Un sondage d'opinion étalé sur les trois derniers mois auprès des étudiants révèle leurs souhaits et leurs aspirations. Si le quorum est atteint, et si Messieurs les députés arrivent à l'élire, quel sera le profil du président de la République ?
Les événements dans notre région et leurs répercussions sur la scène locale, les discordance entre les factions politiques nécessitent la présence d'un président qui puisse rapprocher les positions afin de garder l'unité du pays. Cette unité n'est-elle pas le fruit d'une action commune des groupes politiques? N'est-elle pas la plus simple expression de l'ordre ? La tâche d'un président ne se limite-t-elle pas, essentiellement, à réaliser la cohérence interne de son pays ?
Après plus de trente ans de contraintes, de suppression et d'oppression, les Libanais ont récupéré leur indépendance d'esprit. Beaumarchais disait : « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. » N'est-il pas normal que le président garantisse le pouvoir d'agir, au sein d'une société, dans la limite des règles définies, et par conséquent inciter les citoyens à choisir librement leurs représentants ?
Puisque la souveraineté est inaliénable, le Liban doit continuer à bénéficier de la protection et de la garantie de la personne, de la liberté et des droits qui doivent être assurés par le président, grâce à son tact, son intuition, son doigté.
Ne serait-il pas naturel que les Libanais se sentent autonomes, libres de toute dépendance ? Cet état ne s'acquiert-il pas grâce à une conduite présidentielle exemplaire, un comportement noble, des prises de position sages ?
L'audace, la clairvoyance, la vigilance et la sagesse forment les assises d'une pleine responsabilité. Un président, affirment nos jeunes universitaires, doit s'armer d'audace. Danton disait : « Il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace. »
Devant les secousses qui bouleversent la région, devant des voisins difficiles et les plaies qui frappent notre société, nos jeunes espèrent que le futur président sera à même de trouver des solutions aux problèmes et préservera la dignité nationale.
Les jeunes réclament un président doté d'un savoir-faire exceptionnel, d'une perspicacité remarquable et qu'il saura innover en matière de démocratie constructive. Ils aspirent à voir maintenus l'ordre, la sécurité, la stabilité financière et ils se demandent s'il répondra à l'appel imminent d'un État qui affronte le plus grand danger depuis sa naissance ? Préparera-t-il, en 2020, le centenaire de la création du Liban ? Et puisque, selon Issa Goraieb, « le terrorisme à prétention religieuse campe depuis des mois sur le sol libanais », élaborera-t-il une stratégie nationale pour faire face à l'intégrisme religieux et au terrorisme ? Coordonnera-t-il avec les instances régionales pour remédier à l'érosion massive des chrétiens d'Orient ?
Les familles libanaises, la jeunesse du Liban réclament un État fort, à la hauteur de leurs attentes. C'en est fini avec l'hégémonie des groupes et des partis. Tous les Libanais, sans exception, à travers cinquante ans, ont offert leur sang sur l'autel de la patrie. Ne nous incombe-t-il pas à nous tous de guider la jeunesse vers les rencontres, l'entente,la culture de la vie, le savoir ? « L'encre du savant vaut mieux que le sang du martyr », dit le Prophète de l'islam. Et aussi : « Les savants sont les héritiers des prophètes. »
Nous voulons un président qui répondra à l'appel de toutes les familles libanaises et œuvrera à une certaine conception de la démocratie libanaise, en mettant en place les structures de concertation, de dialogue et de communication qui permettraient ce vivre-ensemble dont nous rêvons tous. Pourquoi ce président, en cas de discorde au sein du Conseil des ministres et de paralysie à la Chambre, ne s'adresserait-il pas à une éventuelle Assemblée des sénateurs? Pourquoi l'accord de Taëf n'a-t-il pas été respecté à la lettre ?
Nous aurons à choisir entre deux visions de l'avenir. La première est celle, comme disait Amin Maalouf, d'une société partagée en religions et confessions, qui se combattent, qui se haïssent, mais qui, sous l'effet de la puissance étatique, si elle persiste (ici nous saluons la bravoure, le sacrifice, la fidélité de notre armée) se nourrissent, chaque jour davantage, du même plat culturel différencié. La seconde est celle d'une société consciente de son destin commun, et réunie de ce fait autour des mêmes valeurs essentielles, mais continuant à développer un symbole de coexistence, de convivialité, de pluralisme, de vivre-ensemble. Un modèle d'une civilisation qui développe les expressions culturelles les plus diverses, qui préserve ses langues, ses traditions, sa sensibilité, sa mémoire, son savoir.
Messieurs les députés, répondrez-vous à l'appel de la jeunesse et des familles libanaises ? Élirez-vous, dans les plus brefs délais, un président dont le profil assurera l'équilibre de notre pays ?
Sachez encore, Monsieur le futur président de la République, que les jeunes du Liban, leurs parents, croient encore que ce Liban est un « don », une « grâce » que nous vous prions de ne pas gaspiller, et aussi un « avenir ». Mais l'avenir n'est pas écrit d'avance, c'est à nous tous de l'écrire, à nous tous de le concevoir, à nous tous de le bâtir. Ne faut-t-il pas rassembler, rassurer, écouter, inclure, partager, et avant tout avec sagesse ?
Mounir EL-KHOURY
Université libanaise


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef