Le syndicat des propriétaires de camions du port de Beyrouth a annoncé la suspension de son mouvement de grève. Ses 1 500 adhérents, qui bloquaient les accès du site depuis lundi, ont décidé de cesser leur piquet de grève.
« Ce blocage de deux jours n'a pas eu d'incidences économiques. Si le conflit s'était prolongé, les navires se seraient déroutés vers d'autres ports pour éviter Beyrouth, entraînant des pertes importantes pour l'activité portuaire », explique Élie Zakhour, président de la Chambre internationale de Beyrouth.
Les grévistes ont choisi d'accorder un « délai de grâce » au gouvernement, le temps pour celui-ci d'étudier les tenants et aboutissants du dossier du bassin n° 4 du port de Beyrouth. Selon Élias Bou Saab, ministre de l'Éducation, chargé de mener de premières négociations avec les parties concernées sous l'égide de Bkerké, le dossier est à l'ordre du jour du Conseil des ministres, qui se tient aujourd'hui.
« Mais nous reprendrons notre mouvement si nous ne sommes pas entendus », prévient Naïm Sawaya, président du syndicat.
Les camionneurs exigent l'arrêt des travaux de remblaiement du bassin n° 4. Voulus par la direction du port, ces travaux, qui sont en cours d'exécution, fermeront le bassin n° 4. À sa place, un terre-plein de 130 000 m² sera créé pour stocker les conteneurs en attente de sortie du port.
Pour la direction, ce projet est vital : il doit lui permettre d'augmenter la capacité de traitement du terminal de conteneurs, arrivé à saturation. Pour ses détracteurs, en revanche, ce projet signe la mort du transport conventionnel, soit des navires qui transportent les marchandises en vrac. Les syndicalistes craignent le transfert de cette activité au futur port de Tripoli, faute de places disponibles sur les autres docks de Beyrouth, ce qui les priverait de leur principal gagne-pain.
La direction du port a réfuté à de multiples reprises ce scénario. Elle assure que le port de Beyrouth peut répartir l'activité de l'ancien bassin
n° 4 sur les autres débarcadères. En mai dernier, elle a même signé un mémorandum avec une majorité des syndicats du port (à l'exception notable du syndicat des camionneurs) qui garantit le maintien de l'activité non conteneurisée à Beyrouth. Selon cet accord, l'utilisation du nouveau quai sera même réservée en priorité aux navires de vrac. Mais les camionneurs disent ne pas croire les engagements de la direction.
M.R.

