L’offensive jihadiste lancée mi-septembre dans la région de Kobané a poussé quelque 200 000 Syriens vers la Turquie. Mais malgré la fin de la bataille, la frontière entre les deux pays reste fermée...Bulent Kilic/AFP
Bâtiments éventrés, rues noyées sous les débris, quartiers déserts : la victoire des forces kurdes sur les jihadistes du groupe État islamique (EI) après plus de quatre mois de combats acharnés a transformé la ville syrienne de Kobané en champ de ruines.
Deux jours après la fin d'une bataille devenue un symbole de la guerre civile qui déchire le pays depuis 2011, les combattants des Unités de protection du peuple (YPG), la milice du principal parti kurde de Syrie, règnent en maîtres sur une cité aux trois quarts détruite, ont constaté des journalistes de l'AFP qui ont pu y entrer. À la plupart des carrefours, des groupes de miliciens en tenues dépareillées, dont de nombreuses femmes, ont salué la présence des journalistes par des rafales de kalachnikov tirées en l'air et en faisant le « V » de la victoire. « Nous les Kurdes, nous sommes forts, nous n'avons peur de personne. Ici, c'est notre pays, ce sont nos maisons », a plastronné l'un d'eux, Ziad. « Il n'y a plus personne de l'EI ni aucun terroriste ici à Kobané, nous les avons repoussés et nous en sommes très contents », a renchéri un de ses frères d'armes, Saleh Youssef Saleg. Tout autour d'eux, la silhouette décharnée des immeubles témoigne de la violence des affrontements et des nombreux raids menés par les bombardiers de la coalition internationale conduite par les États-Unis. Dans certaines rues, des obus de mortier non explosés gisent encore sur les gravats, à côté de véhicules criblés de balles. Le calme est revenu hier sur toute la ville, mais les opérations de « nettoyage » se poursuivaient dans les villages environnants. Toujours à l'affût dans le ciel de Kobané, les avions de la coalition ont mené mardi et hier 13 frappes qui ont permis de détruire douze véhicules jihadistes, a annoncé le Pentagone.
Frontière toujours fermée
L'offensive jihadiste lancée mi-septembre dans la région de Kobané a poussé quelque 200 000 Syriens, pour l'essentiel kurdes, à trouver refuge en Turquie. Mais malgré la fin de la bataille, la frontière entre les deux pays est restée fermée hier. « Nous ne laissons rentrer aucun réfugié jusqu'à nouvel ordre », a indiqué à l'AFP un responsable de l'agence turque en charge des situations d'urgence (Afad). Arguant de raisons de sécurité, les autorités turques ont déployé d'importants effectifs de gendarmes et de soldats autour du poste-frontière de Mursitpinar, à quelques kilomètres de la ville de Suruç, afin de prévenir toute traversée. De toute manière, l'ampleur des destructions causées par les combats dans Kobané a largement retardé les rêves de retour des Syriens. « Notre patrie est notre bien le plus cher. Mais dans les conditions actuelles, un retour est tout simplement impossible à envisager », a confié à l'AFP Cemile Hasan, une enseignante de 36 ans réfugiée en Turquie.
(Lire aussi : Après la déroute de l'EI à Kobané, Erdogan affirme ne pas vouloir d'un Kurdistan en Syrie)
Malgré sa défaite, très symbolique, à Kobané, l'EI, qui a perdu plus d'un millier de ses combattants dans la bataille, occupe encore de très larges portions des territoires syrien et irakien, semant la terreur et multipliant les exactions. Dans une vidéo diffusée mardi, le mouvement a menacé d'exécuter le pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh et l'otage japonais Kenji Goto s'il n'obtenait pas libération sous vingt-quatre heures d'une jihadiste irakienne, Sajida al-Rishawi, détenue en Jordanie. À quelques heures de l'expiration de cet ultimatum, le gouvernement jordanien a affirmé qu'il était prêt à libérer la jihadiste en échange de son pilote, selon la télévision d'État, mais à condition d'obtenir des preuves de vie. À Tokyo, le Premier ministre Shinzo Abe a jugé « ignobles » les menaces de l'EI. « Nous sommes dans une situation extrêmement difficile et j'ai demandé aux ministres d'agir de façon unie pour faire libérer au plus tôt M. Goto », a-t-il dit.
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