D'accord, c'est la Saint-Valentin. La fête des amoureux, le nounours immonde en polyester blanc offert lors d'une formule dîner surtaxé dans un restaurant où, en fait, on n'a jamais été, le prix d'une rose rouge plus élevé qu'un bidon d'essence et des cartes de vœux cheesy en veux-tu en voilà pour bien rappeler ce 14 février au bon souvenir de ceux qui ne fêteront rien ce soir-là. Mais franchement, a-t-on besoin de célébrer l'amour un seul jour de l'année qui, de surcroît, est coincé entre les chaleurs des chats, la grêle et les embouteillages ?
Merci les roses givrées. Barthes, Cohen, Verlaine, et j'en passe, doivent se retourner dans leur tombe. Résumer l'amour à des cœurs en velours rouge et au menu saumon sur un lit de salade fatiguée/blanquette de poulet sauce blanche, accompagné de son riz aux petits pois/tarte au chocolat en forme de cupidon et son coulis de framboise en boîte, on a vu mieux. Ou, tout du moins, plus élégant. On ne galvaude pas l'amour. Et on ne galvaude pas l'amour en offrant un mug estampillé d'un malheureux I Love You avec de l'autre côté une phrase de Paolo Coehlo. La Saint-Valentin est non seulement overrated mais elle est has been depuis le premier jour. Et on aura beau aborder le sujet sous un autre angle, de façon décalée, en s'autoproclamant anti tout ça, le concept est assez crétin. Parce qu'on n'a rien fait de plus commercial que cette fête-là. Parce que c'est totalement aberrant de tout concentrer sur celle que l'on appelle, en plus, la fête des amoureux. Plus guimauve, on meurt.
À ce stade-là, on devrait célébrer tout et n'importe quoi tous les jours. Quoi que, si on y pense, aujourd'hui, c'est presque ça. Il y a désormais la journée internationale de l'orgasme, de la baleine, des guides touristiques, la journée mondiale des compliments, de la plomberie, des drones, du livre voyageur ou de la courtoisie au volant entre autres. Bientôt, on aura la journée mondiale de la réhabilitation du chou-fleur associé à tort aux repas dégueulasses de la cantine, des gens qui sont nés à minuit pile et qui ne savent pas à quel jour ils appartiennent, la journée internationale de ceux qui dorment du côté gauche du lit ou celle des ramasseurs de balles. Quand il s'agit de défendre une cause, comme celle des femmes battues, il y a légitimité et c'est ce que devrait être le 14 février. La journée internationale de la défense de l'amour. Ce devrait être la journée mondiale de la défense de toutes les histoires d'amour. De toutes celles qu'on condamne. Les histoires interraciales et interconfessionnelles, les histoires d'amour où il y a 25 ans de différence. Dans les deux sens. Surtout l'autre. Quand l'homme est plus jeune. Les histoires d'amour homosexuelles, gays, lesbiennes. Les histoires d'amour recomposées, les histoires d'amour à trois. À quatre. Les histoires adultères, celles des amants et des maîtresses. Celles des veufs et des veuves. Les histoires d'amours passagères, celles dont on sait pertinemment qu'elles ont une fin imminente, les histoires d'amour basées sur le sexe, les histoires d'amour virtuelles. Toutes ces histoires que l'on juge parce qu'on les trouve amorales ou légères et souvent qu'on punit, parce qu'on est resté coincé au Moyen Âge.
La Saint-Valentin devrait être la journée de défense des amoureux incompris. Des amoureux bannis, reniés, torturés, lapidés, défigurés, brûlés, exécutés. Tous ceux qui ont osé aimer. Osé braver les interdits, les tabous, les croyances, les familles. Ceux qui ont osé aimer au-delà de tout. C'est à eux que devraient être dédiés et offerts ces affreuses peluches bourrées de billes de polystyrène, ces morceaux dégoulinants de Richard Clayderman, ces dîners aux chandelles, ces citations sirupeuses écrites sur des cartes postales de couchers de soleil floutés. Ces « tombés » au nom de l'amour, comme un certain Valentin de Terni en 273.


ET PUISQUE VOUS PARLEZ D'AMOUR, J'EN PARLE AUSSI DANS CE PETIT SONNET : L'ADJURATION DANS MES RÊVES JE TE VOIS. TU T'ÉCLIPSES À L'AURORE. NOTRE IDYLLE D'AUTREFOIS, DANS MON COEUR HABITE ENCORE. LES ANS N'ONT PAS EFFACÉ, À MES YEUX TA NOBLE IMAGE. JE REGRETTE LE PASSÉ. MAIS JE T'AIME DAVANTAGE. VIENS, MA BIEN-AIMÉE, AINSI, CHASTE ET BELLE, CHAQUE NUIT, AVEC TES AILES D'ARCHANGE, TE GLISSER DANS MON DOUX SONGE. PUIS À L'AUBE, AVEC CANDEUR, REVIENS HABITER MON COEUR.
08 h 30, le 14 février 2015