Le mouvement de l'imam Fethullah Gülen constitue une menace plus grave pour la sécurité de la Turquie que les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a estimé le président turc Recep Tayyip Erdogan cité hier par les médias.
« Aujourd'hui, sur le plan international, même l'organisation terroriste PKK n'a pas provoqué autant de dégâts pour la Turquie que la structure parallèle » de Gülen, a indiqué M. Erdogan à des journalistes qui l'accompagnent en visite officielle en Colombie. Entre autres griefs, le chef de l'État a reproché à son ex-allié Gülen d'avoir constitué un réseau de « relations sales » avec la communauté internationale dans le seul but de calomnier le gouvernement islamo-conservateur à la barre de la Turquie depuis 2002. Pour rappel, constitué d'une galaxie d'écoles, ONG, médias ou entreprises, le mouvement de l'imam Gülen, qui vit aux États-Unis depuis 1999, a soutenu à bout de bras le régime de M. Erdogan contre l'armée et l'élite laïque du pays. Mais l'homme fort du pays lui a déclaré la guerre totale il y a an à la faveur d'un scandale de corruption sans précédent qui a éclaboussé tout son entourage.
Parallèlement, le plus haut magistrat de Turquie, le président de la Cour constitutionnelle, a dénoncé hier l'intervention croissante du gouvernement islamo-conservateur dans l'appareil judiciaire et anticipé en conséquence d'un mois son départ à la retraite. « La justice n'est pas un instrument de revanche. Elle n'est pas un pouvoir dont on peut se servir pour satisfaire ses ambitions politiques. Tout cela n'apportera que le mal dans le pays », a regretté Hasim Kiliç devant la presse à Ankara. « Tout le monde connaît les opinions des juges et des procureurs dans le moindre village du pays. On ne peut pas continuer avec une justice pareille », a ajouté M. Kiliç, qui a annoncé en conséquence sa décision de faire valoir immédiatement ses droits à la retraite avec un mois d'avance sur le calendrier prévu. Hier, les juges de la Cour constitutionnelle ont élu un des leurs, Zühtü Arslan, 50 ans, pour succéder à M. Kiliç. La presse turque a qualifié M. Arslan de proche du Parti de la justice et du développement (AKP), qui dirige le pays sans partage depuis 2002.
Moyen Orient et Monde - Polémique
Pour Erdogan, Gülen menace plus la Turquie que le PKK
OLJ / le 11 février 2015 à 00h00

