Les familles des otages réinvestissent la rue et menacent de recourir à l'escalade.
Le spectacle horripilant du pilote jordanien happé par les flammes après avoir été condamné à mort par l'État islamique n'était pas pour rassurer les parents des militaires otages au Liban. Certes, les deux dossiers « sont distincts », tient à préciser Hussein Youssef, le porte-parole des familles des militaires, « mais le spectacle nous a glacé le sang ».
« Le problème, dit-il dans un entretien avec L'Orient-Le Jour, c'est que les bouleversements dans la région sont multiples et surprenants. Ce que nous craignons le plus, ce sont les mauvaises surprises, le fait par exemple qu'une des parties revienne de manière soudaine sur ses engagements. »
À ce jour, 25 militaires, 13 policiers et 12 soldats, sont toujours retenus par les jihadistes. Seize d'entre eux sont aux mains du Front al-Nosra et neuf aux mains de l'EI. Après plusieurs tentatives de négociations qui n'ont pas abouti, un nouveau round de tractations devait être relancé par l'État, qui a mis pour condition de pouvoir compter sur le silence, la discrétion et la coopération des parents. En signe de preuve de bonne volonté, ces derniers ont accepté la veille du jour de l'An d'évacuer les artères de la ville qu'ils avaient squattées en signe de protestation. Depuis, ils n'ont plus aucune nouvelle et aucun représentant de l'État ne les a contactés, « ne serait-ce qu'une seule fois ».
M. Youssef, ainsi que le reste des parents des otages, se disent lassés du mutisme prolongé de l'État libanais, et de ce qui leur apparaît être de l'insouciance à l'égard de leurs fils.
Après avoir respecté leur engagement à ne pas s'exposer devant la presse et à préserver la confidentialité des négociations, les familles perdent patience une fois de plus et réinvestissent la rue, menaçant de recourir à l'escalade.
« L'escalade n'est qu'un moyen pour nous pour exprimer notre angoisse dans l'espoir d'obtenir une information quelconque sur l'avenir de nos enfants », affirme à L'Orient-Le Jour Hussein Youssef. Il se dépêche toutefois de rassurer les responsables chargés du dossier : « Nous ne révèlerons pas un seul mot des négociations et ne commettrons aucune maladresse à ce niveau. Nous ne voulons même pas connaître les détails des négociations. Tout ce que nous demandons c'est d'être rassurés à propos de nos fils. »
Le porte-parole a fait état à ce propos d'une réunion qui s'est tenue hier entre les familles et le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt, qui, a-t-il dit, n'a malheureusement pas pu apaiser nos inquiétudes. « M. Joumblatt nous a affirmé ne pas détenir des informations à ce sujet, puisqu'il a décidé de s'en remettre au directeur général de la Sûreté général, le général Abbas Ibrahim, le seul négociateur dans ce dossier. »
C'est d'ailleurs à la Sûreté générale que comptent se rendre aujourd'hui les familles qui doivent rencontrer son directeur à 10h.
« Ce qui nous écœure, poursuit Hussein Youssef, c'est la rapidité avec laquelle un dossier aussi complexe et entaché de corruption que celui des employés du Casino puisse être réglé en trois jours, alors que nos fils sont retenus en otages depuis six mois. » « Je me demande ce qui est plus prioritaire : le poulet et le thym avariés, ou bien nos enfants qui risquent la mort à n'importe quel moment », ajoute-t-il, en allusion à la campagne menée par le ministre de la Santé contre les produits alimentaires avariés.
Et de conclure : « Vaut mieux que l'on paye le prix demandé aujourd'hui, car le prix à payer demain sera peut-être bien plus élevé. »
Je.J.


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