Depuis quelques jours, les yeux sont rivés vers Aïn el-Héloué, le camp palestinien qui aurait prêté refuge à Chadi Mawlawi et Oussama Mansour, les deux islamistes en cavale depuis la dernière bataille de Tripoli. Recherchés, depuis, par l'armée, les deux fugitifs s'étaient vraisemblablement cachés dans cet îlot sécuritaire qui a gagné sa réputation après être devenu, au fil des ans, une tanière pour tous les hors-la-loi, notamment pour les radicaux islamistes. Ce sont quelques-uns parmi ceux-là qui auraient d'ailleurs accueilli Mawlawi et Mansour à l'automne dernier.
Or personne ne sait exactement aujourd'hui si les deux nouveaux résidents sont toujours dans le camp, à la lumière de la valse d'informations contradictoires qui circulent à ce propos depuis plus de 48 heures. Le ministre de l'Intérieur persiste et signe : Chadi Mawlaoui n'est plus à Aïn el-Héloué mais dans le jurd de Ersal où il a rejoint le front al-Nosra. Une information partiellement confirmée par certaines factions palestiniennes ayant indiqué, dès vendredi dernier, que ce dernier n'est effectivement plus dans le camp et qu'il serait sorti suite à des contacts effectués par le groupe islamique Esbat el-Ansar.
Une hypothèse qui est toutefois contredite dans les milieux de l'armée qui maintiennent leur version selon laquelle il se trouverait toujours à Aïn el-Héloué. D'autres responsables palestiniens ont un avis mitigé et ne savent pas réellement s'il est toujours parmi eux ou non. Il reste à savoir également où se trouve son adjoint, Oussama Mansour, qui, selon Abou Tarek Saadi, le chef de Esbat el-Ansar, « ne se trouve plus dans le camp ». Le prédicateur islamiste a toutefois assuré que ce dossier « sera clos très prochainement », soulignant que des efforts intensifiés sont déployés sur ce plan. Une déclaration qui prouve implicitement que le groupe islamiste a joué et continue de jouer un rôle fondamental pour parvenir à faire sortir les fugitifs du camp.
Une chose est sûre : si les deux fugitifs sont déjà sortis de Aïn el-Héloué, cela n'a pu être possible sans la coopération et le feu vert des « jeunes musulmans » (Chabab el-moslem), un rassemblement des groupuscules islamiques radicaux qui se trouvent dans le camp. Sans la coopération également de Esbat el-Ansar, dont les rapports avec les autorités officielles se sont assainis depuis quelques années, allant même jusqu'à pouvoir compter sur le concours de cette formation dès que surgit le moindre problème sécuritaire. La raison en est simple : Esbat el-Ansar aussi bien que la grande majorité des islamistes et autres factions palestiniennes sont désormais attachés à la sécurité du camp, une décision prise depuis pratiquement le début de la crise syrienne. Elle sera suivie d'une mise sur pied d'une force militaire conjointe regroupant toutes les factions palestiniennes, y compris des islamistes. Celle-ci est chargée du maintien de la sécurité à l'intérieur du camp. Elle a également pour rôle de s'assurer que Aïn el-Héloué ne soit plus une base d'opérations pour les terroristes de tout calibre. Conscients que la contagion peut s'étendre de manière létale sur ce camp qui regroupe non moins de 100 000 réfugiés, lassés de traîner une réputation qui a conduit à une mise en quarantaine politique des réfugiés et effarés par l'expérience sanglante de Nahr el-Bared qui a provoqué le déplacement de plusieurs milliers de Palestiniens, les factions ont pris une décision unanime consistant à épargner au camp tout risque de déflagration. Une position qu'aurait probablement renforcée la détermination exprimée par le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, de mettre un terme à la situation chaotique dans le camp après l'avoir fait dans le milieu islamiste carcéral de Roumieh.
Aux informations selon lesquelles des islamistes radicaux auraient assuré une couverture à Chadi Mawlawi, le leader de Esbat el-Ansar, Abou Tarek Saadi, a démenti le fait que les « Chabab el-Moslem » ont caché chez eux Mawlawi, assurant que personne au camp ne désire leur présence. « Ceux qui lui ont probablement sécurisé au départ un abri peuvent être comptés sur les doigts d'une main », a-t-il dit.
Selon des sources citées par la LBC, Chadi Mawlawi a difficilement pu rejoindre le jurd sans qu'il n'ait été intercepté en chemin par les multiples barrages de l'armée, à moins qu'il n'y ait été conduit par un convoi officiel.
Mawlawi pourrait par ailleurs avoir mis en scène son « départ » pour tromper les forces de sécurité et pouvoir bénéficier en conséquence d'un détournement de l'attention des soldats qui bouclent le secteur. C'est la thèse qu'avalise une source sécuritaire citée hier par le quotidien al-Akhbar. Quoi qu'il en soit, le chef de Esbat el-Ansar a raison de dire que la légende Mawlawi-Mansour est près de se terminer : les deux fugitifs évoluent désormais dans un milieu qui ne leur est plus favorable. S'ils se trouvent toujours dans le camp, c'est avec de grandes difficultés qu'ils pourront désormais se déplacer à l'intérieur. D'où l'éventualité de leur départ imminent, assurent les observateurs.
Liban
Chadi Mawlawi entretient le mystère : plus personne ne sait où il se trouve
OLJ / Par Jeanine JALKH, le 28 janvier 2015 à 00h00


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