Élie Kallab a toujours su qu’il ferait de la musique son projet de vie. Photo Michel Sayegh
Élie Kallab vit en musique. Pas la musique taillée pour plaire aux masses, ni les mélodies de l'industrie d'aujourd'hui qu'il aime qualifier de « vacarme ». En fait, le jeune compositeur de 25 ans vit au rythme de la musique classique et regrette encore le temps où les gens dansaient au rythme d'une valse ou d'un tango. Ayant grandi dans une famille de musiciens (son père était accordéoniste), il passe son temps dès son plus jeune âge dans le studio de son oncle et écoute à longueur de journée Bach et Feyrouz. Enfant, il s'amusait déjà à l'école à glisser ses mains sous son pupitre afin de jouer sur les touches d'un piano imaginaire. Celui qui se sent une passion ardente pour la musique rêve en effet de devenir un jour un virtuose du piano, un rêve qu'il n'atteindra jamais. Même s'il ne le sait pas encore, il est atteint d'une dystonie essentielle, un dérèglement qui empêche sa concentration lors du
mouvement.
«Mes premiers vrais symptômes sont apparus à l'âge de 10 ans, raconte le jeune homme originaire de Amchit, et ils ont empiré depuis. Mais j'ai beaucoup travaillé là-dessus et ce handicap ne m'a pas empêché de poursuivre mes études. » À l'école, Élie Kallab est en effet soutenu par des amis de classe qui prennent le temps de prendre des notes pour lui, puisqu'il peut difficilement écrire. Au studio de son oncle, Joseph Kallab, il commence à s'atteler professionnellement à la distribution musicale et travaille les titres de nombreux artistes à partir de l'âge de 13 ans. Il est également ingénieur du son. Mais celui qui a toujours su qu'il ferait de la musique son projet de vie opte pour un bac musical aussitôt le brevet obtenu et s'inscrit plus tard à l'école de musique de l'Usek pour une formation pratique. À 18 ans, fort de son bagage, il se sent prêt à s'attaquer à la composition et à créer sa propre musique. Mais c'était sans compter avec une nouvelle période de difficultés qui allait lui gangréner la vie.
Le retour
« J'avais toujours eu pour but de devenir un virtuose du piano et d'obtenir un diplôme de pianiste, raconte Élie
Kallab. Quand j'ai commencé à inventer ma propre musique, ce rêve a ressurgi. Il est devenu ma hantise. Je ne pensais plus qu'à cela. J'ai beaucoup essayé, lu des tas de livres sur mon cas, tout fait pour que mes doigts puissent habilement traverser les touches du clavier, mais cela était carrément impossible. Rien ne marchait. Je suis entré dans une véritable phase de dépression. Pendant deux ans, je n'ai pas quitté ma chambre. À 21 ans, j'ai tout arrêté dans ma vie, même la musique...»
L'année 2013 apporte pourtant du nouveau au jeune compositeur qui, résigné, décide de revenir à la vie au terme de deux ans vécus au rythme des questions incessantes de ses proches qui se demandaient pourquoi il avait soudain choisi de s'isoler. S'il n'allait jamais devenir pianiste, tant pis! Il compose alors sa propre musique sans l'écouter et s'attelle à la réalisation de son premier opus, al-Awda (Le Retour).
«Le but était de revenir avec une nouvelle identité, un nouveau moi. C'est un retour à la vie, en quelque sorte. Ces deux années difficiles m'ont beaucoup mûri et, pendant plus d'un an, j'ai composé les dix morceaux de l'album. Car il m'est en fait possible de pouvoir composer et écrire ma musique. Écrire une note ne consiste qu'à dessiner un petit point», explique-t-il en souriant. Et d'ajouter: «Au bout d'un an, mon album était prêt. Comme je n'avais jamais pu jouer mes compositions, je les ai écoutées pour la première fois quand elles ont été enregistrées en studio. Et elles étaient plus belles que je ne les avais imaginées. »
Dans al-Awda, Élie Kallab varie les thèmes musicaux mais s'attache au genre classique. On retrouve ainsi, entre autres, un tango, une valse et un morceau aux inspirations baroques, et un autre imprégné de romantisme. « Le but était de varier, chaque morceau est inspiré en quelque sorte d'une époque musicale, affirme-t-il. Je voulais présenter un album qui soit agréable à entendre et aux sonorités classiques.» «Les jeunes ne s'intéressent plus vraiment à la vraie musique et n'écoutent que des mélodies simples, alors que cet art est en réalité très riche », ajoute Élie Kallab dont l'album a été joué en été lors du Festival de Ghalboun par des musiciens du Conservatoire libanais.
«J'étais très honoré et très surpris de voir que le public a beaucoup apprécié ma musique, confie-t-il. J'aimerais pour cela présenter davantage l'album lors d'une tournée, quitte à relater l'histoire derrière chaque composition.»
En attendant, ce compositeur fan de Bach prépare son deuxième opus acoustique, mais aux sonorités plus orientales. Le temps des difficultés est en effet révolu pour Élie Kallab, et tout prouve qu'il ne s'arrêtera pas en si bon chemin.


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