Le président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, Elmar Brok (au centre) profitant d’une pause à Raouché avec des membres du Parlement et (à gauche) la chef de la Délégation de l’UE, l’ambassadrice Angelina Eichhorst. Photo Ibrahim Tawil
Si les visites chroniques de diplomates européens au Liban ont pour fin la prospection, guidée par le souci d'assister un pays qui se trouve sous l'emprise des crises régionales, la visite effectuée hier par une délégation de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen aura défini, en termes concrets, les idées-forces de la politique de l'Union européenne, dont l'engagement pour la démocratie dans la région semble renforcé par une approche plus pragmatique et surtout plus déterminée.
« Nous n'avons pas les moyens d'être pessimistes », a souligné plus d'une fois à L'Orient-Le Jour la députée européenne, Ramona Manescu, membre de la commission des Affaires étrangères, en marge d'une rencontre avec la presse, menée par le président de la commission, Elmar Brok, en présence aussi des députés européens Ana Gomes, Afzal Khan et Marek Jurek. « Il est important d'œuvrer, au niveau politique, d'une part, et militaire et financier, d'autre part, pour la résolution des crises régionales. La complémentarité de ces deux démarches est essentielle », précise la députée Manescu. Les Européens sont donc présents et leur démarche « est en cours », ajoute-t-elle, même si « la politique étrangère européenne n'a jamais été agressive », comme devait le souligner, en réponse à une question, le député Elmar Brok.
Dans ses échanges avec les journalistes, il expose les grandes lignes de la politique européenne, réadaptées à la lutte contre le terrorisme jihadiste, qui serait à l'heure actuelle prioritaire.
L'un des enjeux de la diplomatie européenne serait de contribuer à bâtir « une politique commune et détaillée contre le terrorisme, qui amorce une action unifiée, mieux organisée non seulement à l'échelle de la région, mais de l'Europe et du monde ». Or pour l'instant, « si soixante États sont réunis au sein de la coalition internationale contre l'État islamique, l'on a du mal à y percevoir les marques d'une politique unifiée en profondeur, dans le détail », fait-il observer. Au-delà de la seule action militaire unifiée, une mise à jour des repères démocratiques et du concept de vivre-ensemble s'impose. Il s'agit de « stimuler une majorité de tolérance », souligne-t-il.
Une autre problématique émerge, celle de savoir si « le danger de l'État islamique » suffit à justifier une éventuelle démarche qui élude le combat mené contre les dictatures régionales.
Des éléments de réponse à cette problématique sont fournis par Elmar Brok au fil de l'interview, et se recoupent sur un thème de la nécessité de « stimuler une majorité de tolérance » et d'homogénéiser les positions de cette majorité à tous les niveaux.
« L'État islamique plus dangereux que le Hezbollah »
Ainsi, par exemple, « alors qu'un débat est en cours actuellement au sein de l'UE sur l'option d'une coopération avec le régime de Damas dans la lutte contre le danger de l'EI », l'un des moyens de contrer cette option serait un durcissement de la position turque par rapport à l'EI. « La Turquie a un rôle-clé à jouer au cœur de ce débat », estime-t-il.
Le même thème de « la majorité » rejaillit dans les propos du diplomate sur le rôle des minorités dans la région. « La paix n'est possible que si chaque minorité a la chance de vivre dans son lieu d'origine et pour ce faire, il est nécessaire de former une majorité composée des peuples qui veulent vivre ensemble dans la paix. Ce n'est pas en se battant individuellement pour se frayer une place que les minorités trouveront la paix », affirme Elmar Brok, sans se prononcer explicitement sur la théorie de l'alliance des minorités.
Dans cette vision d'une « stratégie universelle unifiée », le Liban a une place d'abord morale.
La visite de la Délégation européenne au Liban, qui avait été précédée d'une visite en Irak et sera suivie d'une autre en Turquie, a pour but « d'examiner, avec les autorités libanaises, leur vision d'une solution aux crises régionales, notamment irakienne et syrienne ». Cet objectif serait le corollaire d'un autre, immédiat, celui « d'augmenter les aides européennes au Liban sur le dossier des réfugiés, mais sur la base d'une coopération plus efficace et plus précise ». Si l'UE, le plus grand donateur sur ce dossier, est prête à augmenter ses aides, il ne faudrait pas pour autant omettre de « résoudre l'origine des symptômes ». Le rôle du Liban à ce niveau serait primordial, selon Elmar Brok. « Le Liban a le potentiel d'une puissance dans la région, celle de diffuser une lumière dans la région et dans le monde, puisé dans son modèle de vivre-ensemble, qui d'ailleurs nous était enseigné dans les écoles », relève le diplomate. Alors qu'il évoque une « sécurité instable et fragile » pour décrire la situation au Liban, il exprime son souhait que « le Hezbollah se réintègre aux parties internes libanaises ». Il le qualifie d'ailleurs de « moins dangereux que l'État islamique »...
« Nous n'avons pas les moyens d'être pessimistes », a souligné plus d'une fois à L'Orient-Le Jour la députée européenne, Ramona Manescu, membre de la commission des Affaires étrangères, en marge d'une rencontre avec la presse, menée par le président de la commission, Elmar Brok, en présence aussi des députés...


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