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Nos lecteurs ont la parole - Sissi Baba

Alice au pays des débutants

Au Liban, le ballet classique est mal pratiqué, voire non pratiqué dans nos studios de danse. Mal pratiqué, car le ballet manque en premier lieu de destinateur et, en second lieu, de destinataire. Chez nous, il y a du talent, de nombreuses écoles de danse, des centaines de danseurs et des dizaines de chorégraphes. Mais à quoi bon faire un spectacle de ballet purement classique alors que personne ne s'y s'intéresse ?
De nombreux chorégraphes, célèbres, ne se fatiguent plus et ont décidé de suivre le rythme et la demande du « marché ». Résultat : beaucoup de potentiel mais niveau de professionnalisme rare, sinon nul.
Nada Kano, fondatrice de la Beirut Dance Company et de l'école affiliée Beirut Dance Project, n'appartient pas à ce genre de chorégraphes. Malgré les obstacles qui se manifestent par de nombreux manques : de culture en danse, de professionnalisme des danseurs-élèves, de spectateurs, cette chorégraphe s'obstine encore et toujours de faire des spectacles de ballet classique.
Après avoir présenté de nombreux ballets, Kano a décidé de reprendre cette fois-ci Alice au pays des merveilles, un conte célèbre de Lewis Carroll et qui est cher au cœur des enfants aussi bien que des adultes. L'adaptation du livre en ballet a été faite il y a quelques années avec le Royal Ballet, au Royaume-Uni, puis au Canada avec le National Ballet of Canada. Mais un chorégraphe peut, dans cet univers, reproduire et refaire un ballet déjà présenté à condition de lui conserver sa touche originale. Ce qui est le cas de nombreuses productions classiques telles que Le lac des cygnes, Casse-Noisette, Giselle, etc.
Donc, du point de vue inspiration, Kano n'a pas transgressé les normes. De plus, nous pourrions peut-être comprendre le choix de la chorégraphe. L'Alice (le ballet) de Kano a été représenté par de jeunes danseurs dont l'âge va de 9 à 16 ans. Le sujet donc du ballet était à la portée des danseurs. Un chorégraphe au Liban ne pourrait pas s'aventurer et facilement présenter un ballet classique ou classique-moderne car ni danseurs ni public ne sont encore prêts : sur le plan de la présentation et de la réception, le ballet purement classique est encore trop jeune pour être saisi.
Cela dit, il faut féliciter Kano pour ses efforts et pour sa bonne volonté. Au moins, les enfants du Beirut Dance Project commencent-ils à faire et à aimer passionnément le ballet classique tout en transmettant leur ferveur à la famille et aux amis.
Cependant, présenter ce travail au grand public était une erreur car les danseurs non seulement sont trop jeunes, mais leur technique l'est elle aussi.
Ce ballet s'adressait seulement à un public de parents. Et pourtant, on a ouvert les guichets au grand public, ce qui a induit les spectateurs en erreur : il nous semblait, avant d'assister au spectacle, que c'était un ballet professionnel, ce qui n'était pas le cas. Pointes non arquées, pirouettes et fouettées trébuchantes, arabesques qui ne touchaient pas le ciel, absence de finesse et de discipline classique... Le spectacle était faible et monotone. De plus, le degré de professionnalisme laissait à désirer. On aurait dit que les danseurs étaient des amateurs du classique et non pas des professionnels.
Il faut toutefois dire que le Beirut Dance Project est un projet qui s'intéresse aux enfants provenant de milieux pas trop aisés et qui souhaitent faire de la danse professionnelle. Tant mieux et bravo pour ce projet, mais cette école n'est pas encore prête à présenter un ballet au grand public. La technique des danseurs est « en voie de développement » et elle est loin de la perfection. On pourrait à la rigueur se dire que les danseurs sont très jeunes et qu'il est normal que leur danse ne soit pas parfaite. Non ! Dans les grandes compagnies et écoles de ballet classique, il est inadmissible de présenter un spectacle non professionnel, même quand les danseurs sont jeunes.
Enfin, le Beirut Dance Project est sur le droit chemin, au contraire d'Alice. Seuls le temps et l'apprentissage à fond de la technique classique feront de ce projet une bonne école de danse classique.

Au Liban, le ballet classique est mal pratiqué, voire non pratiqué dans nos studios de danse. Mal pratiqué, car le ballet manque en premier lieu de destinateur et, en second lieu, de destinataire. Chez nous, il y a du talent, de nombreuses écoles de danse, des centaines de danseurs et des dizaines de chorégraphes. Mais à quoi bon faire un spectacle de ballet purement classique alors que personne ne s'y s'intéresse ?De nombreux chorégraphes, célèbres, ne se fatiguent plus et ont décidé de suivre le rythme et la demande du « marché ». Résultat : beaucoup de potentiel mais niveau de professionnalisme rare, sinon nul.Nada Kano, fondatrice de la Beirut Dance Company et de l'école affiliée Beirut Dance Project, n'appartient pas à ce genre de chorégraphes. Malgré les obstacles qui se manifestent par de nombreux...
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