Commis par de jeunes musulmans français endoctrinés par el-Qaëda, les attentats terroristes islamistes, perpétrés à Paris en janvier 2015 contre Charlie Hebdo et un hypermarché kasher, risquent de raviver l'islamophobie. Cela bien que les responsables politiques, président de la République en tête, aient mis en garde contre la tentation de l'amalgame et appelé à l'unité nationale ; et que les autorités religieuses musulmanes de France les aient vivement dénoncés. Le retentissement de ces événements dans le pays et dans le monde a été considérable. Dans le monde musulman, l'opinion était, comme il fallait s'y attendre, partagée entre réprobation et soutien. La majorité modérée jugeant ces actes criminels comme néfastes à l'image de l'islam. Et les milieux islamistes radicaux s'en réjouissant (voir L'Orient-Le Jour du samedi 21 février 2015).
En France, des millions de personnes ont participé, à travers le pays, à des « marches républicaines » de solidarité avec les victimes et pour la défense de la liberté d'expression, auxquelles se sont associés, à Paris, une quarantaine de chefs d'État et de gouvernement étrangers. Ils ont suscité d'intenses débats et d'innombrables commentaires sur les réseaux sociaux, notamment sur les rapports entre les communautés musulmane, juive et chrétienne de France. Ainsi que sur la liberté de la presse. Certaines voix ayant évoqué les limites à ne pas dépasser et déploré l'inutile provocation auquel s'est livré Charlie Hebdo. La proclamation « Je suis Charlie » est en effet ambiguë et il existe une différence entre appuyer la liberté d'expression, dénoncer la barbarie et approuver les provocations d'un journal qui exploite la haine des religions. Le Premier ministre israélien, quant à lui, n'a pas manqué d'instrumentaliser la peur des Français de confession juive pour les inviter à émigrer en Israël.
Les cibles des attentats, un commerce « juif » et des journalistes ayant caricaturé Mohammad, montrent toutefois qu'il s'agit moins d'un problème spécifique à l'Hexagone que d'une menace globale. Certes, ils ont été perpétrés par des citoyens français. Mais cela ne devrait pas conduire à les expliquer principalement par l'exclusion dont seraient victimes les musulmans français. Ils sont en effet largement liés à d'autres facteurs : crise de l'islam et montée du fanatisme islamiste, conflit israélo-arabe à forte dimension religieuse alimentant l'hostilité des musulmans envers les juifs, et guerre contre les groupes jihadistes menée par l'Occident dont la France est le fer de lance en Afrique. Ce qui n'a pas empêché le gouvernement français de réaffirmer sa détermination de ne pas renoncer à sa participation à cette nouvelle guerre mondiale, différente de celles qui l'ont précédée. Le défi étant de trouver, sur la scène intérieure, un équilibre entre liberté et sécurité. Les autres risques étant un regain du discours communautaire et la peur d'une supposée menace musulmane. Par pure coïncidence d'ailleurs, au moment où se déroulaient ces événements, jouant sur cette propension des Français à se faire peur, Michel Houelbecq décrivait dans son roman-fiction Soumission une France gouvernée par un parti musulman en 2022. Et dans Le suicide français, Éric Zemmour analysait la perte de valeurs qui, selon lui, caractérise la France depuis mai 68, et dénonçait le communautarisme et l'action corrosive de l'immigration musulmane sur le modèle de la laïcité républicaine.
L'exception française
En Grande-Bretagne, les signes ostentatoires d'appartenance religieuse ou ethnique dans l'espace public ne choquent plus personne. Et une loi interdisant le port du voile islamique dans les établissements d'enseignement et la fonction publique serait impensable. Au nom des libertés, le communautarisme y est au contraire considéré comme un facteur de paix sociale favorisant le vivre-ensemble au sein de la société. Dans la majorité des pays européens, l'État est neutre : certains, comme l'Allemagne, connaissent un régime de concordat. Et il existe dans d'autres une religion officielle : le catholicisme en Irlande ; l'orthodoxie en Grèce ; le luthérianisme au Danemark ; et l'anglicanisme en Angleterre où le souverain est en même temps le chef de l'Église. Pour ses défenseurs, le modèle anglo-saxon de sécularisation est supposé se prêter mieux au respect des valeurs religieuses et communautaires que la laïcité à la française. Sans vouloir trancher dans le débat sur les mérites ou les effets pervers respectifs des deux modèles, on ne peut que constater qu'ils rencontrent en Europe les mêmes difficultés à intégrer les communautés musulmanes.
Dans ce contexte, la réaffirmation par l'Europe de ses valeurs « judéo-chrétiennes » peut paraître comme un antidote face au défi supposé de l'islam. Lequel formerait, selon la terminologie de Toynbee, un « prolétariat intérieur » et un « prolétariat extérieur » frappant à ses portes et menaçant sa civilisation. Cependant, la prophétie du choc des civilisations n'avait pas prévu que la menace de l'islamisme radical sur le monde musulman dépasse celle qu'il fait peser sur l'Occident
Ibrahim TABET


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"Cependant, la prophétie du choc des civilisations n'avait pas prévu que la menace de l'islamisme radical sur le monde musulman, dépasse celle qu'il fait peser sur l'Occident." ! Évidemment ! Car on n'est jamais mieux servi que par soi-même....
07 h 54, le 24 février 2015