administration des piqûres s'explique, selon le Dr Edward Kelley, directeur du département Prestation de services et sécurité de l'OMS, par le fait que « les gens s'attendent à ce qu'on leur fasse une injection et croient que c'est le traitement le plus efficace ». De plus, pour des infirmiers dans les pays en développement, « faire des injections à une clientèle privée est un moyen de compléter un salaire parfois insuffisant pour faire vivre leur famille », ajoute-t-il.
Un problème mondial
La transmission d'infections par une injection à risque est un problème inhérent à tous les pays, insiste encore l'OMS. Elle cite dans ce cadre l'exemple de la flambée d'hépatite C observée en 2007 dans l'État du Nevada, aux États-Unis. Celle-ci « résultait des pratiques d'un seul médecin qui avait injecté un anesthésiant à un patient atteint d'hépatite C ». « Ce médecin a ensuite utilisé la même seringue pour prélever des doses supplémentaires d'anesthésiant dans le même flacon, dès lors contaminé par le virus de l'hépatite C, et pour faire des injections à plusieurs autres patients », précise l'OMS. Au Cambodge, par ailleurs, un groupe de plus de 200 enfants et adultes vivant près de Battambang se sont révélés positifs au VIH en décembre 2014. Depuis, la flambée a été imputée à des pratiques d'injection à risque.
« Il est absolument indispensable d'adopter des seringues sécurisées pour protéger les gens partout dans le monde contre le VIH, l'hépatite et d'autre maladies, insiste le Dr Gottfried Hirnschall, directeur du département VIH/sida de l'OMS. Ce changement doit être une priorité urgente pour tous les pays. »
Seringues « intelligentes »
L'OMS appelle donc les pays à passer, d'ici à 2020, à l'usage exclusif de nouvelles seringues « intelligentes », sauf « dans les rares circonstances où une seringue autobloquante empêcherait d'effectuer un acte médical, par exemple lorsqu'une personne est sous pompe intraveineuse utilisant une seringue ». Ces seringues intelligentes sont pourvues de dispositifs qui empêchent leur réutilisation. Sur certains modèles, le piston présente une partie frangible qui se casse si l'on essaie de tirer après l'injection. D'autres ont un clip métallique qui bloque le piston une fois qu'il est enfoncé, et sur d'autres modèles encore, l'aiguille se rétracte dans le corps de la seringue à la fin de l'injection.
Les seringues sont aussi équipées de dispositifs qui protègent les agents de santé contre les piqûres d'aiguille à l'origine d'infections. Une gaine ou un capuchon descend le long de l'aiguille et la recouvre entièrement après l'injection pour éviter que l'utilisateur ne se blesse accidentellement et ne s'expose ainsi à un risque d'infection.
« La nouvelle politique et la campagne mondiale sont des étapes décisives d'une stratégie à long terme visant à améliorer la sécurité des injections en collaborant avec les pays du monde entier, conclut le Dr Kelley. Des progrès considérables ont déjà été faits. »

